La Corée du Sud a dévoilé un plan ambitieux d’acquisition de 20 000 drones militaires afin de contrer les menaces nord-coréennes, s’inspirant des enseignements tirés des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient.
La nature de la guerre est en pleine évolution : alors que jadis des systèmes d’armes coûteux dominaient les champs de bataille, le déploiement massif de drones à faible coût transforme aujourd’hui profondément les stratégies militaires.
« Les récents conflits en Ukraine et au Moyen-Orient démontrent clairement que les drones sont devenus des éléments décisifs du champ de bataille », a déclaré le ministre sud-coréen de la Défense, Ahn Gyu-back, lors d’un point presse à Séoul.
La Corée du Sud reste techniquement en état de guerre avec la Corée du Nord depuis leur conflit de 1950-1953, qui s’est conclu par un armistice sans traité de paix.
« La Corée du Nord poursuit le développement d’une large gamme de capacités aériennes sans pilote, ce qui représente une menace croissante non seulement pour les installations militaires sud-coréennes, mais aussi pour les infrastructures nationales critiques et les cibles civiles », a averti Ahn.
Le gouvernement sud-coréen prévoit d’accélérer le déploiement de son système national d’armes de combat sans pilote à longue portée, le K-LUCAS, une munition développée localement et semblable au système américain LUCAS, lui-même inspiré par la rétro-ingénierie des drones d’attaque iraniens Shahed.
Par ailleurs, l’armée vise à acquérir plus de 20 000 drones jetables à bas coût, sans préciser leur provenance. Cette flotte comprendra notamment des drones de reconnaissance à courte portée ainsi que des munitions intelligentes en mode « mission de harcèlement » (drones kamikazes).
Le développement de groupes de drones coordonnés, animés par l’intelligence artificielle, fait également partie des projets militaires à moyen terme.
La Corée du Sud déployera aussi des systèmes de contre-drones le long de ses zones-frontières dès l’année prochaine.
À plus long terme, les forces armées envisagent d’intégrer des armes à énergie dirigée, telles que des lasers et des systèmes à micro-ondes à haute puissance, ainsi que des drones intercepteurs à moindre coût, a précisé Ahn.
Le ministère réaffirme en outre son objectif de former 500 000 « guerriers du drone », capables d’exploiter ces plateformes comme « une seconde arme personnelle ». Pour ce faire, environ 60 000 drones commerciaux produits localement seront achetés pour la formation.
La Drone Operations Command sud-coréenne, créée en 2023, sera restructurée en un nouveau QG de la Défense pour les Drones, selon les annonces officielles.
Cette unité avait fait l’objet d’une forte controverse après une opération de drones menée sur Pyongyang en octobre 2024, sous la présidence de Yoon Suk Yeol.
Ce dernier a depuis été condamné à 30 ans de prison pour avoir orchestré l’envoi de drones vers la Corée du Nord dans le but de « fabriquer » une crise, dans le cadre d’une tentative ratée d’instaurer la loi martiale.
