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La Pologne et l’Allemagne ont signé mercredi un accord de défense portant sur la mobilité militaire, les infrastructures, la coopération en mer Baltique, la cybersécurité et l’espace, bien que son périmètre ait été réduit par crainte d’une opposition de la droite et du risque d’un veto présidentiel.

Ce nouvel accord s’inscrit dans la volonté de renforcer la sécurité de la Pologne, membre de l’OTAN et de l’UE, et voisine de l’Ukraine, de la Russie et du Belarus, allié proche de Moscou. Cette initiative intervient après la signature de grands traités avec deux puissances nucléaires européennes : la France en mai 2025 et le Royaume-Uni en mai 2026.

Ce pacte arrive à un moment délicat pour la coordination des défenses européennes, alors que la France et l’Allemagne ont abandonné un important projet commun d’avion de chasse et annoncé une révision majeure de leur plan conjoint de développement d’un char de combat.

Ce nouvel accord est « un autre élément » qui vient s’ajouter à la « nouvelle architecture de sécurité » européenne, a déclaré le ministre polonais de la Défense, Władysław Kosiniak-Kamysz, lors d’une conférence de presse tenue après la signature, en présence de son homologue allemand.

Les ministres des Affaires étrangères des deux pays, Radosław Sikorski et Johann Wadephul, ont également marqué l’événement lors d’une rencontre à Berlin le même jour.

« Conscients de l’histoire tragique du XXe siècle, nous portons une responsabilité particulière envers notre région et notre continent – en tant qu’alliés au sein de l’OTAN et partenaires dans l’Union européenne », ont souligné conjointement les deux ministres.

Wadephul et Sikorski ont notamment dénoncé « les actions agressives de la Russie, en particulier celles de nature hybride et dans le domaine de la désinformation », visant à « diviser nos sociétés, détruire l’ordre public et saper la confiance dans l’État et ses institutions ».

« L’Allemagne et la Pologne forment désormais l’épine dorsale de la défense européenne et de la dissuasion de l’OTAN face à la menace russe », a ajouté Johann Wadephul.

Outre la défense, Varsovie et Berlin envisagent de développer leurs infrastructures ferroviaires, d’accroître les échanges culturels et de restituer des objets historiques pillés par l’Allemagne nazie en Pologne durant la Seconde Guerre mondiale.

Radosław Sikorski a rappelé la « responsabilité historique » de l’Allemagne envers les derniers survivants des crimes nazis.

La Pologne a à plusieurs reprises demandé à son voisin le versement d’indemnités aux quelque 50 000 survivants de la Seconde Guerre mondiale encore présents dans le pays.

« La République fédérale d’Allemagne devrait relever ce défi de manière sérieuse et sans délai », a insisté Sikorski.

Un moment historique

Depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022, les accords bilatéraux de défense se sont multipliés en Europe, dans un contexte d’incertitude croissante concernant l’engagement futur des États-Unis sur le continent.

Selon le ministère polonais de la Défense, ce nouvel accord avec Berlin met à jour un cadre signé en 2011 et porte principalement sur la mobilité militaire, le développement des infrastructures logistiques, la coopération en mer Baltique, la cybersécurité et l’espace.

Il n’intègre pas de garanties supplémentaires en matière de sécurité mutuelle, celles-ci restant limitées aux engagements existants de l’OTAN au titre de l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord, ainsi qu’à ceux de l’Union européenne.

Des médias polonais avaient évoqué un pacte plus ambitieux, mais le gouvernement de Donald Tusk a choisi une version réduite, anticipant l’opposition du président nationaliste Karol Nawrocki et du parti conservateur Droit et Justice (PiS), pour qui l’Allemagne reste un repoussoir historique.

« Nous connaissons tous l’obsession du parti PiS et du président concernant tout ce qui touche à l’Allemagne, donc évidemment qu’il y aurait un veto », a expliqué Sikorski ce mois-ci aux médias polonais, en référence à Nawrocki.

Karol Nawrocki, allié conservateur de l’ancien président américain Donald Trump, n’a toujours pas ratifié le traité signé avec le Royaume-Uni.

Ce nouvel accord prépare une coordination renforcée entre Varsovie et Berlin, notamment au sein de l’OTAN.

À partir de juillet, des soldats allemands aideront la Pologne à renforcer sa frontière avec l’enclave russe de Kaliningrad dans le cadre de l’initiative polonaise « Bouclier de l’Est ».

Piotr Szymański, chercheur au Centre d’études orientales de Varsovie, a souligné l’importance de ces pactes au regard de « la vigilance accrue de l’OTAN, notamment les efforts pour protéger les infrastructures sous-marines critiques et surveiller la soi-disant ‘flotte fantôme’ russe ».

À l’approche du sommet de l’OTAN prévu en juillet à Ankara, les Européens souhaitent faire front commun, la question centrale étant l’avenir de la présence américaine sur le continent.

Une réduction des capacités américaines impliquerait un rôle plus important pour la Pologne et l’Allemagne, a déclaré le vice-ministre polonais de la Défense, Paweł Zalewski.