Ce mois-ci, les Marines basés à Okinawa ont reçu un renforcement de leur puissance de feu destiné à neutraliser des navires de guerre ennemis. Dimanche soir, la 3e Division des Marines a annoncé que le 12e Régiment Littoral des Marines a pris en charge deux des systèmes d’armement les plus récents du Corps des Marines : les Navy-Marine Expeditionary Ship Interdiction Systems (NMESIS) et les Marine Air Defense Integrated Systems (MADIS).
L’arrivée de ces deux plateformes d’armes intervient dans le cadre de la réorganisation des forces américaines dans la région Pacifique, visant à dissuader ou, le cas échéant, à engager un combat contre la Chine. Le NMESIS est une plateforme télécommandée, montée sur un véhicule tactique léger commun (Joint Light Tactical Vehicle), capable de lancer des missiles Naval Strike Missiles à une portée maximale de 185 kilomètres. Cette capacité en fait une arme anti-navire côtière très efficace. Le déploiement de ces systèmes au Japon s’inscrit dans la Force Design Initiative du Corps des Marines, qui met un accent particulier sur les conflits entre États, notamment les campagnes d’ »island hopping » à grande échelle.
Selon Mark Cancian, conseiller senior au Center for Strategic and International Studies (CSIS) et colonel retraité des Marines, le déploiement de ces armes renforce significativement les capacités du 12e Régiment Littoral des Marines. Ces régiments littoraux sont des formations récentes, conçues pour combattre dans un environnement côtier contesté, c’est-à-dire sur une île avec une force ennemie à proximité immédiate.
En pratique, ces régiments ont vocation à être des forces déployées en avant dans le cadre des campagnes d’îles successives. Ils mènent des opérations de contre-reconnaissance et disposent d’une puissance de feu suffisante pour détruire des navires ennemis tentant de naviguer vers ou autour de ces îles. Le 12e Régiment Littoral des Marines comprend environ 2 000 militaires.
« Le déploiement du NMESIS est crucial car il constitue l’épine dorsale du régiment littoral, » a expliqué Mark Cancian. « Les deux éléments clés sont les missiles anti-navires, qui sont les plus importants, ainsi que la composante de défense aérienne. »
Les États-Unis ont renforcé leurs forces dans la région Asie de l’Est, notamment en envoyant des avions de chasse modernisés au Japon, en consolidant des escadrons aériens en Corée du Sud, et en conduisant plusieurs exercices de grande ampleur avec leurs partenaires autour de la mer de Chine méridionale. Selon Cancian, le déploiement du NMESIS et de ses missiles anti-navires à terre offre un outil spécifique aux forces américaines : la mobilité et la capacité de dissimulation de la plateforme. À l’inverse, les navires de surface sont très vulnérables, tandis que NMESIS et MADIS peuvent être rapidement et facilement repositionnés en cas de menace.

Pour sa part, le MADIS constitue une mesure défensive complémentaire. Ce système sol-air a pour mission d’abattre les aéronefs volant à basse altitude.
Le point crucial, selon Cancian, est de pouvoir approcher les armes anti-navires au plus près de Taïwan ou des Philippines en cas de conflit avec la Chine. Okinawa possède une certaine valeur stratégique, mais ces systèmes devront pouvoir être rapidement déplacés pour appuyer un affrontement de haute intensité dans des zones contestées.
Le 3e Régiment Littoral des Marines basé à Hawaï avait déjà reçu ces deux systèmes à la fin de 2024, et les avait temporairement déployés au Japon lors de l’exercice Resolute Dragon à l’automne dernier. Une grande partie de cet exercice portait sur le déploiement rapide des systèmes sur des îles pour assurer leur défense côtière, reproduisant d’autres entraînements réalisés récemment par les forces américaines axés sur le chargement, le transport et la mise en œuvre rapide d’artillerie ainsi que de systèmes de défense antimissile.
Plus récemment, au printemps, le 3e Régiment Littoral a déployé les systèmes MADIS et NMESIS aux Philippines dans le cadre de l’exercice Balikatan 2026. Les Marines ont travaillé avec des personnels de l’Armée de terre et de l’Armée de l’air pour entraîner le chargement rapide des systèmes NMESIS sur des navires de transport et des avions cargo, afin de maîtriser leur redéploiement par voie aérienne et maritime.