Un briefing publié par la Bibliothèque de la Chambre des Lords, en amont d’un débat sur les menaces pesant sur la démocratie britannique, met en lumière une accusation portée par un service du gouvernement français. Celui-ci affirme que l’entreprise israélienne BlackCore aurait mené des opérations d’ingérence numérique avant les récentes élections parlementaires écossaises.
Ce signalement figure dans un document publié le 18 juin 2026, préparé en vue d’un débat programmé à la Chambre haute du Parlement britannique le 25 juin. Lord Wallace of Saltaire, membre des Liberal Democrats, doit présenter une motion évoquant les menaces pesant sur les institutions démocratiques du Royaume-Uni, notamment la désinformation, l’ingérence étrangère et la défiance croissante envers la classe politique. Le briefing rassemble à cet effet définitions, rapports récents et annonces gouvernementales sur ces sujets, et c’est dans ce contexte que l’allégation visant BlackCore est citée comme un exemple actuel d’ingérence impactant le Royaume-Uni.
Selon ce document, le 11 juin 2026, VIGINUM, le service technique et opérationnel français chargé de détecter et qualifier les ingérences numériques étrangères, a accusé BlackCore d’avoir conduit des opérations d’ingérence avant les élections parlementaires en Écosse. La Bibliothèque souligne que le commanditaire de ces opérations reste inconnu. En intégrant cette accusation dans un produit de recherche parlementaire, plutôt que de la cantonner aux rapports de l’agence française, le sujet est ainsi clairement introduit dans le débat politique britannique, en particulier dans le cadre des discussions sur le projet de loi sur la représentation électorale.
Il est notable que ce document parlementaire associe l’accusation contre BlackCore à des informations sur les activités attribuées à la Russie, la Chine et l’Iran. Jusqu’à présent, les analyses britanniques de l’ingérence étrangère se focalisaient essentiellement sur ces trois États, régulièrement cités dans les documents de sécurité nationale, dont la revue stratégique de défense de juin 2025. En faisant apparaître une société privée israélienne dans le même rapport, la Bibliothèque de la Chambre des Lords élargit la perception des acteurs et entités commerciales intervenant dans le champ de l’ingérence numérique, au-delà des États réputés hostiles.
Le briefing consacre par ailleurs un volet détaillé à VIGINUM, présenté comme un modèle intéressant pour le Royaume-Uni. Cette agence française, placée sous l’autorité du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, a joué un rôle important dans la détection de diverses opérations, dont des manipulations liées à la Russie autour des Jeux Olympiques de Paris. L’Agence suédoise de défense psychologique est également mentionnée, les deux organismes étant présentés comme des exemples de capacités nationales dédiées, actuellement absentes ou insuffisamment développées au Royaume-Uni.
Cette approche s’inscrit dans la continuité des recommandations du rapport Rycroft publié le 25 mars 2026, qui porte sur la lutte contre l’influence financière étrangère et l’ingérence dans la politique britannique, résumé en détail dans le briefing. L’ancien secrétaire permanent Philip Rycroft y préconise de faire de la gestion de l’ingérence numérique hostile une priorité gouvernementale majeure, avec une responsabilité claire aux niveaux ministériel et administratif, appuyée par des ressources adaptées. Il avertit que le Royaume-Uni fait face à « un problème persistant d’intérêts étrangers cherchant à influencer et à interférer dans notre politique », majoritairement « malveillant » et visant à « semer la méfiance et accentuer les divisions au sein de la société britannique, dans le but final de miner la confiance en notre démocratie ».
Le rapport recommande aussi d’interdire totalement les publicités politiques en ligne financées par des fonds étrangers, d’obliger à indiquer clairement leur commanditaire, et d’élargir les pouvoirs d’application de la Commission électorale. Le gouvernement s’est engagé à fournir une réponse détaillée aux 17 recommandations avant la séance du rapport à la Chambre des communes sur le projet de loi sur la représentation électorale, dont la date reste à fixer.
En complément des questions d’ingérence étrangère, le briefing compile également des données faisant état d’une baisse de confiance du public dans les institutions politiques britanniques. Une étude de la Commission électorale de décembre 2024 relevait que seulement 14 % des sondés faisaient confiance aux politiciens, un léger progrès par rapport à 10 % précédemment. Le National Centre for Social Research rapportait en juin 2025 que seulement 19 % des Britanniques pensaient que le système de gouvernance actuel avait peu ou pas besoin d’amélioration, et que seuls 12 % avaient « toujours » ou « le plus souvent » confiance dans le fait que les gouvernements placent l’intérêt du pays avant celui de leurs partis.
Le briefing rappelle également des mises en garde récentes de hauts responsables du renseignement. Le 16 juin 2026, Sir Richard Moore, ancien chef du MI6, a déclaré que l’État russe tentait d’intimider le Royaume-Uni via des actes de sabotage, incendies criminels et cyberattaques. Ses déclarations faisaient suite à la condamnation de deux individus reconnus coupables de complot visant à commettre des incendies criminels sur des biens liés au Premier ministre Sir Keir Starmer. Ces derniers avaient été recrutés en ligne par un interlocuteur russophone, vraisemblablement un diplomate russe.
Enfin, la National Protective Security Authority a diffusé des consignes aux élus, candidats, membres de la Chambre des Lords et personnels des institutions démocratiques, recensant parmi les outils d’interférence étrangère la désinformation, la sollicitation, la manipulation, le chantage, les approches en ligne, les dons financiers, les compromissions cybernétiques et l’exploitation des déplacements à l’étranger.