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Le bizutage pourrait bientôt être reconnu comme une infraction spécifique dans le Code uniforme de justice militaire (UCMJ) aux États-Unis, selon une disposition prévue dans le projet de loi de financement de la défense pour l’exercice fiscal à venir.

Cette proposition obligerait le secrétaire à la Défense et le Comité consultatif interarmes sur la justice militaire à étudier l’intégration du bizutage dans l’UCMJ, soit comme une infraction autonome, soit comme un élément aggravant d’autres chefs d’accusation. Cela pourrait notamment passer par l’ajout du bizutage comme infraction distincte à l’Article 93, qui interdit la cruauté, l’oppression ou les mauvais traitements infligés à des subordonnés. Cette mesure figure dans la version sénatoriale de la Loi d’autorisation de la défense nationale (NDAA) pour l’exercice 2027, actuellement en débat au Congrès.

À l’heure actuelle, les cas de bizutage sont poursuivis sous l’Article 93 pour cruauté et mauvais traitements, passibles de jusqu’à trois ans d’emprisonnement et d’une radiation avec déshonneur. En 2019, le Congrès a modifié cet article pour interdire explicitement les abus liés aux fonctions de leadership durant la formation. Cette infraction, qui concerne notamment les instructeurs de recrutement, est sanctionnée d’une peine pouvant atteindre cinq ans d’emprisonnement.

La majorité des poursuites en vertu de l’Article 93 impliquent une relation claire de supériorité entre les protagonistes. Cependant, « le bizutage ne nécessite pas toujours qu’il y ait une supériorité hiérarchique », explique Guy Womack, avocat en défense militaire et lieutenant-colonel retraité du Corps des Marines. « Cette modification clarifierait ce qui est proscrit et préciserait les types de relations hiérarchiques concernés. »

Selon Womack, l’évolution des lois et de la culture militaire a déjà conduit à la disparition de certaines pratiques abusives naguère tolérées. Il cite par exemple le «blood pinning» dans le Corps des Marines, une tradition informelle où les nouvelles recrues promues se voyaient fixer leur insigne de grade en enfonçant les clous à coups de poing, provoquant une douleur intense, bien que non létale. « C’était douloureux, mais pas fatal. Beaucoup d’unités pensaient que cela renforçait le moral. »

Une définition claire pour ne plus se perdre dans les règles du bizutage

La proposition impose également aux autorités militaires d’établir une définition officielle du bizutage, ce qui rendrait les affaires plus limpides. « Cela permettrait d’identifier précisément ce qui constitue un bizutage. Aujourd’hui, certains pensent que tant que cela ne provoque pas de saignement ou de blessure grave, ce n’est pas du bizutage. Mais il n’y a pas de directive claire, et on doit deviner s’il s’agit ou non de bizutage », souligne Womack. « En en faisant un article propre du Code militaire, les choses deviendraient plus simples. »

La sénatrice Kristen Gillibrand (D-NY) a intégré cette proposition dans la version sénatoriale de la NDAA après avoir soutenu un projet de loi à la Chambre des représentants plus tôt cette année, le Harry Lew and Danny Chen Military Justice Reform Act. Ce texte tire son nom de deux militaires, le soldat Danny Chen et le caporal Harry Lew, qui se sont suicidés en Afghanistan après avoir été victimes de harcèlement et bizutage.

Huit soldats ont été mis en cause dans l’affaire Chen. Plusieurs ont été renvoyés et reconnus coupables de bizutage et de mauvais traitements, tandis qu’un sergent a été acquitté de l’accusation la plus grave de homicide involontaire. Dans le cas Lew, trois Marines ont été accusés : un a plaidé coupable d’agression, tandis que deux autres ont été innocentés des faits d’humiliation et de dénigrement.

Le projet initial a été présenté par Judy Chu (D-Calif.), tante de Harry Lew, qui a déclaré que cette politique visait à « confronter directement une culture plus large de bizutage et d’abus dans l’armée ». En octobre 2025, elle et plusieurs élus ont adressé une lettre au secrétaire à la Défense Pete Hegseth, en réaction à ses déclarations publiques où il affirmait que les termes « harcèlement », « bizutage » et « toxicité » étaient devenus des armes utilisées contre les commandants et sous-officiers. Hegseth avait alors appelé à rendre la formation initiale « effrayante, dure et disciplinée » en autorisant des pratiques coercitives pour motiver les recrues.

Le secrétaire mettait cependant en garde contre tout comportement illégal ou imprudent, insistant sur le fait que seules des méthodes éprouvées pouvaient être utilisées. Par la suite, Hegseth a demandé une révision officielle des définitions militaires du bizutage, du harcèlement et des mauvais traitements. En décembre, les responsables du Pentagone ont fermement rejeté le bizutage.

Le Sénat et la Chambre des représentants travaillent actuellement sur des versions distinctes de la NDAA. Une version finale harmonisée sera soumise au vote avant d’entrer en vigueur. Bien que la loi doive être adoptée avant le 1er octobre, l’approbation intervient souvent tardivement dans l’année fiscale suivante.