Deux chasseurs MiG-29 de la force aérienne ukrainienne ont été perdus en moins de 24 heures, dont l’un détruit au sol par un drone kamikaze Geran-4. Ce double coup souligne les défis croissants auxquels est confrontée la flotte ukrainienne face aux nouvelles menaces russes, notamment les frappes de drones avancés sur les infrastructures aéronautiques.
Des médias russes ont diffusé des images montrant un drone kamikaze Geran-4 attaquant un MiG-29 ukrainien alors que celui-ci se préparait à décoller sur un aérodrome situé dans le sud de l’Ukraine, le détruisant intégralement. Les autorités ukrainiennes ont confirmé la perte de l’appareil, précisant toutefois qu’aucune victime n’était à déplorer. Par ailleurs, le Commandement de la force aérienne ukrainienne a annoncé officiellement la perte d’un second MiG-29 lors d’une mission de combat au-dessus de la région de Poltava, dans des circonstances encore indéterminées. Le pilote a pu s’éjecter et a été mis en sécurité.
Dans un communiqué officiel, le Département des communications du Commandement de la force aérienne ukrainienne a déclaré : « Dans la nuit du 27 juin 2026, le contact a été perdu avec un avion de chasse MiG-29 effectuant une mission dans la région de Poltava. Nous confirmons la perte de l’appareil ; cependant, le pilote s’est éjecté avec succès, a établi le contact avec l’équipe de recherche et sauvetage, et a été immédiatement transporté en centre médical pour examens et soins. Les causes et circonstances sont en cours d’investigation ».
L’attaque au sol par le drone Geran-4 marque une avancée qualitative dans la campagne de drones menée par la Russie contre la force aérienne ukrainienne. Le Geran-4 est un drone d’attaque à moteur à réaction unidirectionnel, récemment entré en service russe en mai 2026, après le lancement de sa production en série début 2026, selon la Direction du renseignement de la défense ukrainienne.
Il représente un progrès important par rapport au Geran-2, drone à hélice dérivé du Shahed-136 iranien produit en masse par la Russie. Le Geran-2 vole à environ 180 km/h, transportant une ogive de 30 à 50 kg. En revanche, le Geran-4 utilise un turboréacteur chinois Telefly LX-WP-160, lui permettant d’atteindre des vitesses de 350 à 500 km/h, avec une charge explosive de 50 kg ou une charge thermobarique optionnelle de 90 kg, et une portée pouvant atteindre 850 km, contre 2500 km pour le Geran-2 à des vitesses bien plus lentes.
Les services de renseignement ukrainiens ont retrouvé dans un fuselage de Geran-4 des composants issus du Royaume-Uni, des États-Unis, d’Allemagne, de Chine, de Suisse, du Japon et de Taïwan, illustrant la complexité des chaînes d’approvisionnement de ces systèmes d’armes.

La plus grande vitesse du Geran-4 est un facteur clé dans sa capacité à attaquer efficacement les aéronefs au sol. Les unités ukrainiennes spécialisées dans l’interception de drones, qui ont abattu des milliers d’appareils Geran-2 plus lents, sont pour l’instant moins rodées à intercepter des cibles aussi rapides. Le 1020e régiment ukrainien de missiles sol-air a néanmoins confirmé avoir abattu un Geran-4 avec un intercepteur STING Wild Hornets en mai 2026, une première interception de ce type bien que son efficacité globale reste à confirmer.
Un drone capable d’atteindre 500 km/h, suffisamment sophistiqué pour repérer et frapper un avion en phase de préparation au décollage, représente une menace nettement supérieure aux modèles précédents contre lesquels les défenses ukrainiennes sont mieux préparées.
Le MiG-29, connu sous le nom de « Fulcrum » dans l’OTAN, est un chasseur bimoteur supersonique développé à l’époque soviétique par Mikoyan comme une version plus légère et économique du Su-27 Flanker. L’Ukraine a hérité d’une importante flotte de cet appareil issue de l’Union soviétique. Depuis plus de quatre ans de conflit à grande échelle, ces avions ont subi d’importantes pertes en raison des combats et des livraisons d’anciens pays du Pacte de Varsovie, notamment la Slovaquie, la Pologne et la Bulgarie.
Le projet open source Oryx, spécialisé dans le suivi des équipements militaires détruits confirmés visuellement, recense plus de 100 avions ukrainiens à voilure fixe détruits depuis février 2022. La Pologne avait convenu fin 2025 de transférer sa flotte restante de MiG-29 à l’Ukraine dans le cadre d’un accord lié au partage de technologies de drones, mais mi-juin 2026, le vice-ministre polonais de la Défense a confirmé qu’aucun appareil de ce lot n’avait encore été livré, Varsovie attendant la livraison de la technologie convenue de la part de Kiev.
L’attaque au sol dans le sud de l’Ukraine s’inscrit dans une série d’assauts ciblés contre l’infrastructure aéronautique ukrainienne, menés avec une persistance croissante par la Russie, alors que les défenses aériennes ukrainiennes s’améliorent face aux attaques traditionnelles. Les drones Geran-2 ont déjà détruit plusieurs hélicoptères au sol, notamment un Mi-8 en hélistation à Mykhailivka, lors d’un raid où l’absence de camouflage et de défense aérienne rapprochée était notable selon des analystes OSINT.
Ce mode opératoire révèle une stratégie russe cohérente : lorsque les avions ukrainiens ne peuvent pas être attaqués en vol à cause des défenses antiaériennes et des systèmes de guerre électronique de plus en plus avancés, ils sont frappés au sol par des drones capables de patrouiller, d’attendre et de frapper au moment opportun avant une mission.
Quant à la seconde perte, sur la région de Poltava, aucune cause n’a pour l’instant été officiellement attribuée à une action ennemie. Le territoire de l’oblast de Poltava, situé au centre-nord de l’Ukraine à environ 350 km au nord-est de Kiev, a déjà connu des opérations aériennes ukrainiennes, notamment des missions d’attaque au sol et d’interception.
Le fait que le pilote se soit éjecté avec succès et ait ensuite été secouru indique que la perte ne résulte pas d’une destruction catastrophique en vol, mais semble correspondre à un scénario maîtrisé offrant une chance de survie. Cela pourrait évoquer une panne mécanique, un tir ennemi ou une combinaison des deux, les circonstances exactes restant inconnues au moment de la publication.
Au total, ces deux pertes illustrent la double pression subie par la flotte ukrainienne de MiG-29 : la menace nouvelle constituée par les drones d’attaque au sol, couplée aux risques opérationnels, frappes de missiles et guerre électronique en vol qui continuent à causer des pertes humaines.
Chaque MiG-29 perdu est plus difficile à remplacer que l’appareil précédent. Le transfert des MiG-29 polonais est bloqué par un différend diplomatique, et aucun autre membre de l’OTAN n’utilise actuellement ce type de chasseur. La transition progressive de l’aviation ukrainienne vers des appareils occidentaux, avec notamment des F-16 déjà en service, ainsi que les accords signés fin 2025 pour l’acquisition de Rafale et Gripen, représentent une solution à long terme. À court terme, le 27 juin 2026 au matin, deux MiG-29 ont donc quitté la liste des appareils opérationnels ukrainiens.
