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La Russie a déployé la frégate lance-missiles Amiral Kasatonov ainsi que le navire ravitailleur Akademik Pashin dans le port d’Oran, en Algérie, selon le ministère algérien de la Défense nationale. Leur arrivée, le 22 juin 2026, confère à Moscou une présence navale notable sur la côte méditerranéenne occidentale de l’Algérie.

Cette escale revêt une importance stratégique, puisque la frégate russe à longue portée est positionnée dans une région-clé pour le contrôle maritime de l’OTAN, les routes énergétiques et la sécurité navale en Afrique du Nord.

Le déploiement combine des capacités offensives, de défense aérienne, anti-sous-marine et d’escorte, soutenues par un navire de ravitaillement. Cela étend la capacité de la Russie à projeter sa présence au-delà de ses eaux territoriales. Pour l’Algérie, cette visite renforce les liens navals avec un fournisseur d’armes majeur tout en exposant sa flotte à des systèmes et missions essentiels à la dissuasion moderne en Méditerranée.

La frégate Amiral Kasatonov est la deuxième unité de la classe Amiral Gorshkov, construite aux chantiers navals Severnaya Verf de Saint-Pétersbourg et intégrée à la Marine russe en 2020. Le bâtiment mesure environ 135 mètres de long, déplace environ 5 000 tonnes, peut atteindre 29 nœuds, embarque plus de 170 personnes, et est propulsé par un système diesel-gaz de 65 000 chevaux.

Ces caractéristiques font de ce navire une unité assez compacte pour des déploiements fréquents à l’étranger, tout en étant armée comme des navires de guerre de surface plus imposants. Le rayon d’action est estimé à 4 500 milles nautiques à 14 nœuds, avec une autonomie opérationnelle de 30 jours.

Le système offensif principal est le lanceur vertical 3S14 UKSK, comprenant 16 cellules sur les premiers bâtiments du Projet 22350, dont l’Amiral Kasatonov. Ces cellules peuvent lancer des missiles de croisière terrestres Kalibr, des missiles anti-navires 3M54 Kalibr, les missiles supersoniques P-800 Oniks, ou, après modernisation, les missiles hypersoniques 3M22 Zircon.

Selon les informations publiques, le missile de croisière 3M14 Kalibr a une portée comprise entre 1 500 et 2 500 km, tandis que la version anti-navire 3M54 atteint de 220 à 300 km selon la variante. Le P-800 Oniks, avec son statoréacteur, atteint Mach 2,2 et vole à une altitude terminale de 10 à 15 mètres sur une distance d’environ 300 km.

En décembre 2023, l’agence Interfax rapportait que le commandant de la frégate, le capitaine de premier rang Alexei Ryaboshtan, avait indiqué le chargement de quatre missiles Zircon suite à une modernisation, bien que l’Amiral Kasatonov n’ait pas encore effectué de tirs d’essai.

Sur la défense, la frégate dispose du système Poliment-Redut, combinant un radar à balayage électronique avec 32 cellules de lancement vertical Redut, capables d’intercepter des cibles aériennes avec les missiles sol-air 9M100, 9M96M et 9M96. Le missile longue portée cible des objectifs jusqu’à 150 km d’altitude et 30 km de distance.

Le bâtiment est également armé d’un canon naval A-192M de 130 mm, de systèmes de défense rapprochée Palash, de lanceurs anti-sous-marins et anti-torpilles Paket-NK, ainsi que de sonars de coque Zarya M et remorqué Vinyetka. Il embarque enfin un hélicoptère Ka-27. Cette configuration lui permet de se défendre contre avions et missiles, de détecter et combattre des sous-marins, d’attaquer des cibles de surface et de fournir un appui feu côtier limité, sans dépendre d’un groupe naval russe plus important.

Buque cisterna Akademik Pashin

Pour l’Algérie, cette visite s’inscrit dans une relation de défense concrète, dépassant le simple symbole. Selon le SIPRI, la Russie a représenté 48 % des importations d’armes algériennes entre 2020 et 2024, devant la Chine (19 %) et l’Allemagne (14 %). Toutefois, ces importations russes ont fortement diminué par rapport à la période 2015-2019. La coopération navale est manifeste, notamment dans le domaine des sous-marins :

  • L’Algérie exploite plusieurs sous-marins de la classe Kilo (Projet 636), comme le Messali el Hadj, l’Akram Pacha, l’El Ouarsenis et l’El Hoggar.
  • Elle dispose aussi de sous-marins plus anciens du Projet 877EKM.

Ainsi, l’escale de l’Amiral Kasatonov offre aux officiers algériens une occasion d’étudier l’intégration des missiles, capteurs acoustiques et systèmes de défense aérienne russes, dépassant une simple visite protocolaire.

Il ne faut pas surestimer l’impact tactique : une frégate et un navire ravitailleur ne bouleversent pas l’équilibre naval en Méditerranée. Leur effet est limité mais néanmoins significatif. La Russie démontre sa capacité à projeter une frégate lance-missiles de la Flotte du Nord au cœur de la Méditerranée occidentale, avec autonomie logistique. De son côté, l’Algérie conserve un accès privilégié à l’expertise navale russe à un moment où la capacité d’exportation de Moscou et son accès à l’international sont réduits.

Pour les marines de l’OTAN, cette escale d’Oran est une donnée supplémentaire pour évaluer l’autonomie opérationnelle des bâtiments russes, leurs modes de ravitaillement et la disponibilité des navires porteurs de missiles. Pour l’Algérie, elle consolide une relation d’acquisition et de formation focalisée sur des systèmes qui structurent déjà ses capacités en matière de sous-marins, de défense aérienne et d’attaque navale.