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Dassault Aviation réclame une compensation à Airbus à la suite de modifications affectant le programme Eurodrone, dont le calendrier accuse un nouveau retard. Cette tension intervient alors que le projet franco-allemand de nouvel avion de combat FCAS vient d’échouer, fragilisant davantage la coopération européenne en matière de défense.

Le différend, jusqu’ici resté discret, porte sur la réduction de la part de travail attribuée à Dassault, conséquence directe de la décision française de suspendre ses commandes d’Eurodrone. Ce drone, concurrent direct du Reaper américain, est développé conjointement par la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne dans le cadre d’une ambitieuse coopération européenne.

Ce programme figure parmi les trois projets phares franco-allemands initiés lors du sommet des dirigeants européens de 2017, aux côtés du FCAS (Future Combat Air System) dont le développement a été gelé par Berlin, et du char de combat MGCS, également en retard.

Si Paris ne s’est pas officiellement retiré du programme Eurodrone, estimé à environ 7 milliards d’euros, son dernier projet de loi de finances de la défense supprime le financement destiné à l’acquisition de ces drones jusqu’en 2035, justifiant ce choix par l’émergence de solutions plus économiques et mieux adaptées aux besoins de guerre de haute intensité.

Dans le cadre du mécanisme européen de « retour géographique », la suspension des achats devrait donc se traduire par une diminution des volumes de travail confiés aux entreprises françaises, en particulier à Dassault Aviation.

Selon plusieurs sources, Dassault attend désormais une compensation financière de la part d’Airbus, chef de file du programme, afin de couvrir une partie des investissements engagés.

Airbus a indiqué ne pas avoir de commentaires supplémentaires à apporter à ceux de son directeur général Guillaume Faury en avril dernier, qui évoquait la forte probabilité que le projet Eurodrone se poursuive, mais « avec une configuration légèrement modifiée » après le revirement du ministère français des Armées.

Un drone « lourd et coûteux »

Dassault Aviation est responsable des systèmes de commande de vol et de communication de mission pour l’Eurodrone, un drone de moyenne altitude et longue endurance (MALE) conçu pour réduire la dépendance européenne aux technologies américaines et israéliennes.

Les quatre pays partenaires ont commandé ensemble 60 exemplaires. L’entrée en service a été repoussée, le premier vol étant désormais prévu en 2027, contre une cible initiale fixée à 2025.

En 2019, des sénateurs français avaient qualifié l’Eurodrone de « lourd et cher », imputant ces difficultés à des divergences sur ses spécifications techniques. L’armée de l’air française a par ailleurs manifesté un intérêt pour un drone plus léger, l’Aarok, développé par la start-up française Turgis & Gaillard.

Les relations entre Dassault et Airbus, historiquement marquées par leurs racines respectives dans l’industrie privée et publique française, se sont considérablement dégradées cette année.

Le désaccord sur la gouvernance de la prochaine phase du FCAS a conduit à l’arrêt du programme principal du nouvel avion de combat. Toutefois, contrairement au FCAS, l’Eurodrone est à un stade avancé de développement, ce qui modifie sensiblement les implications contractuelles en cas de rupture.

Ces litiges imbriqués accentuent les tensions déjà vives entre deux des plus grands fournisseurs européens de défense.

Une source proche du dossier a souligné que, bien que les négociations concernant ces deux programmes franco-allemands — auxquels participent Dassault et Airbus — soient officiellement distinctes, elles restent néanmoins liées « psychologiquement et politiquement ».