En 2025, un responsable du développement des capacités pour les « aéronefs de transport et hélicoptères » au sein de l’état-major de l’Armée de l’air et de l’espace (EMAAE) a souligné que le potentiel de l’A400M « Atlas » restait largement sous-exploité, et que l’ajout de nouvelles capacités représenterait un défi de grande ampleur.
« L’A400M peut être considéré comme un vecteur utile pour des missions d’attaque de précision en zones de haute altitude lors d’opérations aériennes à grande échelle, y compris à proximité d’espaces aériens restreints », a-t-il expliqué dans un numéro spécial de la revue spécialisée DSI.
Il a ajouté que l’intégration d’« effecteurs à faible coût et à production de masse » permettrait de générer « une puissance de feu considérable capable de saturer les systèmes de défense ennemis et d’assurer une attaque précise à longue distance » grâce à des drones et/ou des missiles.
Bien que l’A400M soit principalement dédié au transport, voire au ravitaillement en vol, il pourrait être transformé en un « avion de combat lourd » grâce à sa capacité à parcourir 9 000 km en douze heures de vol, à se déployer depuis tout type de terrain, avec une faible empreinte logistique, et à voler en mode automatique à 500 pieds d’altitude (152 mètres), quelles que soient les conditions de visibilité.
Cependant, avant d’atteindre ce stade, l’A400M doit encore être équipé d’une capacité de ciblage, de surveillance et de renseignement, connue sous l’acronyme C3ISTAR (Commandement, Contrôle, Communication, Intelligence, Surveillance, Acquisition de cibles et Reconnaissance), reposant en partie sur une sphère optronique.
« La soute est le véritable système de combat de l’A400M », a déclaré le général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’Armée de l’air et de l’espace (CEMAAE). De là est née l’idée d’y installer un Système de Mission Paralèle afin d’exploiter au maximum ses capacités.
Le chef d’état-major des forces armées avait évoqué ce projet lors d’une audition à l’Assemblée nationale en avril dernier, dans le cadre de l’examen du projet de loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030. Toutefois, la Direction générale de l’armement (DGA) n’a pas attendu la validation parlementaire pour informer Airbus, via l’Organisation conjointe de coopération en matière d’armement (OCCAR), de l’existence d’un contrat de développement lié à ce Système de Mission Paralèle.
« Ce contrat vise à équiper l’A400M français d’un système de mission parallèle afin qu’il soit prêt à jouer un rôle clé dans le combat collaboratif du futur », a souligné la DGA.
Ce système de mission s’appuiera sur une architecture informatique ouverte, connectée au système de vol de l’appareil et intégrant de nouveaux systèmes de communication, capteurs et effecteurs.
Outre cette architecture ouverte, le contrat prévoit l’installation de postes de travail extractibles dans la soute de l’A400M ainsi que l’intégration d’un capteur optronique permettant la réalisation de missions ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance).
Grâce à ce système de gestion d’équipage (PMS), l’A400M pourra exploiter de nouveaux moyens de communication, capteurs et effecteurs, dans l’objectif de disposer d’une capacité multifonction. À terme, ce système permettra le déploiement de drones, bombes et missiles pouvant être lancés depuis la soute à bombes de l’appareil.
« Ce système vise également à coordonner les missions avec les forces terrestres et d’autres vecteurs comme les hélicoptères Tiger ou Caracal et les avions de combat », a précisé la DGA, soulignant une logique d’interconnexion entre ces différentes plateformes.
Ce système de gestion des performances (PMS) devrait être disponible rapidement, avec une homologation et une certification à bord d’un premier A400M prévue pour la fin 2028.
Au moins six modules PMS complets (système de mission et capteurs) seront livrés à l’Armée de l’air et de l’espace française, qui devra modifier une vingtaine de ses A400M pour pouvoir les utiliser. Selon la DGA, ce projet sera confié au Service industriel aéronautique (SIAé) afin d’optimiser et d’accélérer le déploiement de ces nouvelles capacités.