Une vidéo diffusée par le ministère britannique de la Défense montre des commandos Royal Marines intervenir pour intercepter un pétrolier russe sanctionné, appartenant à la flotte-écran, dans la Manche. Le gouvernement décrit cette opération comme la première menée par le Royaume-Uni de ce genre.
Les images montrent les membres du 42 Commando, composante récemment renommée de la UK Commando Force, réalisant une opération d’interdiction maritime à bord du navire SMYRTOS, qui naviguait sous un faux pavillon camerounais. Ce pétrolier a été abordé par les Royal Marines accompagnés d’agents spécialement formés de la National Crime Agency. Le ministère de la Défense souligne que cette opération s’est déroulée malgré les efforts russes pour contourner les sanctions et continuer à alimenter leur guerre contre l’Ukraine.
« Regardez : les commandos Royal Marines embarquent à bord du pétrolier sanctionné SMYRTOS de la flotte-écran russe dans la Manche, lors de la première opération britannique de ce type, soutenue par les navires HMS Sutherland, HMS Ledbury et un P-8 de la RAF. Le navire est retenu au large de la côte sud pendant que les enquêtes se poursuivent », a commenté un tweet relayé par le ministère.
L’opération militaire a duré six heures, avec l’appui d’avions du Maritime Air Group : des hélicoptères Chinook, Merlin Mk4 et Wildcat, un avion de patrouille maritime RAF P-8 Poseidon, ainsi que les frégates HMS Sutherland et HMS Ledbury. Le pétrolier sera provisoirement positionné dans une zone d’ancrage au large de la côte sud de l’Angleterre, où il sera étroitement surveillé pour tout risque environnemental ou de sécurité.
Le pavillon sous lequel naviguait le SMYRTOS, un faux pavillon, est au cœur de la légalité de cette intervention. Les navires de la flotte-écran russe arborent souvent ce que l’on appelle des pavillons de complaisance, immatriculés dans des États avec lesquels ils n’ont que peu ou pas de lien réel. Dans ce cas, le navire peut être considéré comme apatridé selon le droit international maritime, ce qui autorise son abordage. Le ministère de la Défense britannique a cité l’article 110 de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, qui permet à un navire de guerre d’exercer un droit de visite pour vérifier l’appartenance d’un navire à un pavillon lorsqu’il existe des raisons plausibles de soupçonner qu’il est apatride. Après vérification, le Royaume-Uni peut appliquer ses propres lois.
Le Premier ministre Keir Starmer a donné son accord en mars pour que les forces armées britanniques et les agents des forces de l’ordre puissent monter à bord des navires de la flotte-écran conformément au droit international. Le ministère de la Défense assure que l’action contre le SMYRTOS dans les eaux territoriales britanniques a été menée dans le respect du droit national et international.
Le Premier ministre Keir Starmer a déclaré :
« Cette opération porte un nouveau coup à la Russie et rappelle à ceux qui alimentent la guerre de Poutine en Ukraine qu’ils ne peuvent pas se cacher. Je tiens à rendre hommage à tous les acteurs impliqués, y compris nos forces armées et les agents des forces de l’ordre qui assurent la sécurité de notre pays 24 heures sur 24, 365 jours par an. »
Le secrétaire à la Défense Dan Jarvis a ajouté :
« Ce genre d’opérations demande compétence, professionnalisme et courage. Je rends hommage à nos forces armées et à toutes les personnes impliquées. La Russie dépend de sa flotte-écran pour financer son conflit en Ukraine, et notre interdiction inflige un revers à la guerre illégale menée par Poutine. »
L’opération a été menée en étroite coordination avec la France, s’appuyant sur le soutien récent du Royaume-Uni aux opérations alliées, avec l’appui des capacités de la Royal Air Force et de la Royal Navy lors de missions américaines et françaises.
La flotte-écran désigne l’importante flotte de pétroliers vieillissants, souvent opaquement détenus et insuffisamment assurés, que la Russie utilise pour déplacer son pétrole en contournant les sanctions occidentales. Le ministère de la Défense britannique estime que cette flotte, composée de plus de 700 navires, transporte environ 75 % du pétrole russe sanctionné et génère des fonds de guerre qui financent les missiles et drones utilisés contre l’Ukraine. À ce jour, le Royaume-Uni a sanctionné près de 600 de ces navires. L’interception du SMYRTOS constitue la première fois que les forces britanniques dirigent une telle opération, alors qu’elles avaient auparavant un rôle de soutien à leurs alliés.