La Force aérienne et spatiale française a trouvé une nouvelle vocation pour ses drones MQ-9 Reaper, désormais adaptés pour neutraliser des drones d’attaque hostiles. Cette initiative vise à combler une lacune dans la défense contre les drones à longue portée et à faible coût, face à une menace en pleine expansion.
Cette adaptation répond principalement à la montée en puissance de systèmes tels que la famille de drones Shahed, d’origine iranienne, qui ont joué un rôle majeur dans plusieurs conflits récents. Ces drones représentent également une menace persistante pour les États du Golfe alliés de la France.
Initialement acquis auprès des États-Unis, les drones MQ-9 Reaper français étaient surtout utilisés pour des missions de reconnaissance et des frappes ciblées contre des objectifs terrestres, notamment lors des opérations contre les groupes jihadistes au Sahel. Aujourd’hui, ils se voient confier une nouvelle mission : intercepter et détruire les drones ennemis.
Cette évolution traduit la volonté d’exploiter au maximum les capacités des systèmes déjà en service, dans un contexte de mutation rapide des conflits modernes. La nouvelle configuration a été testée pour la première fois début avril 2026 au large de l’île du Levant, dans le département du Var, puis présentée aux médias le 12 juin à la base aérienne 709 de Cognac, où sont basés les 12 MQ-9 Reaper français.
Le dispositif repose sur un emploi innovant d’armes existantes. Le missile guidé antichar AGM-114 Hellfire, initialement conçu pour détruire des cibles terrestres, est ainsi utilisé pour engager des cibles aériennes.
Selon l’armée de l’air française, cette adaptation a été développée en seulement trois mois. Conçus pour des missions d’attaque au sol, le Reaper et le missile Hellfire témoignent ainsi d’une capacité d’ajustement rapide face aux menaces émergentes.
Les forces aériennes françaises envisagent le Reaper comme un complément aux systèmes terrestres, aux avions de combat et aux hélicoptères dans la lutte contre les drones évoluant à basse et moyenne altitude. Ses atouts résident dans ses capteurs puissants, capables de détecter aussi bien les menaces terrestres qu’aériennes, ainsi que son autonomie importante pour assurer la surveillance de zones définies.
Le drone est piloté depuis le sol par une équipe de quatre personnes composée d’un pilote, d’un opérateur de capteurs, d’un officier du renseignement et d’un analyste d’images.
La France a aussi conduit des expérimentations avec des hélicoptères dans la lutte antimissile drone. Le 2 juin 2026, la Force aérienne et spatiale a mené ses premiers essais avec les hélicoptères Fennec et Caracal depuis la base aérienne 120 de Cazaux.
Au cours de ces essais, plusieurs armes et systèmes d’observation ont été testés sur ces deux types d’hélicoptères. Le Caracal était équipé d’une mitrailleuse MAG58 de 7,62 mm, utilisée depuis plus de 20 ans, ainsi que d’une mitrailleuse lourde M3M de calibre 12,7 mm, déployée plus récemment.
Après détection des drones ennemis de classe Shahed grâce à une caméra thermique EOS, l’équipage du Caracal a pu intercepter et neutraliser avec succès deux drones cibles, en les engageant à l’aide d’armes légères montées sur les portes du rotor.
Le léger hélicoptère Fennec s’appuyait sur une combinaison d’une tête optronique Trakka et d’un canon fixe de 20 mm installé sous le fuselage. Ces essais ont démontré la capacité d’adaptation des armements et capteurs existants sur hélicoptères pour des missions spécifiques de lutte anti-drones.
L’expérience du conflit ukrainien ainsi que les affrontements récents au Moyen-Orient, notamment contre des forces iraniennes, ont confirmé l’impact redoutable des attaques massives menées par des drones d’attaque à bas coût. Ces offensives peuvent submerger les systèmes traditionnels de défense aérienne.
Cette initiative française s’inscrit dans une volonté plus large de trouver des solutions relativement économiques et rapidement déployables face à cette menace. Ces mesures, jugées provisoires, se poursuivent en attendant l’entrée en service d’un nombre suffisant de systèmes anti-drones spécialisés.