Le système de lance-roquettes multiple sud-coréen K239 Chunmoo gagne du terrain à l’échelle mondiale, notamment au sein de l’OTAN. La Pologne, l’Estonie et la Norvège ont toutes signé des contrats avec Hanwha Aerospace pour ces systèmes montés sur camion. En Norvège, les responsables ont même préféré le Chunmoo au système américain M142 High Mobility Artillery Rocket System (HIMARS).
Sur le papier, le Chunmoo et le HIMARS se ressemblent beaucoup. Tous deux sont des systèmes montés sur camion capables de tirer des rockets avec une portée allant jusqu’à 500 kilomètres, et transportables par des avions de taille modeste comme le C-130. Le Chunmoo nécessite un camion à huit roues, contre six pour le HIMARS, mais il peut embarquer une capacité de roquettes deux fois plus importante que le système américain. C’est à peu près là que s’arrêtent les grandes différences.
Alors pourquoi certains pays choisissent-ils le Chunmoo plutôt que le HIMARS ? La réponse tient principalement aux accords de production locale et aux délais de livraison rapides que propose Hanwha Aerospace.
La demande pour les systèmes MLRS, et particulièrement pour le HIMARS, éprouvé en combat, a fortement augmenté après l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine, qui a mis en lumière l’importance de l’artillerie à roquettes. Pouvoir frapper des cibles à plusieurs centaines de kilomètres avec un système mobile est crucial sur un champ de bataille où les drones sont omniprésents. Cette demande a allongé les délais d’attente pour le HIMARS jusqu’à cinq ans dans certains cas, ce que de nombreux acheteurs ne peuvent se permettre.
Le cas de la Pologne illustre bien ce que propose réellement le Chunmoo. En mai 2022, la Pologne a adressé une lettre de demande pour l’acquisition de 500 lanceurs HIMARS. Lockheed Martin fabrique le système HIMARS, mais la version locale, appelée Homar-A, est assemblée en Pologne. Ces derniers viennent compléter une première commande de systèmes M142 datant de 2019, livrés à partir de 2023. La Pologne souhaitait non seulement assembler les lanceurs Homar-A localement, mais aussi produire sur place les roquettes GMLRS.
En octobre 2022, face aux difficultés concernant le nombre de systèmes disponibles et les délais de livraison, le gouvernement polonais a cherché d’autres options. Le ministre de la Défense, Mariusz Błaszczak, a déclaré : « Nous savons que nous ne recevrons pas les 500 lanceurs HIMARS demandés dans un délai qui nous conviendrait. » Ainsi, la Pologne a signé un contrat avec Hanwha portant sur 218 lanceurs Chunmoo.
La première livraison de lanceurs Chunmoo destinés au système localisé Homar-K a eu lieu dès août 2023, moins d’un an après la signature du contrat. Depuis, la coopération entre la Pologne et Hanwha s’est renforcée. En 2024, la Pologne a commandé 72 lanceurs supplémentaires et, en décembre 2025, elle a conclu un accord pour produire localement les roquettes de précision CGR-080 du Chunmoo dans une usine polonaise à partir de 2030.
Avec la montée des conflits maritimes et des menaces pesant sur le commerce mondial, de nombreux pays cherchent à rapatrier la production de défense sur leur sol. Cette stratégie permet non seulement de réduire les risques liés aux chaînes d’approvisionnement, mais aussi de renforcer le soutien politique local en générant des emplois stables et bien rémunérés tout en préservant les flux financiers nationaux dédiés à la défense.
Cependant, toutes les nations n’acquièrent pas des quantités suffisantes pour justifier la création d’une usine locale. L’Estonie, par exemple, a acheté six systèmes K239 à Hanwha en octobre 2025, puis trois autres en mai 2026. Ce pays d’Europe centrale avait commandé six HIMARS en 2022, livrés trois ans plus tard en avril 2025. Ne souhaitant pas attendre encore trois à cinq ans pour d’éventuelles livraisons supplémentaires, les autorités ont préféré se tourner vers Hanwha, capable de fournir les lanceurs dès la seconde moitié de 2027.
Si la Pologne et l’Estonie ont choisi le Chunmoo pour compléter leurs flottes HIMARS, la Norvège a opté entièrement pour le système sud-coréen afin de constituer ses forces d’artillerie à roquettes ex nihilo. Les responsables norvégiens ont privilégié les délais de livraison et ont commandé 16 lanceurs Chunmoo en janvier 2026.
La décision norvégienne ne reflète pas nécessairement une supériorité technique du Chunmoo sur le HIMARS. C’est plutôt un choix pragmatique, fondé sur le respect des exigences techniques, le budget disponible et un calendrier de livraison acceptable. L’usine européenne de munitions prévue par Hanwha en Pologne constitue un avantage supplémentaire, en garantissant une chaîne d’approvisionnement partiellement autonome vis-à-vis de la Corée du Sud.
Cette tendance illustre un changement majeur dans le secteur des systèmes d’armes. Avec des armes de plus en plus modulaires et compatibles avec divers logiciels, les atouts traditionnels comme les systèmes de contrôle de tir perdent de leur poids dans la décision des acheteurs. Ce sont désormais la fabrication locale, les délais de livraison et le support après-vente qui priment, surtout dans un contexte où la mobilité et la rapidité d’intervention des lance-roquettes sont déterminantes. Lors de la récente compétition française pour un nouveau MLRS, l’un des arguments avancés par Lockheed Martin a été une offre de délai de livraison de 18 mois. Bien que Lockheed ait finalement perdu face à Safran, cette proposition montre combien les délais deviennent un facteur clé.