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Le cadre établi sous l’appellation d’Aide Militaire aux Autorités Civiles (MACA) a résisté à de nombreuses crises – inondations, pandémies, pénuries de carburant ou conflits sociaux – principalement parce que tous les acteurs s’en sont toujours servis comme d’un mécanisme précieux, un canal privilégié où les demandes légitimes trouvaient des réponses sincères, sans qu’aucune des parties ne cherche à en tirer un quelconque avantage politique.

Les récents événements survenus dans les Cairngorms suggèrent que cette retenue ne peut plus être totalement tenue pour acquise, ce qui est une constatation décevante pour ceux qui accordent de l’importance à la résilience des îles britanniques.

Voici les faits tels qu’ils peuvent être établis à partir des sources publiques : un incendie de forêt s’est déclaré près de Glenmore le 15 juillet et, selon le président du conseil communautaire local, il est passé d’une taille comparable à celle d’une petite voiture à une zone brûlée d’environ 30 kilomètres carrés comprenant bruyères, bois et terrains de conservation d’importance internationale ; un incident majeur a été déclaré le week-end suivant ; le gouvernement britannique a proposé la mobilisation d’hélicoptères militaires pour le transport lourd en soutien, ainsi que le déploiement de bataillons en réserve ; mais le gouvernement écossais a refusé cette aide, le secrétaire à la Justice, Neil Gray, expliquant que la demande spécifique sur le terrain concernait des hélicoptères de largage d’eau, que tous les avions-citerne commerciaux du pays étaient déjà engagés contre le feu, et que l’armée ne disposait pas de cette capacité.

Jusqu’à ce stade, la position du ministre est sans doute un exemple de la manière dont ce type de décisions doit être pris : les ministres doivent préciser ce dont les intervenants ont réellement besoin, plutôt que d’accepter sans distinction ce qui est proposé. Si les officiers de lutte contre l’incendie estimaient que les effectifs au sol étaient suffisants mais qu’il manquait un appui aérien, refuser l’envoi de soldats témoigne d’une certaine discipline et non d’une défaillance.

Ce qui apparaît plus problématique, c’est l’aveu de M. Gray sur BBC Radio Scotland selon lequel il avait entendu de manière informelle, avant même toute demande officielle, que l’armée britannique ne disposait d’aucun hélicoptère capable de larguer de l’eau. Il a tout de même soumis sa demande, a reçu la réponse qu’il pouvait prévoir, puis a déclaré publiquement que “les gens pourraient être préoccupés d’apprendre” cette lacune. Sans cynisme, il suffit d’une lecture attentive des tensions persistantes entre Holyrood et Westminster pour comprendre comment cette séquence peut être perçue à l’extérieur.

Il convient de préciser, avant que cette interprétation ne devienne unanimement acceptée, que l’affirmation catégorique du ministre concernant les capacités militaires britanniques ne résiste pas complètement à l’examen, car les forces armées ont mené des opérations de lutte aérienne contre les incendies depuis des décennies, simplement pas depuis le territoire britannique. Le Squadron 84 de la RAF à Akrotiri a assuré des missions de lutte contre les incendies à Chypre avec des “Bambi buckets” suspendus sous les hélicoptères durant toute la période Griffin. En juillet 2025, les Chinook du 1310 Flight ont largué environ 450 tonnes d’eau sur le plus grand feu de forêt chypriote en plusieurs générations. Et ce mois-ci, trois nouveaux hélicoptères H145 Jupiter HC2 sont arrivés à Akrotiri dans le cadre d’un programme à 148 millions de livres, dont la principale mission estivale est précisément le largage aérien d’eau dont parle M. Gray.

Il existe des raisons tout à fait valables pour lesquelles ces appareils n’ont pas pu être déployés à Speyside : ils sont affectés à la protection des zones de base souveraines en Méditerranée au moment critique de la saison des incendies, ils se trouvent à plus de deux mille kilomètres des Cairngorms et sont encore en phase de qualification sur ce nouveau type. Mais une capacité engagée ailleurs et disponible à une échelle différente n’est pas la même chose qu’une absence totale de capacité, et un secrétaire à la Justice qui construit une polémique publique sur cette dernière affirmation devait en faire la nuance à son auditoire.

Les conservateurs écossais ont dénoncé cet épisode comme une manoeuvre cynique, une lecture partisane à laquelle cet article ne souscrit pas entièrement, notamment parce qu’il est tout à fait légitime, dans le cadre de la planification de la résilience, de transformer des sondages informels en demandes officielles : les traces écrites sont importantes après un incident majeur, les informations informelles peuvent s’avérer incorrectes, et un ministre qui n’userait pas de toutes les voies possibles serait légitimement critiqué une fois la situation sous contrôle.

La formalisation de la demande n’est pas, en soi, condamnable ; le problème – si le mot n’est pas trop fort – réside dans la manière dont la suite a été abordée. Un ministre agissant selon une logique purement opérationnelle confirme la situation, remercie les intervenants et revient à la gestion de l’urgence, tandis qu’un ministre qui choisit d’attirer publiquement l’attention sur une capacité prétendument inexistante – tout en rejetant l’aide effectivement proposée – fait un choix de communication dont les conséquences dépassent largement un simple cycle médiatique.

Le dispositif MACA fonctionne sur la base de la confiance. Si les administrations décentralisées en viennent à considérer les demandes officielles comme des instruments de création de polémiques, tandis que Whitehall partage ce point de vue, alors le mécanisme qui a permis par le passé de déployer rapidement hélicoptères et ambulanciers lors de crises majeures deviendra beaucoup plus difficile à mobiliser avec la réactivité qu’exigent de telles urgences.

Cela ne doit évidemment pas dédouaner le gouvernement britannique ni l’ensemble de la défense nationale, car l’observation de M. Gray est en grande partie exacte et mérite une attention sérieuse. Le Royaume-Uni, qui a vu ses alliés méditerranéens affronter d’innombrables étés incendiaires, dont les projections climatiques anticipent des saisons encore plus longues et sèches, a démontré sa capacité à construire, équiper et financer une force permanente de lutte aérienne contre les incendies pour défendre ses bases à Chypre. Pourtant, il ne dispose d’aucune capacité équivalente pour le territoire national et tolère un marché commercial domestique si limité qu’un seul incendie dans les Highlands a saturé tous les moyens disponibles. Par comparaison, des pays comme la Grèce, la France ou l’Espagne considèrent les avions et hélicoptères-citernes comme des outils de résilience nationale essentiels et non comme une simple vitrine export.

La question posée par les événements des Cairngorms est donc celle du pourquoi ce qui justifie un budget de 148 millions de livres pour les hélicoptères Jupiter en Méditerranée n’a jamais été envisagé pour les Highlands, les Pennines ou les landes du sud de l’Angleterre.