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Depuis la mi-juillet, l’Ukraine a ciblé à une dizaine de reprises les entrepôts de Wildberries, le plus grand détaillant en ligne russe, causant la mort d’au moins huit personnes et perturbant une large part de ses capacités de stockage.

Kiev accuse ce géant du commerce électronique – souvent surnommé le « Amazon russe » et qui emploie des dizaines de milliers de personnes – de stocker des pièces pour drones et de soutenir l’armée russe.

Voici un état des lieux de Wildberries et des raisons qui ont fait de l’entreprise une cible pour l’Ukraine, qui intensifie ses frappes de représailles en Russie, plus de quatre ans après le début du conflit.

Une série d’attaques ciblées

L’Ukraine a d’abord frappé Wildberries le 18 juillet, touchant un entrepôt près de Moscou et un autre dans la région de Tambov, au sud de la capitale.

Depuis, une douzaine d’entrepôts situés dans la Russie centrale et occidentale, du sud dans la région de Krasnodar jusqu’à la ville de Sarapoul, à plus de 1 200 kilomètres de la ligne de front, ont été ciblés.

Ces frappes ont provoqué d’importants incendies et causé la mort d’au moins huit personnes, selon les autorités.

Volodymyr Zelensky, président ukrainien, a qualifié ces entrepôts de « centres logistiques impliqués dans l’approvisionnement de l’armée russe en composants de drones, équipements de navigation et autres matériels ». Cependant, cette description a été contestée par Wildberries et le Kremlin.

Depuis ces attaques, la société aurait supprimé de son site un mot-clé de recherche lié au matériel de guerre ukrainien.

Présentation de Wildberries

Wildberries est le plus grand détaillant en ligne de Russie, représentant jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires total du commerce de détail dans le pays selon les médias russes.

Avec des dizaines de milliers de points de retrait, même dans les villages les plus isolés, la plateforme propose une gamme étendue de produits allant des médicaments aux articles pour enfants.

Depuis le début du conflit en 2022, Wildberries est accusé d’aider les Russes à contourner les sanctions occidentales en important des produits de marques via des pays tiers.

La société affirme traiter plus de 20 millions de transactions par jour et jouer un rôle majeur dans le maintien de l’économie russe, beaucoup de petites et moyennes entreprises s’appuyant sur elle pour écouler leurs marchandises.

Par ailleurs, les entreprises russes rencontrent des difficultés en raison des restrictions internet, des hausses fiscales imposées par Moscou et des pénuries de carburant provoquées par les frappes ukrainiennes.

Denys Shtilerman, directeur de la société ukrainienne de défense Fire Point, a expliqué que ces frappes visaient en partie à affaiblir l’économie russe, dans l’espoir de provoquer une crise financière.

Frustrations et dégâts sur les réseaux sociaux

Wildberries n’a pas communiqué d’évaluation officielle sur l’ampleur des dégâts causés par les frappes ukrainiennes.

Certaines sources, comme Forbes Russie, estiment que les attaques sur deux entrepôts situés dans le sud de la Russie auraient causé plus d’1,5 milliard de dollars de pertes, tandis que d’autres médias avancent une perte pouvant atteindre 10 % des capacités totales de stockage de l’entreprise.

Wildberries a reconnu verser environ 500 000 dollars en indemnités aux familles des employés décédés lors des frappes.

La société a également remboursé les pertes subies par certains petits commerçants, bien que beaucoup restent encore largement déficitaires.

Certains vendeurs ont rapporté avoir dû signer des clauses renonçant à tout droit à indemnité en cas d’attaque par drone sur les infrastructures logistiques.

Viktoria Terekhova, fondatrice d’une marque de vêtements pour enfants, a témoigné dans une vidéo sur Instagram avoir perdu « pratiquement tout » son stock sans possibilité d’obtenir compensation.

« Nous avons perdu non seulement les marchandises, mais aussi tout l’argent investi… J’espère avoir la force, le courage et la résilience pour surmonter cette épreuve », a-t-elle déclaré en larmes.

Soutenir les entrepreneurs

Si le Kremlin a reconnu la possibilité d’une aide gouvernementale à Wildberries, aucune décision officielle d’aide d’État n’a encore été prise.

Tatiana Kim, PDG de Wildberries – qui a fondé l’entreprise en 2004 depuis son appartement et est aujourd’hui la femme la plus riche de Russie – indique que des mesures de sécurité sont en cours d’élaboration et que les flux de marchandises sont réorientés.

La multi-milliardaire accuse Kiev d’attaquer des « personnes ordinaires ».

Dernièrement, Wildberries a lancé une large campagne publicitaire à travers la Russie sous le slogan : « Soutenez les entrepreneurs par une commande ».