Le Royaume-Uni et les Pays-Bas ont annoncé un projet commun d’acquisition de nouveaux navires de transport amphibie dans le cadre d’un programme estimé à 2,4 milliards de livres sterling. Chaque pays exploitera quatre unités.
Cette initiative avait été anticipée dans le Plan d’Investissement en Défense publié le 30 juin dernier, mais des détails supplémentaires ont été communiqués récemment, à l’occasion du sommet de l’OTAN en Turquie. Les navires destinés à la Royal Navy seront construits au Royaume-Uni en tirant parti de l’expertise néerlandaise en matière de conception navale. Initialement, le Royaume-Uni envisageait de déployer jusqu’à six navires d’assaut multipropósito (MRSS) pour remplacer les deux Landing Platform Dock (LPD) de la classe Albion, les trois navires de débarquement de la classe Bay, ainsi que le RFA Argus.
Le gouvernement britannique n’a pas encore précisé le design retenu, mais les bâtiments auront une longueur d’environ 160 mètres pour un déplacement de 15 000 tonnes.
Officiellement désignés Buques de Transporte Anfibio (ATS) selon la terminologie néerlandaise, leurs caractéristiques correspondent largement au concept Damen Naval Enforcer 15628 LPD, apparu ces deux dernières années comme candidat dans ce programme conjoint. Il reste toutefois à déterminer si ces navires seront de type Landing Platform Helicopter (LPH) avec passerelle de pont, ou des LPD conventionnels.
Le Enforcer 15628 propose un design moderne tout en conservant une configuration classique d’un navire de débarquement LPD, combinant un dock flottant et une plateforme héliportuaire arrière. Ce concept a servi de base aux navires de la Royal Fleet Auxiliary de la classe Bay, ainsi qu’aux bâtiments amphibies néerlandais de la classe Rotterdam et espagnols de la classe Galicia (L-51).
Damen a présenté une version entièrement repensée de la famille Enforcer en 2023, prenant en compte les besoins futurs du Royaume-Uni et des Pays-Bas.
Le modèle 15628 mesure nominalement 156 mètres pour un déplacement en charge d’environ 14 000 tonnes, soit sensiblement moins que les 20 000 tonnes des navires d’assaut de la classe Albion. Néanmoins, il offre une plateforme très modulable, adaptée au concept de Future Commando Force britannique.
Le design prévoit un équipage d’environ 150 personnes, ainsi qu’une capacité d’accueil de 430 à 560 soldats selon les missions. Une large plateforme véhicules de 1 530 m², un dock inondable, un accès latéral RoRo, et un pont aviation à deux emplacements permettent le débarquement par hélicoptère ou par embarcation rapide.
La propulsion diesel-électrique confère une autonomie économique d’environ 8 000 milles nautiques, avec une vitesse maximale atteignant 18 nœuds.
Ce concept illustre également l’évolution des modes d’emploi en guerre amphibie. Plutôt que de soutenir des débarquements de grande ampleur comme durant la Guerre froide, ces navires sont conçus pour déployer des unités de marine plus petites et mobiles afin d’exécuter des opérations côtières dispersées. Leur large espace de commandement, leurs infrastructures médicales et leur soutien aérien en font des plateformes idoines pour des missions de secours, évacuations, sécurité maritime ou humanitaires.
Cette collaboration témoigne d’un renouveau important de la coopération navale anglo-néerlandaise, après des analyses en début d’année laissant supposer que le Projet CATHERINA, initialement destiné à créer un navire amphibie commun, était bloqué en raison d’exigences nationales divergentes. Les deux gouvernements ont désormais opté pour une plate-forme partagée, permettant à chaque marine d’intégrer une partie de ses équipements et systèmes spécifiques.
Le rapprochement des équipements entre les deux flottes vise à réduire les coûts et optimiser l’interopérabilité. Pour tenir dans un budget moyen de 600 millions de livres par navire, une discipline rigoureuse sur les spécifications sera nécessaire, tandis que les économies d’échelle joueront un rôle essentiel.
Les modalités d’acquisition et de livraison ne sont pas encore arrêtées, mais le chantier Navantia UK basé à Belfast semble bien placé pour accueillir la construction principale. Son directeur général, Donato Martínez, a déclaré : « Le chantier Harland & Wolff de Belfast offre au Royaume-Uni une capacité souveraine et éprouvée pour construire ces bâtiments. Après une recapitalisation avec un investissement de plus de 98,5 millions de livres sterling, il figure aujourd’hui parmi les installations navales les plus modernes d’Europe.
Navantia UK est pleinement engagée dans ce programme et prête à collaborer avec les gouvernements britannique et néerlandais, ainsi qu’avec d’autres partenaires, pour développer cette capacité navale du 21ème siècle ».
Le calendrier de mise en service reste flou : le ministre britannique de la Défense, Luke Pollard, a seulement confirmé que ces navires entreront en service « dans la décennie 2030 », une plage temporelle large qui peut s’étendre de 3 à 13 ans.
Il apparaît donc que l’ère des grands navires de guerre amphibies n’est pas prête de s’achever…