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Le président serbe Aleksandar Vučić a récemment confirmé, lors d’une visite dans une base aérienne, que la Serbie allait acquérir le système de missiles sol-air longue portée chinois HQ-9. Ce contrat unique dépasse la seule transaction commerciale : le HQ-9 viendra s’ajouter aux systèmes chinois FK-3 de moyenne portée et HQ-17AE de courte portée déjà en service en Serbie. Ensemble, ils formeront un réseau de défense aérienne intégrée à trois niveaux (longue, moyenne et courte portée), faisant de la Serbie le premier pays européen à déployer une architecture chinoise complète de défense aérienne.

Il est tentant d’inscrire cette décision dans l’une des deux narrations dominantes : d’un côté, celle fréquente dans les médias chinois qui y voit la percée de la Chine dans la défense européenne, jusque-là sous contrôle de l’OTAN ; de l’autre, plus commune dans l’analyse occidentale, qui considère la Serbie comme contrainte de se tourner vers la Chine pour des raisons politiques. Ces deux interprétations contiennent une part de vérité, mais aucune ne reflète l’ensemble. La réalité est un mélange entre performance technologique et enjeux politiques. Pour la saisir, il faut d’abord abandonner l’idée reçue occidentale selon laquelle les équipements chinois ne seraient qu’un choix par défaut, faute d’avoir accès à des matériels occidentaux.

La performance : le matériel chinois n’est plus « second choix »

Par le passé, l’achat d’armes chinoises par un pays était souvent perçu comme un compromis motivé par un prix bas ou un manque d’alternatives. Cette hypothèse est aujourd’hui battue en brèche par les faits de combat, notamment lors de la bataille aérienne entre l’Inde et le Pakistan en mai 2025.

Les informations sur cet engagement sont variées et parfois contradictoires :

  • La version officielle chinoise est la plus mesurée : en janvier 2026, l’Administration d’État chinoise pour la Science, la Technologie et l’Industrie de la Défense nationale (SASTIND) a classé le « premier succès en combat » du J-10CE parmi les dix principales nouvelles industrielles de 2025. Le communiqué précise qu’à la mi-mai le J-10CE a « abattu plusieurs appareils ennemis sans subir de pertes » — sans chiffrer précisément le nombre ni nommer l’adversaire ou les types d’avions.
  • Le Pakistan revendique un bilan plus élevé : entre cinq à six appareils indiens abattus, dont trois Rafale français.
  • Les confirmations occidentales restent prudentes : la perte d’au moins un Rafale est avérée – des débris ont été retrouvés en Inde et la France a indirectement confirmé la perte d’un Rafale. La plupart des analyses occidentales confirment entre une et deux pertes.

Malgré ces différences, un fait majeur est incontesté : le J-10CE a abattu des chasseurs avancés dont des Rafale sans subir de pertes lui-même. C’était la première fois que le Rafale comptait une perte en combat et la première victoire d’un avion chinois d’export face à un chasseur occidental de premier plan en situation réelle. Pour un pays envisageant un achat d’armes, ce bilan vaut plus que n’importe quelle fiche technique : il transforme une décision d’achat en un choix fondé sur une expérience de combat probante.

Ce point est sous-estimé par l’analyse occidentale dans le cas serbe. En annonçant l’acquisition du HQ-9, Vučić a précisé que d’autres acquisitions chinoises étaient en cours et suggéré que la Serbie aurait besoin de nouveaux chasseurs après la livraison de ses Rafale français — avec dans les médias serbes des spéculations autour du J-10CE ou du FTC-2000G. Si ces hypothèses se confirment, cela montre que le critère du prix ne suffit pas : un chasseur capable de battre un Rafale est une valeur sûre.

Le politique : un facteur réel mais pas exclusif

Cependant, réduire le choix serbe uniquement à la performance serait contrebalancer par un autre biais — celui du récit chinois sur la rupture du monopole occidental. Les raisons politiques et économiques restent pleinement valables :

  • La Serbie est entourée de sept pays membres de l’OTAN, certes, mais son rapport à cette organisation reste tendu, marqué par le traumatisme des bombardements de l’OTAN en 1999.
  • Dans ce contexte, acheter russe serait susciter des sanctions occidentales, ce qui a notamment conduit à l’abandon de l’achat des S-400 russes.
  • L’achat d’armements occidentaux la rendrait dépendante de ces fournisseurs. Par exemple, la France refuse d’intégrer les missiles chinois CM-400AKG aux Rafale, notamment pour des raisons de propriété intellectuelle ; dès lors, l’utilisation du missile chinois impose presque de se tourner vers un avion chinois.
  • Enfin, le matériel chinois est généralement moins onéreux et moins conditionné politiquement comparé aux équipements occidentaux.

L’analyse juste doit donc reconnaître que performance et politique se combinent, avec des poids variables selon le système. Dans le cas du HQ-9, les arguments techniques et politiques se valent probablement ; pour le J-10CE, la victoire en combat penche clairement en faveur de la performance.

Ce qui inquiète l’Occident, c’est l’émergence d’un « écosystème » chinois

Le malaise des pays occidentaux face à ce contrat ne repose pas tant sur la qualité individuelle de chaque arme, mais sur la création d’un système chinois intégré en Serbie. Le pays dispose déjà de systèmes de défense aérienne, de drones de reconnaissance armés, de missiles air-sol et de bombes à guidage planant d’origine chinoise. L’arrivée d’un chasseur chinois ferait de la Serbie le premier État européen à exploiter un système de combat relativement autonome, hors des standards et réseaux de l’OTAN.

La guerre moderne s’appuie sur des systèmes connectés. Qu’un pays encerclé par l’OTAN assemble un système indépendant porte une forte charge symbolique. Cette inquiétude occidentale a sa logique, qu’il convient de reconnaître.

Mais la stratégie de Vučić n’est pas un « virage à l’Est » hostile à l’OTAN, c’est un équilibre multi-vecteur classique : acquérir des Rafale français et collaborer avec l’Union européenne, tout en renforçant sa capacité de défense avec des systèmes chinois. Cette double approche est une manière d’utiliser les achats d’armement comme levier géopolitique, pour ne laisser sa sécurité dépendre d’aucune puissance unique ou alliance. Présumer que la Serbie choisit le camp chinois serait donc une simplification excessive.

En conclusion

Le choix du HQ-9, tout comme la possible acquisition de chasseurs chinois, ne traduit ni un triomphe unilatéral « de la Chine sur le monopole occidental », ni une résignation à s’équiper à moindre coût. Il illustre un changement plus substantiel : la performance de certains matériels chinois — témoignée par le bilan du J-10CE contre le Rafale — devient un facteur légitime dans la décision d’achat, au même titre que les considérations politiques.

Pour la Serbie, cela signifie une option supplémentaire crédible. Pour le marché mondial des armes, cela signifie que la domination occidentale dans le segment haut de gamme est désormais concurrencée grâce à des performances réelles. Cette transition marque le début d’une multipolarité émergente, plutôt que la fin d’un monopole. La vérité se situe entre ces deux extrêmes.