Le Pentagone met en place une nouvelle étape dans le processus de promotion des officiers généraux et amiraux, avec l’introduction d’une « Évaluation conjointe de combat » destinée à compléter les critères de sélection existants.
Cette Évaluation conjointe de combat (« Joint Warfighting Evaluation ») sera utilisée pour mesurer les compétences en analyse opérationnelle, communication et prise de décision des officiers lors de leur passage du grade O6 (colonel ou capitaine de vaisseau) au grade O7 (général de brigade ou contre-amiral). Cette mesure, évoquée dans une note récente du sous-secrétaire à la Personnel et à la Préparation, Anthony Tata, répond aux exigences d’une évaluation rigoureuse des capacités opérationnelles dans un contexte de guerre en constante évolution.
Dans sa note datée du 28 mai, Anthony Tata souligne que « le caractère évolutif de la guerre et la complexité de l’environnement sécuritaire mondial imposent une méthode rigoureuse et standardisée pour évaluer les compétences fondamentales de nos combattants interarmées ». Cette nouvelle évaluation viendra durablement renforcer le système de gestion des talents, en complément des processus déjà en place dans les différentes armées, afin d’identifier et de développer les officiers les plus aptes à assumer des responsabilités accrues.
Le Pentagone n’a pas communiqué davantage sur cette initiative, mais la note établit la création d’une « équipe de planification opérationnelle » chargée de concevoir cette nouvelle méthode d’évaluation.
Le grade O6 correspond au dernier échelon des officiers supérieurs avant l’entrée dans la hiérarchie des officiers généraux et amiraux au grade O7. Ce passage marque donc un jalon stratégique dans la carrière militaire.
Dans ce contexte, « l’expérience en combat interarmées » se réfère généralement aux affectations dans des états-majors et commandements regroupant plusieurs branches des forces armées, d’une durée moyenne d’environ deux ans, selon Katherine Kuzminski, chercheuse au Center for a New American Security (Washington, D.C.).
« Cette politique mise à jour représente une évolution des lois et règlements existants plutôt qu’une rupture radicale », précise-t-elle.
Elle rappelle notamment l’importance de la loi Goldwater-Nichols de 1986, qui impose aux officiers de remplir des missions interarmées avant leur promotion au rang de général de brigade ou contre-amiral. Ces mission durent actuellement au minimum 22 mois et peuvent s’effectuer au sein d’un commandement de combat, de l’état-major interarmées, du cabinet du secrétaire à la Défense ou d’autres agences liées.
Selon Kuzminski, « cette équipe opérationnelle pourra analyser les pratiques existantes dans chaque armée, et peut saisir l’opportunité d’améliorer l’appréciation de la valeur réelle de l’expérience interarmées pour la future direction des forces armées, au-delà d’un simple exercice bureaucratique. »

La nouvelle politique met l’accent sur certains rôles de commandement et leur impact sur la promotion aux plus hauts grades. Photo du Corps des Marines par le caporal Joshua Kumakaw.
Cette équipe aura également pour mission de préciser ce que recouvre une expérience interarmées efficace, ainsi que les critères pour évaluer si un officier est apte à servir ou à être affecté à des postes de commandement interarmées.
Le comité de pilotage de cette équipe sera présidé par l’ancien lieutenant-colonel des Marines Stuart Scheller, nommé conseiller principal du sous-secrétaire à la Défense pour le personnel et la préparation en avril 2025. M. Scheller, qui avait été traduit en conseil de guerre après avoir publiquement critiqué la gestion du retrait d’Afghanistan par l’armée américaine, apporte ainsi son expertise au cœur de ce projet.
Cette initiative s’inscrit dans la continuité d’une directive du secrétaire à la Défense Pete Hegseth, qui avait demandé que la « capacité de combat interarmées » soit prise en compte comme critère principal dans l’évaluation des officiers et sous-officiers pour leurs promotions.
« Il nous faut des critères objectifs pour assurer la méritocratie dans le système de sélection militaire », a écrit Stuart Scheller sur les réseaux sociaux le 3 juin, en réponse à cette directive. « Il est essentiel que les meilleurs combattants puissent démontrer leur capacité à résoudre un problème militaire. »