Le Royaume-Uni et cinq alliés européens unissent leurs efforts pour développer des armes de frappe longue portée. Cette collaboration marque une étape majeure dans le renforcement des capacités militaires européennes, avec le Royaume-Uni à la tête de plusieurs domaines clés.
Selon un communiqué approuvé par les ministres de la Défense de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, de la Pologne, de la Suède et du Royaume-Uni, ces pays ont décidé de passer de simples exercices de planification à la création de groupes de réalisation autonomes pour le développement de nouvelles armes de frappe longue portée. Cette initiative s’inscrit dans la continuité de l’European Long-range Strike Approach (ELSA), lancée il y a deux ans en reconnaissance de l’importance cruciale d’une capacité de frappe conventionnelle à longue distance dans les conflits modernes.
Le ministère britannique de la Défense souligne le rôle moteur du Royaume-Uni, qui conduit ou co-dirige plusieurs groupes de travail, notamment sur la frappe longue portée aéroportée, la frappe au sol à longue portée et la frappe à faible coût. En outre, la coopération avec les partenaires de l’OTAN sur ces capacités avancées est jugée essentielle pour la sécurité collective.
Le lancement d’ELSA visait à favoriser la coopération au sein de la base industrielle et technologique de défense européenne, afin de développer, produire et livrer les équipements adaptés en quantités suffisantes et selon un calendrier réaliste. Cet objectif a gagné en urgence au regard du conflit en Ukraine, qui a démontré l’importance stratégique de frapper profondément derrière les lignes ennemies.
Au cours des deux dernières années, les six pays ont structuré leurs travaux en plusieurs groupes couvrant l’ensemble du spectre de la frappe longue portée : des capteurs aux armes elles-mêmes, en passant par les plateformes de lancement. Ils ont défini des exigences communes et recherchent des solutions interopérables dans les domaines suivants :
- alerte aérienne avancée,
- suppression des défenses aériennes ennemies,
- armes de frappe aéroportées,
- lanceurs multiples européens de missiles,
- systèmes sol-sol à plusieurs portées, allant de quelques centaines à plus de 2 000 km,
- armes de frappe longue portée à faible coût, basées sur des drones à usage unique, déjà observées en Ukraine.
Plusieurs de ces groupes ont atteint une maturité suffisante pour devenir des ELSA Implementation Groups autonomes, dirigés par une ou plusieurs nations, avec pour mission de lancer des projets concrets de développement et d’acquisition, en s’appuyant sur un réseau d’experts nationaux et en offrant la possibilité d’intégrer de nouveaux partenaires.
Les ministres ont qualifié cette démarche d’« incubateur » efficace, qui repose initialement sur un petit noyau de pays afin de faciliter l’accord sur les exigences et les solutions réalisables, avant d’élargir la coopération. Ils estiment qu’ELSA représente aujourd’hui « une avancée significative dans la coopération européenne » en matière de frappe longue portée, réaffirmant leur volonté d’accélérer son développement et son acquisition.
Cette initiative prend tout son sens à la lumière des récentes alertes de l’OTAN, qui rappelle que la capacité de frappe profonde et de précision demeure, pour l’instant, une compétence maîtrisée quasi exclusivement par les États-Unis, aux côtés du commandement et contrôle, du renseignement et de la surveillance, ainsi que du ravitaillement en vol. L’alliance exhorte ses membres européens à combler ces lacunes.
En mutualisant leurs efforts sur des systèmes allant des missiles sol-sol à moyenne portée aux drones d’attaque à usage unique à bas coût, sous la direction britannique, ces six pays cherchent à construire une capacité européenne souveraine de frappe en profondeur, devenue essentielle tant dans le cadre du conflit ukrainien que dans la contribution globale de l’Europe à sa propre défense.