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Pour la première fois, la Corée du Sud a officiellement annoncé une feuille de route stratégique nationale visant à adopter des sous-marins d’attaque à propulsion nucléaire, désignés sous le sigle SSN dans le jargon naval. Séoul prévoit de lancer son premier sous-marin nucléaire à la mi-décennie 2030 et de le mettre en service avant la fin de cette même décennie, selon les récentes déclarations gouvernementales.

Le ministère sud-coréen de la Défense nationale a dévoilé le 26 mai dernier son « Plan de base pour le développement de sous-marins à propulsion nucléaire de la Corée du Sud ». Ce projet, baptisé Jang Bogo-N en hommage au premier sous-marin sud-coréen construit en Allemagne et entré en service en 1992, intègre la lettre « N » pour souligner la « prochaine génération », la « propulsion nucléaire » et les « nouvelles technologies » envisagées.

La Marine de la République de Corée avait déjà exprimé son besoin de quatre sous-marins nucléaires d’attaque. Ces futurs submersibles devraient avoir un déplacement d’environ 8 000 tonnes, soit une taille comparable aux sous-marins de la classe Virginia des États-Unis.

Motivations derrière le développement des sous-marins nucléaires en Corée du Sud

Kim Jae Yeop, chercheur principal à l’Institut Sungkyun d’Études Stratégiques Globales à Séoul, détaille quatre raisons principales poussant Séoul à adopter des SSN. La première est le renforcement des capacités militaires en riposte aux menaces balistiques, notamment les missiles lancés depuis les sous-marins nord-coréens, ainsi que le besoin d’une dissuasion robuste face à des puissances régionales comme la Chine.

La Corée du Nord a présenté en décembre 2025 son premier sous-marin à propulsion nucléaire armé de missiles, un développement qui a offert à Séoul un feu vert politique et moral pour initier une démarche similaire.

Ensuite, Séoul souhaite approfondir sa coopération avec les États-Unis, à l’instar de l’Australie dans le cadre du programme AUKUS. Kim souligne qu’une initiative nationale dans les sous-marins nucléaires permettra à la Corée du Sud d’étendre la portée géographique de ses opérations militaires conjointes avec Washington au-delà de la péninsule coréenne.

Un troisième facteur est le renforcement du statut politico-militaire de la Corée du Sud sur la scène internationale. Enfin, Kim rappelle que les sous-marins nucléaires d’attaque constituent une alternative crédible aux armes nucléaires, dont le débat est vif en Corée du Sud au regard des menaces croissantes du régime nord-coréen.

Le ministère de la Défense souligne que les sous-marins à propulsion nucléaire bénéficient d’une autonomie et d’une mobilité subaquatique nettement supérieures à celles des sous-marins conventionnels diesel-électriques actuellement en service.

Un développement indigène et multi-sectoriel

Le ministère a précisé que le projet SSN représente un programme industriel national de long terme, s’étendant sur plus de 40 ans (dix ans pour la construction et plus de 30 ans d’exploitation), associant les secteurs de la construction navale, de l’énergie nucléaire et de la défense.

La priorité accordée à la construction nationale devrait générer plus de 40 000 emplois, marquant une volonté d’autonomie industrielle, en opposition à la proposition formulée en octobre dernier par l’ancien président américain Donald Trump de construire ces sous-marins dans les chantiers navals de Philadelphie. Bien que le groupe sud-coréen Hanwha Ocean ait acquis ces installations fin 2024, elles ne sont actuellement pas adaptées à la construction de navires à propulsion nucléaire.

Les sous-marins coréens utiliseront un uranium faiblement enrichi ainsi que des réacteurs à cycle long, à la différence de ceux de la Marine américaine qui emploient du combustible hautement enrichi. Ce choix vise à réduire la fréquence des ravitaillements en combustible nucléaire.

« En tant que puissance majeure dans les secteurs de l’énergie nucléaire et de la construction navale, la Corée dispose largement des capacités nécessaires pour développer et construire ses propres sous-marins à propulsion nucléaire », affirme Kim.

Le programme comprend notamment le développement d’un petit réacteur modulaire, bien que le principal défi reste l’approvisionnement en combustible nucléaire et le respect des normes internationales de non-prolifération.

La coopération avec les États-Unis sera essentielle pour sécuriser et gérer l’uranium coréen. Un groupe de travail bilatéral doit être mis en place début juin en ce sens.

Kim rappelle que la Corée du Sud a déjà produit plus de 20 sous-marins conventionnels. Le dernier bâtiment, d’un déplacement de 4 000 tonnes, a récemment rejoint le Canada après avoir accompli sa première traversée transpacifique le 23 mai.

Caractéristiques du concept de conception

Le même jour où le projet Jang Bogo-N a été annoncé, les actions des chantiers navals sud-coréens Hanwha Ocean et HD Hyundai Heavy Industries ont respectivement augmenté de 10,2 % et 9,6 %.

Hanwha Ocean avait présenté en mai 2025 lors de l’exposition MADEX de Busan un concept de sous-marin nucléaire d’attaque intégrant plusieurs avancées technologiques notables : propulseur à bord, gouvernail en X, mât électro-optique à vision panoramique à 360°, système de gestion de combat basé sur l’intelligence artificielle, système de verrouillage pour plongeurs, ainsi que la coopération entre unités habitées et drones sous-marins.

Bien que toutes ces caractéristiques ne seront pas forcément intégrées au Jang Bogo-N, elles illustrent les ambitions technologiques de la Corée du Sud dans la construction navale militaire. Ce sous-marin disposera très probablement d’une section dédiée aux missiles à lancement vertical.

Étant donné que le développement de ce nouveau type de sous-marin prendra au moins une décennie, Kim précise que la Marine devra continuer à renforcer ses capacités sous-marines conventionnelles pour répondre aux menaces provenant de Pyongyang ou d’autres acteurs régionaux.

Le ministère de la Défense qualifie le projet Jang Bogo-N de « jalon historique ouvrant de nouveaux horizons pour la sécurité maritime de la République de Corée ».

Le gouvernement a réaffirmé qu’il ne développerait pas d’armes nucléaires. Toutefois, Kim souligne que l’acquisition de SSN « renforcera les efforts des États-Unis et de leurs alliés en Asie-Pacifique pour maintenir un équilibre stratégique face aux défis posés par des puissances revisionnistes telles que la Chine ».

Cependant, il prévient que cette initiative pourrait inciter le Japon à développer à son tour des sous-marins nucléaires. Dans ce cas, Séoul devra coordonner étroitement avec Tokyo afin de préserver les relations de coopération en matière de sécurité entre les deux pays.

Le ministre japonais de la Défense, Shinjiro Koizumi, avait d’ailleurs déclaré en novembre dernier que Tokyo envisageait sérieusement cette possibilité.