L’Académie navale américaine réinstaure l’obligation pour les nouvelles recrues féminines de porter une coupe de cheveux courte, taillée au niveau du menton. Cette mesure marque un retour à une tradition qui avait été levée en 2019.
À l’arrivée des nouvelles « plebes » (élèves de première année) à Annapolis, dans le Maryland, lors de la journée d’accueil marquant le début de l’été des bleus, les jeunes femmes devront se présenter avec une coiffure coupée « au niveau du menton », ont indiqué les responsables de l’Académie navale.
Cette règle existait déjà lors de la première promotion féminine en juillet 1976. Sur les 1 300 nouveaux élèves cette année-là, 81 étaient des femmes. Pendant plus de quarante ans, les midshipmen féminines étaient tenues de porter leur chevelure au maximum au niveau du menton. Les autorités de l’Académie affirmaient que cette coupe courte constituait « l’un des signes les plus visibles de leur transformation de civils en militaires ».
En 2019, l’exigence avait été supprimée pour les femmes, tant qu’elles respectaient les normes d’hygiène et de présentation de la Marine, selon un porte-parole de l’Académie.
Ce dernier a souligné que la reprise de cette politique vise à « rétablir une norme commune afin que les plebes masculins et féminins partagent le même symbole visible d’engagement envers le service naval et l’esprit d’équipe ». Il ajoute que la coupe de cheveux, imposée dès la journée d’accueil, symbolise le moment où les civils mettent de côté leurs préférences individuelles pour embrasser les responsabilités, attentes et l’identité des futurs officiers de la Marine et du Corps des marines.
Chaque arme des forces armées américaines possède ses propres règles en matière d’apparence, dont les coupes de cheveux font partie intégrante de la discipline militaire.
L’Académie navale est une institution très sélective qui forme les futurs officiers de la Marine et du Corps des marines. Les élèves y étudient pendant quatre ans, comme dans toute université, mais ils sont ensuite engagés à servir au moins cinq ans après leur sortie diplômés.
Cette modification de la règle a suscité des réactions variées sur des forums dédiés aux académies militaires ainsi que sur les réseaux sociaux. Certains se sont dits surpris et espéraient que ce changement était une erreur, tandis que d’autres ont rappelé que l’Académie revenait simplement à une tradition ancienne.
Kellie Sbrocchi, lieutenant-commandant de la Marine et diplômée de l’Académie, a partagé son point de vue dans une vidéo en assurant aux nouvelles recrues que cette étape représente « un petit chapitre dans une histoire beaucoup plus grande ».
Elle explique : « Je ne suis pas de ceux qui estiment que tout le monde doit passer par ce que j’ai vécu. Cela fait partie de notre identité, je comprends. Je me souviens très bien être assise dans ce fauteuil de salon, le cœur serré en voyant tomber mes cheveux. » Puis elle poursuit : « C’est votre premier test, non pas parce que l’Académie veut que vous détestiez votre coupe de cheveux, mais parce qu’il s’agit d’apprendre que vous êtes bien plus que votre zone de confort, votre apparence, et tout ce qui, selon vous, vous définit. »
Julie Kubal, diplômée de la promotion 1996 de l’Académie navale, affirme ne pas avoir eu de problème avec cette coupe lors de ses années d’études, car elle était une norme partagée par les hommes et les femmes à l’époque.
« Cela ne semblait pas très important parmi toutes les autres préoccupations que j’avais, » témoigne-t-elle. « Par contre, une fois la période de « plebe summer » ou l’année de première année terminée, quand nous sommes devenues officiellement des midshipmen de troisième classe, j’étais très heureuse de pouvoir enfin laisser pousser mes cheveux. Cela m’a semblé être un rite de passage. »
Kubal comprend cependant que cette décision, inattendue pour certains nouveaux élèves, puisse susciter de fortes réactions. Elle reconnaît que le retour à cette exigence peut sembler « punitif », ou comme un retrait de droits, surtout dans un contexte de débats sur l’égalité des standards entre femmes et hommes dans l’armée.
Elle commente : « Dans le climat actuel où les normes sont remises en question, celle-ci pourrait être perçue comme un recul, d’autant plus que d’autres sujets sensibles sont en discussion. C’est un peu comme si on ajoutait l’insulte à l’injure en retirant quelque chose. Mais je rappelle aussi que cette coupe ne posait pas de problème majeur, puisqu’elle était la norme pour les femmes avant moi, comme pour beaucoup d’autres après. »