La compétition s’intensifie entre les entreprises pour concevoir des avions de combat autonomes sans pilote, un marché prometteur qui pourrait révolutionner la défense aérienne. Au Salon aéronautique de Farnborough, Boeing a présenté son drone opérationnel Ghost Bat, face à des concurrents présentant des prototypes très avancés.
Alors que General Atomics et Anduril Industries, deux acteurs américains, exposaient des maquettes grandeur nature de leurs nouvelles générations d’appareils sans pilote destinés à voler en formation avec des avions pilotés, Boeing a frappé fort en montrant une machine en service, le Ghost Bat.
Cette course au développement d’avions de combat autonomes, l’un des enjeux majeurs actuels de l’industrie de la défense, mobilise aussi bien des firmes américaines que européennes comme Lockheed Martin, Northrop Grumman ou Airbus.
La Force aérienne américaine espère ainsi que le coût unitaire de ces nouveaux appareils sera au maximum équivalent à un tiers du prix d’un F-35, dont le prix dépasse souvent 80 millions de dollars par unité.
Richard Aboulafia, directeur général d’AeroDynamic Advisory, estime que ce marché pourrait rapidement se chiffrer en centaines d’appareils produits annuellement, même si une adoption massive n’est prévue qu’à partir du milieu de la décennie 2030.
Le Ghost Bat, un modèle jugé particulièrement adapté par Boeing
Boeing a récemment franchi une étape importante : le Ghost Bat a été le premier drone de cette catégorie à participer à un exercice militaire multinational dirigé par les États-Unis, confirmant son aptitude opérationnelle, après une démonstration de tir réel contre une cible aérienne en décembre dernier.
Bernd Peters, vice-président du développement et de la stratégie chez Boeing, a déclaré : « Nous disposons de l’avion de combat collaboratif le plus avancé. Ce programme est en cours depuis 2017. C’est un matériel réel, que vous pouvez voir ici. »
Cependant, certains concurrents revendiquent une progression rapide et une montée en cadence de leur production.
Jason Levin, vice-président senior d’Anduril, a déclaré : « En deux ans, nous avons accompli plus que beaucoup d’autres en plusieurs années. Plutôt que de faire de petits progrès incrémentiels, nous préférons réaliser des avancées majeures. »
Boeing travaille actuellement à la livraison de sept drones de combat pour l’armée australienne, issus d’un contrat de trois ans d’une valeur de 754 millions de dollars australiens (environ 528 millions de dollars américains). La société affirme avoir réalisé plus d’une centaine d’heures de vol d’essai et ambitionne de développer des capacités avancées en autonomie.
En parallèle, le mois dernier, l’US Air Force a attribué des contrats de production à General Atomics et Anduril dans le cadre de son programme « Collaborative Combat Aircraft » (CCA), visant à créer une première flotte d’appareils d’appoint semi-autonomes.
Des essais en conditions réelles et des capacités de production croissantes
La semaine précédente, l’US Air Force a annoncé un tir réel opposant une cible numérique avec des drones Anduril sur le désert du Mojave. Plus tôt cette année, la société Anduril a commencé la production de son drone de combat FURY dans son usine d’Ohio. Selon Jason Levin, la firme pourrait atteindre une production annuelle pouvant aller jusqu’à 150 appareils, sans préciser le nombre actuellement destinés à l’US Air Force.
Phil Ewing, porte-parole de General Atomics, a indiqué que plusieurs appareils avaient déjà été fabriqués pour le programme US, sans donner plus de détails. Il a souligné que l’entreprise possède une longue expérience dans la construction de drones, notamment avec le Predator. Leur spécificité réside dans leur autonomie, et General Atomics rapporte avoir accumulé des milliers d’heures de vols autonomes ces dernières années.
L’US Air Force prévoit de choisir un fournisseur principal pour la première phase du programme CCA à l’été 2027, avec l’objectif d’acquérir plus de 150 appareils capables de lutter en combat d’ici la fin de la décennie.
Au-delà du matériel, l’US Air Force a aussi avancé sur le volet logiciel, en attribuant des contrats liés à l’autonomie des missions à six entreprises, dont Lockheed Martin.
Un porte-parole de Lockheed Martin a déclaré que la société « continue d’investir dans des solutions attractives pour l’USAF et d’autres clients » et que leur drone de combat est actuellement en phase de construction, avec un vol prévu l’an prochain.
Un développement ciblé pour le marché européen
En Europe, les gouvernements lancent également leurs programmes, avec des collaborations entre entreprises américaines et fabricants locaux afin d’adapter ces drones aux besoins des forces européennes. Boeing, par exemple, a conclu des partenariats avec des firmes allemandes pour fournir un appareil à la Luftwaffe d’ici 2029.
Les industriels européens ne restent pas en reste ; lors du salon, Airbus a dévoilé son U760 Ravenstorm, un drone qu’il espère opérationnel au début des années 2030. Par ailleurs, Airbus développe aussi le modèle U740 Valkyrie, avec des vols d’essais prévus à la fin de l’année grâce à deux appareils acquis auprès de la société américaine Kratos Defense.
Un représentant d’Airbus a souligné que cette stratégie offre aux forces aériennes européennes « des capacités d’expérimentation opérationnelle » à court terme, permettant ainsi d’accélérer l’intégration de ces technologies.