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Les vastes feux de forêt qui ravagent l’Europe mettent à rude épreuve la disponibilité et la capacité des avions-citernes. La société Avincis, principale entreprise européenne de services aériens d’urgence, alerte sur le fait que le continent n’est pas préparé à des saisons d’incendies aussi longues et intenses. Son directeur général souligne que leurs avions de lutte anti-incendie sont désormais sollicités presque toute l’année.

John Boag, directeur exécutif d’Avincis, explique que l’allongement des saisons d’incendies et les entraves administratives aggravent la pénurie régionale tant d’appareils que de pilotes qualifiés. « À l’échelle mondiale, les périodes d’incendies s’allongent, les avions ne se déplacent plus entre les zones touchées, et il devient de plus en plus difficile de trouver des pilotes », déclare-t-il.

Pilote d’hélicoptère de formation, John Boag a commencé sa carrière en 1985 dans le centre de l’Australie sur un Bell 47 pour la surveillance du bétail. Ses propos interviennent alors que la France et l’Espagne luttent contre des incendies d’une ampleur historique, conséquence de semaines de sécheresse ayant transformé les forêts en terrains à très haut risque.

Basée à Lisbonne, l’entreprise Avincis signale qu’en raison de la lutte prolongée contre les incendies, il devient difficile de transférer les ressources entre les hémisphères, ce qui entraîne un déficit opérationnel important. « Initialement, la période estivale – la plus active – durait trois à quatre mois. Désormais, nos avions sont en opération de mars-avril jusqu’en octobre », précise Boag.

Les hivers pluvieux compliquent davantage la situation en favorisant la croissance de la végétation, qui devient ensuite un combustible propice aux incendies. Par ailleurs, le risque d’incendie se propage vers le nord, ce qui élargit les zones à surveiller et à protéger.

« Nous sommes arrivés à un point où les États devront pouvoir financer la disponibilité des avions sur une période de 12 mois, car les compagnies commerciales ne peuvent plus compenser leurs revenus en opérant dans l’hémisphère sud pendant la saison basse », souligne John Boag.

Des contraintes majeures dans le recrutement de pilotes

Avincis dispose d’une flotte mondiale composée de 180 hélicoptères et 40 avions à voilure fixe, dont 22 avions-citernes Canadair. En Espagne et au Portugal, où la société opère avec 47 aéronefs, elle a accumulé plus de 5 000 heures de vol en opérations anti-incendie depuis le début de l’année, soit plus du double par rapport à la même période en 2025.

L’Europe a collectivement acquis 22 hydroavions Canadair robustes produits par De Havilland Canada, basé à Toronto. Après une interruption de dix ans dans leur production, un nouveau modèle est en développement, mais ne sera pas livré avant 2028 à son premier client, la Grèce.

Les alternatives se font rares

L’avion militaire Airbus A400M a récemment été mobilisé en France pour la lutte contre les incendies en larguant 20 tonnes de retardant. Par ailleurs, certaines entreprises, comme le constructeur chinois Comac, ont présenté au Salon aéronautique de Farnborough des prototypes d’avions adaptés à ce rôle. La start-up française HYNAERO travaille également sur le développement d’un avion amphibie qui devrait être opérationnel en 2032.

La lutte contre les incendies est une mission exigeante, nécessitant des vols bas et précis, souvent dans des conditions aérologiques imprévisibles. Les experts pointent une pénurie préoccupante de pilotes et de techniciens expérimentés.

John Boag critique les réglementations européennes qui imposent aux pilotes étrangers ou issus du milieu militaire de repasser des examens civils pour pouvoir piloter en Europe. « Il faut une procédure rapide et simplifiée pour intégrer ces pilotes sans lourdeurs administratives, car l’aérodynamique d’un hélicoptère reste la même, qu’il soit militaire ou civil », affirme-t-il.