Tard dans la soirée de ce mardi, je me trouve à bord d’un ICE de la Deutsche Bahn, immobilisé pour l’instant à Osnabrück. Le trajet direct entre Berlin et Düsseldorf avait déjà été perturbé, et désormais, tous les trains à l’échelle nationale sont à l’arrêt en raison d’une panne du réseau de communication ferroviaire GSM-R. En clair, la résilience, si souvent mise en avant, semble encore très éloignée pour certains segments des infrastructures ferroviaires allemandes.
Je ne relate pas cette situation pour alimenter les critiques habituelles contre la compagnie ferroviaire, mais pour souligner à quel point une simple mésaventure sur une ligne peut révéler les vulnérabilités du réseau ferré en temps de paix – des failles qui pourraient se révéler beaucoup plus critiques en cas de crise, voire être exploitées délibérément.
Un point clé : quelques kilomètres de voie bloquée suffisent à paralyser le trafic grandes lignes – et probablement aussi le fret – à travers tout le pays. Cet après-midi, la perturbation se situait précisément entre Minden et Löhne, en Ostwestphalie.
Il est sans doute inévitable qu’un segment de voie connaisse des interruptions temporaires pour diverses raisons. Ce qui m’inquiète cependant, ce n’est pas tant l’arrêt lui-même que le fait qu’un incident aussi localisé puisse immobiliser totalement la liaison entre la région Rhin-Ruhr et Berlin.
La carte des perturbations indique que les trains ICE entre Berlin et Cologne ont dû être détournés via Bremen, un contournement important qui a métaphoriquement transformé ce trajet en un véritable goulot d’étranglement. Il est probable que ce détour ait également affecté le transport de marchandises.
Après ce détour par Bremen, où plusieurs ICE attendaient leur tour pour manœuvrer, est survenue une panne encore plus grave : à Osnabrück, le fonctionnement s’est interrompu car le réseau de communication radio ferroviaire GSM-R a complètement cessé de fonctionner, a indiqué le chef de train. Conséquence : tous les trains à l’échelle nationale devaient s’arrêter dans un lieu sûr, généralement la gare la plus proche.
Cette panne concernait aussi les trains locaux, comme la S-Bahn de Berlin, dont le trafic a été sévèrement perturbé.
Une fois le trafic suspendu, le personnel de la Deutsche Bahn a commencé à distribuer des bons pour taxis. Mais l’espoir d’une résolution rapide paraissait mince, d’autant que, même dans une ville de taille moyenne comme Osnabrück, il ne restait plus de taxis disponibles.
Les voyageurs ferroviaires savent bien que ce type de défaillances peut survenir. Toutefois, la succession rapide de ces incidents m’amène à penser que plusieurs problèmes techniques sont survenus simultanément, provoquant cette situation exceptionnelle.
Toutes deux, la coupure sur la voie due à un incident avec un produit dangereux et la panne du système GSM-R, pourraient aussi avoir été causées intentionnellement. De tels « attaques hybrides », localisées mais ciblées, auraient des effets dévastateurs, particulièrement en situation de crise, bien plus qu’en temps de paix.
Compléments d’information :
- Le réseau GSM-R avait déjà connu une panne d’envergure il y a près de quatre ans, attribuée alors à un acte de sabotage.
- Au Royaume-Uni, fin 2024, une défaillance du même système GSM-R avait occasionné des retards, cette fois liés à une erreur d’installation matérielle.
- Le mercredi matin suivant l’incident, la Deutsche Bahn a annoncé avoir identifié la cause de la panne, sans toutefois fournir de détails.
Peu avant 1 heure du matin, à Osnabrück, un message a informé les passagers que le réseau de communication ferroviaire était de nouveau opérationnel. Toutefois, dans un train régional à proximité, des voyageurs mécontents avaient cassé des vitres, obligeant l’intervention des pompiers.
Photos : immobilisation des trains à Osnabrück ; cartes : OpenStreetMap Contributors