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Lors d’un sommet des grandes puissances à Pékin, le président chinois Xi Jinping a mis en garde son homologue américain, Donald Trump, en soulignant que toute erreur de gestion sur le dossier taïwanais pourrait entraîner un « conflit » entre les deux pays. Cette déclaration franche a marqué l’ouverture des négociations, vendredi, sous haute tension diplomatique.

Arrivé en Chine, Trump avait salué son hôte en le qualifiant de « grand leader » et « ami », prédisant un avenir « fantastique » pour les relations sino-américaines. Toutefois, au-delà de cette apparente cordialité, Xi a posé un avertissement sérieux, insistant sur le fait que les deux puissances « devraient être partenaires et non rivales », tout en soulignant dès le départ la question de Taïwan, territoire revendiqué par Pékin.

« La question de Taïwan est l’enjeu le plus important des relations sino-américaines », a déclaré Xi, selon les propos publiés par les médias d’État chinois peu après le début des discussions qui ont duré deux heures et quinze minutes. « Si cette question est mal gérée, les deux pays pourraient entrer en collision, voire en conflit, plongeant l’ensemble de leur relation dans une situation extrêmement périlleuse », a-t-il ajouté.

La visite de Trump à Pékin est la première d’un président américain depuis près d’une décennie. Elle s’est déroulée dans un contexte marqué par des différends commerciaux non résolus et de fortes tensions géopolitiques entre Washington et Pékin.

Xi a réservé à Trump un accueil solennel au Grand Hall du Peuple, avec une fanfare militaire, une salve de 21 coups de canon et la participation d’enfants scandant « Bienvenue ! ». Visiblement satisfait, Trump a déclaré que « la relation entre la Chine et les États-Unis sera meilleure que jamais ».

Le président chinois a quant à lui évoqué la théorie politique grecque antique du « piège de Thucydide », qui illustre les risques de guerre lorsqu’une puissance montante rivalise avec une puissance dominante. « La Chine et les États-Unis peuvent-ils transcender ce piège et forger un nouveau paradigme pour les relations entre grandes puissances ? » a-t-il interrogé, soulignant que « la coopération profite aux deux parties, tandis que la confrontation nuit à toutes deux ».

Depuis la dernière visite de Trump en 2017, la confrontation a largement pris le pas sur la coopération, avec une guerre commerciale intense qui a marqué l’année 2025, ainsi que des désaccords majeurs sur de nombreux dossiers internationaux.

Une prise de position sans équivoque sur Taïwan

Taïwan demeure un point de friction majeur. Les États-Unis ne reconnaissent officiellement que Pékin, mais leur législation interne les contraint à fournir des armes à Taipei pour assurer sa défense. De son côté, la Chine s’est engagée à reprendre l’île contrôlée démocratiquement, n’excluant pas le recours à la force et intensifiant sa pression militaire ces dernières années.

Après les propos de Xi, Taïwan a qualifié la Chine de « seul risque » pour la paix régionale, affirmant que les États-Unis « ont réaffirmé à plusieurs reprises leur soutien clair et ferme » à l’île.

Trump avait indiqué dès lundi qu’il aborderait la question des ventes d’armes américaines à Taïwan avec Xi, une approche inédite, Washington ayant toujours insisté pour ne pas consulter Pékin sur ce sujet sensible.

La Maison Blanche a jugé « positif » le premier échange entre les deux dirigeants jeudi, sans toutefois mentionner Taïwan dans son communiqué officiel.

Adam Ni, rédacteur en chef du bulletin China Neican, a expliqué à l’AFP que si le ton direct de Xi n’est pas inhabituel dans la diplomatie chinoise, il est rare qu’il s’exprime en ces termes personnellement. Selon Chong Ja Ian, expert de l’Université nationale de Singapour, la Chine chercherait à pousser les États-Unis à faire des compromis sur le dossier taïwanais. « Cette demande pourrait montrer qu’ils perçoivent une opportunité de convaincre Trump », a-t-il indiqué.

Un sommet marqué par d’autres enjeux stratégiques

Le communiqué de la Maison Blanche a souligné que la guerre en Iran a également été abordée, un sujet qui pourrait fragiliser la position de Trump, ayant déjà reporté son déplacement en raison des tensions au Moyen-Orient.

Les deux dirigeants ont convenu que le détroit d’Ormuz doit rester ouvert pour garantir la libre circulation de l’énergie. Xi a précisé que la Chine s’oppose à la militarisation de cette voie maritime vitale et à toute tentative de faire payer son utilisation.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a reconnu que le Moyen-Orient faisait partie des discussions, sans en préciser le contenu.

Les échanges ont aussi porté sur la coopération économique, Trump espérant conclure des accords dans l’agriculture, l’aéronautique et d’autres secteurs. Par ailleurs, des hommes d’affaires de premier plan, tel Jensen Huang (Nvidia) et Elon Musk (Tesla), ont participé en partie aux entretiens.

Selon les médias d’État, Xi a assuré aux industriels que la Chine ouvrirait « de plus en plus ses portes au monde extérieur ». Il a aussi qualifié de « généralement équilibrés et positifs » les résultats d’entretiens prémices au sommet entre les hauts responsables sud-coréens sur le commerce.

Il a appelé les deux parties à « préserver le momentum positif durement acquis », alors que les présidents doivent discuter de la prolongation d’une trêve tarifaire d’un an conclue en octobre dernier.

Le conflit en Ukraine ainsi que les enjeux liés à la Corée du Nord ont également été évoqués lors de la rencontre, selon le ministère chinois des Affaires étrangères.

Après les négociations, les deux chefs d’État ont visité le Temple du Ciel, site classé au patrimoine mondial, où les empereurs chinois priaient autrefois pour de bonnes récoltes. Ils retourneront ce soir au Grand Hall du Peuple pour un banquet d’État.