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Pour la première fois, la Chine déploie un de ses sous-marins à propulsion indépendante de l’air (AIP) de type 039B Yuan, parmi les plus avancés de sa catégorie, conjointement avec un sous-marin russe Projet 636.3 Kilo lors de l’exercice naval conjoint Joint Sea-2026. Cette collaboration souligne un approfondissement sensible de la coopération militaire sous-marine sino-russe, avec des implications croissantes pour la sécurité maritime dans la région indo-pacifique.

Alors que les forces navales participantes passent de l’exercice à des patrouilles conjointes dans l’océan Pacifique, ce déploiement met en lumière une coordination accrue dans les opérations sous-marines. Cette synergie pourrait complexifier la capacité de la Marine américaine et de ses alliés à maintenir leur suprématie sous-marine dans cette zone stratégique.

Cette alliance réunit deux des sous-marins conventionnels les plus performants en service en Chine et en Russie, renforçant l’interopérabilité dans la guerre anti-sous-marine, les missions d’attaque en mer ainsi que les opérations de sauvetage sous-marin. Au-delà du cadre de l’exercice, ce déploiement reflète une tendance à une intégration opérationnelle plus poussée entre Pékin et Moscou, consolidant leur capacité à projeter une puissance sous-marine et à défier les forces navales occidentales en eaux disputées.

L’entraînement, lancé le 6 juillet 2026 et organisé par la Marine de l’Armée Populaire de Libération (PLAN) à Qingdao, a rassemblé dix unités navales chinoises et russes, incluant des bâtiments de surface, des sous-marins, des aviation navale et des navires de soutien.

Les scénarios d’exercice en conditions de tir réel couvraient du renseignement conjoint, la défense aérienne et antimissile, les attaques anti-surface ainsi que les opérations de sauvetage sous-marin, témoignant d’un cadre opérationnel axé sur un conflit maritime de haute intensité plutôt que sur des affrontements bilatéraux routiniers.

Une priorité donnée à la guerre sous-marine
Contrairement aux éditions précédentes des manœuvres Joint Sea, l’édition 2026 met un accent marqué sur la guerre sous-marine, domaine stratégique majeur dans la compétition navale contemporaine. Le déploiement conjoint du sous-marin chinois avancé type 039B et du sous-marin russe amélioré de la classe Kilo atteste d’une volonté accrue d’intégrer des capacités sous-marines sensibles dans les entraînements bilatéraux, signe d’une confiance opérationnelle et d’une interopérabilité renforcées par rapport aux exercices antérieurs.

Le sous-marin Type 039B de la PLAN fait partie des sous-marins à propulsion conventionnelle les plus performants de la flotte chinoise. Sa motorisation AIP lui permet de rester en immersion plus longtemps qu’un sous-marin diesel-électrique classique, réduisant ainsi le recours au schnorchel et compliquant sa détection.

Doté d’une réduction acoustique améliorée, de systèmes sonar modernes, ainsi que de la capacité de lancer torpilles lourdes et missiles de croisière antinavires, le 039B est optimisé pour des missions de déni d’accès maritime, de collecte de renseignements et d’opérations en eaux contestées, notamment dans le détroit de Taïwan et en mer de Chine méridionale.

Le sous-marin russe Projet 636.3 Kilo amélioré demeure l’un des sous-marins diesel-électriques les plus silencieux au monde. Armé de torpilles lourdes et de missiles de croisière Kalibr à vocation antinavire et de frappes terrestres, il offre à la Marine russe une capacité polyvalente d’attaque de précision ainsi qu’une vaste expérience opérative en guerre sous-marine furtive.

L’entraînement conjoint avec la PLAN permet aux équipages russes d’échanger des tactiques avec l’une des forces sous-marines à la croissance la plus rapide au monde, tout en exposant les marins chinois à plusieurs décennies d’expertise russe en guerre sous-marine conventionnelle.

Si aucun de ces sous-marins ne rivalise en vitesse, en autonomie ou en portée globale avec les sous-marins nucléaires d’attaque de classe Virginia de la Marine américaine, leur rôle opérationnel diffère fondamentalement. En effet, les sous-marins conventionnels dotés de la propulsion AIP sont particulièrement difficiles à détecter dans les eaux côtières peu profondes. Ils sont donc extrêmement efficaces en points stratégiques et environnements littoraux sensibles entourant Taïwan, la mer de Chine orientale et la mer de Chine méridionale.

Ces zones sont précisément celles où la Marine américaine et ses alliés sont susceptibles d’exercer leurs opérations en cas de crise régionale, ce qui souligne l’importance cruciale des capacités anti-sous-marines pour les États-Unis, le Japon, l’Australie et les partenaires du Indo-Pacifique.

Un exercice complet intégrant le sauvetage sous-marin
Le programme comprend également l’un des aspects les plus exigeants techniquement des opérations sous-marines : le sauvetage conjoint de sous-marins. Réaliser des drills bilatéraux de sauvetage nécessite des procédures harmonisées, des navires spéciaux de sauvetage, des systèmes d’immersion profonde et une coordination rigoureuse des commandements.

Cette coopération démontre une confiance grandissante entre les marines chinoise et russe, améliorant leur capacité à maintenir des opérations sous-marines lors de déploiements prolongés.

Des responsables chinois ont indiqué que la phase maritime comprenait des exercices avec forces réelles et tirs réels, englobant la reconnaissance conjointe, la défense aérienne intégrée, la guerre anti-surface ainsi que les opérations coordonnées de commandement et de contrôle.

Ces scénarios visaient à reproduire des conditions de combat réalistes afin d’améliorer la capacité collective des forces à répondre à des menaces complexes touchant la sécurité maritime.

Avant la mise en mer, les deux marines ont mené à Qingdao une planification opérationnelle approfondie comprenant des exercices de table, des séminaires spécialisés, des visites croisées de navires et des réunions de coordination de mission. Ces activités ont permis d’harmoniser les procédures tactiques et les communications avant le début de la phase opérationnelle réelle.

Après l’exercice, les unités navales chinoises et russes poursuivent des patrouilles conjointes dans l’océan Pacifique, étendant la coopération militaire au-delà du cadre des exercices planifiés vers des déploiements opérationnels coordonnés.

Ces patrouilles renforcent l’expérience des deux marines en opérations maritimes de longue portée, tout en consolidant leur présence combinée dans des eaux stratégiques s’étendant de la mer de Chine orientale jusqu’au Pacifique occidental.

À sa douzième édition depuis 2012, la série Joint Sea est passée d’un exercice diplomatique de confiance à un programme d’entraînement militaire de plus en plus sophistiqué intégrant bâtiments de surface, sous-marins, aviation navale et forces logistiques. L’inclusion de ressources sous-marines avancées illustre une tendance vers une plus grande intégration opérationnelle entre Pékin et Moscou, alors que les deux pays cherchent à maximiser leur capacité à opérer conjointement dans des environnements maritimes conflictuels.

Pour les planificateurs américains et les marines de l’OTAN, la portée du Joint Sea-2026 dépasse largement le cadre d’un simple exercice bilatéral. Bien que les États-Unis conservent un net avantage en matière de sous-marins nucléaires d’attaque et de surveillance sous-marine globale, la coopération grandissante entre la PLAN et la Marine russe renforce peu à peu les capacités chinoises en matière d’opérations sous-marines, de commandement et contrôle, et de guerre maritime coordonnée.

Alors que Pékin continue la modernisation de sa flotte de sous-marins et que Moscou apporte son expérience opérationnelle mature, ces exercices risquent de compliquer la planification alliée de la guerre anti-sous-marine dans la région indo-pacifique, surtout en cas de tensions impliquant Taïwan ou des opérations de liberté de navigation dans le Pacifique occidental.