Le Royaume-Uni va construire une flotte de navires de guerre hybrides conçus pour commander des systèmes sans équipage dans les domaines aérien, de surface et sous-marin, avec la commande d’au moins six nouveaux Common Combat Vessels (CCV) destinés à remplacer les destroyers Type 45 de la Royal Navy ainsi que le futur Type 83, a annoncé le ministère de la Défense.
Ce Common Combat Vessel est décrit comme le premier navire hybride de la Royal Navy, servant de centre de commandement pour coordonner les drones dans ces trois environnements afin d’assurer la défense aérienne, avec une première mise en service attendue au début des années 2030.
Ces bâtiments constitueront le noyau habité d’une force beaucoup plus large et mixte. Une fois en service, ils évolueront aux côtés de huit frégates Type 26, cinq Type 31 et une nouvelle famille de plateformes sans équipage : la plateforme missile Type 91, la plateforme sous-marine de détection Type 92, le véhicule sous-marin autonome extra-large Type 93 et la plateforme de capteurs Type 94. Cette combinaison est qualifiée par le ministère de la Défense d’« investissement générationnel » dans les capacités maritimes. Le financement prévu dans le Plan d’Investissement de Défense permet au Groupe National d’Armement de lancer les études de conception à l’origine de cette évolution.
Le secrétaire à la Défense, Dan Jarvis, présente cette nouvelle classe comme adaptée à des environnements opérationnels plus exigeants, affirmant que ces navires offriront aux marins « des navires hybrides conçus et construits pour répondre aux menaces croissantes auxquelles nous sommes confrontés ». Il a également insisté sur la dimension industrielle : ces bâtiments seront « construits au Royaume-Uni, soutenant l’emploi à travers le pays ». Les programmes financés dans le cadre du plan devraient maintenir des dizaines de milliers d’emplois. Le ministère souligne que cette évolution, qui renonce à concentrer les capacités dans quelques coques grandes et coûteuses, permettra d’étendre la « portée, la résilience et la puissance de feu » de la Marine sans une augmentation proportionnelle des effectifs ou des coûts.
Ce programme vise également à soutenir trois initiatives atlantiques baptisées Atlantic Bastion, Atlantic Shield et Atlantic Strike, conçues pour contrer les activités russes dans l’Atlantique Nord et l’Arctique, protéger les infrastructures sous-marines et renforcer la dissuasion de l’OTAN. Les ministres ont également évoqué un fort potentiel d’exportation grâce à un design adaptable, rappelant que la frégate Type 26 a déjà été choisie par l’Australie, le Canada et la Norvège.
Le Type 83 était depuis longtemps identifié comme le successeur de six destroyers de défense aérienne Type 45, qui doivent quitter le service d’ici fin 2038, mais ce projet n’a jamais dépassé le stade du concept initial dans le cadre du Future Air Dominance System. Le ministre de la Défense Luke Pollard a indiqué cette année devant le Parlement que près d’un million de livres avait été dépensé en conception spécifique sur trois exercices financiers, dans le cadre d’un effort plus large de 6,9 millions de livres, et que le concept avait été repris dans un état peu développé. Les destroyers actuels rencontrent d’importants problèmes de propulsion liés à un défaut de conception des turbines à gaz, avec par exemple le HMS Daring qui n’a pas navigué depuis plus de 3 000 jours.
L’industrie suit cette exigence depuis un certain temps. Lors du salon DSEI 2025, le UK Defence Journal rapportait que BAE Systems exposait une vision « système de systèmes » centrée sur un grand navire de commandement dédié à la défense aérienne, équipé de capteurs, de batteries de missiles, de canons et d’armes à énergie dirigée, accompagné de bâtiments plus petits et modulables.
Un des concepts, basé sur le démonstrateur trimaran Triton, proposait une plateforme de détection et d’action avec un équipage réduit et une autonomie complète à l’étude. Gavin Rudgley, responsable du design, expliquait que cette réduction d’équipage serait obtenue grâce « à l’automatisation, à l’autonomie et à l’intégration de l’intelligence artificielle ». Geoff Searle précisait que la société modernise actuellement son système de gestion de combat dans le cadre du contrat Re-Code afin de construire « la base de la capacité souveraine centrale ». Les représentants de BAE ont confirmé qu’adapter la future plateforme à partir de la frégate Type 26, déjà éprouvée, est une option à l’étude, un choix qualifié d’« évident ».
Un autre axe vient de Babcock, qui avait déjà présenté sa frégate Type 31 pour ce rôle. Dans le cadre de son projet appelé ARMOR Force, l’entreprise propose de transformer la Type 31 en un nœud de commande pour une flotte de grands navires autonomes de surface construits par le chantier américain HII, répartissant les capacités anti-sous-marines, de défense aérienne et de frappe sur de vastes zones maritimes via des charges modulaires interchangées dans son chantier de Rosyth.
Babcock présente cette proposition comme une réponse industrielle à l’appel du Premier Lord de la Mer pour une marine hybride, directement liée aux programmes Atlantic Bastion, Atlantic Shield et Atlantic Strike. Le directeur général Sir Nick Hine qualifie ARMOR Force de « réponse à l’appel du Premier Lord de la Mer pour une Marine hybride réimaginée ».