Le ministère britannique de la Défense a officiellement lancé un appel d’offres d’environ 2 milliards de livres sterling pour la fourniture d’un nouveau véhicule léger de mobilité destiné aux forces armées. Ce programme vise à remplacer les capacités actuellement assurées par des flottes héritées, notamment les Land Rover et Pinzgauer.
Publié le 31 juillet, l’avis précise l’intention du ministère de conduire une évaluation compétitive, de sélectionner et d’attribuer un contrat couvrant à la fois les véhicules et les services de soutien associés. Le programme « devrait fournir une gamme de véhicules, incluant une plateforme utilitaire sur roues conçue pour moderniser les capacités assurées par des flottes héritées telles que Land Rover et Pinzgauer ».
La valeur totale estimée du contrat est de 2 milliards de livres hors taxes, soit 2,5 milliards avec taxes. La durée prévue s’étend du 31 mai 2027 au 30 mai 2036, avec jusqu’à onze années d’options supplémentaires, ce qui pourrait porter la durée totale à 20 ans, soit jusqu’en 2047.
Au cœur du projet, une plateforme unique dite Common Base Platform servira de base à neuf variantes :
- Véhicule polyvalent (General Purpose Vehicle),
- Ambulance de combat,
- Véhicule de mobilité tactique,
- Véhicule utilitaire,
- Véhicule à protection renforcée,
- Véhicule de commandement et contrôle,
- Véhicule de soutien,
- Transport de troupes,
- Véhicule pour systèmes de mission.
L’avis souligne que cette plateforme unique « soutiendra une variété de rôles opérationnels au sein de la Force interarmées, renforçant l’interopérabilité, la flexibilité et l’efficacité opérationnelle ».
L’achat initial comporte également la possibilité d’étendre considérablement la flotte. Le contrat prévoit des options « pour répondre aux besoins opérationnels futurs, à la croissance de la flotte et aux nécessités de remplacement, avec la capacité d’augmenter les effectifs de véhicules à plus de 9 500 unités ».
Le Royaume-Uni a choisi de ne pas diviser la compétition en lots, estimant qu’une telle approche aurait « un fort risque d’aboutir à une flotte hétérogène composée de multiples plateformes provenant de fournisseurs différents ». Une plateforme unique permettra, selon les autorités, de standardiser, réduire la complexité de la flotte et profiter d’économies d’échelle.
Les fournisseurs chinois sont exclus de la compétition. L’avis indique que « conformément à la loi sur les marchés publics de 2023, l’autorité applique ses droits en vertu de l’article 19(3)b pour exclure les fournisseurs chinois de ce marché ».
La compétition se déroulera selon une procédure compétitive flexible en quatre phases. La date limite de participation est fixée au 1er septembre 2026. Jusqu’à sept fournisseurs seront invités à soumettre une offre après évaluation d’un questionnaire spécifique. Les candidats sélectionnés entreront ensuite dans une phase de dialogue limitée, accompagnée d’essais de véhicules au Royaume-Uni. L’avis précise que « les soumissionnaires ne réussissant pas les essais seront immédiatement éliminés ». Une évaluation écrite et une phase d’attribution suivent, la décision finale étant prévue pour le 31 mai 2027.
Les critères d’évaluation pour les essais seront rigides et ne feront pas partie de la phase de dialogue. Les spécifications essentielles (Cardinal Points Specifications) à tester seront définitives lors de la publication du projet d’invitation à soumissionner.
Le critère de coût prime devant celui de la qualité, avec une méthode d’évaluation utilisant un indice pondéré de valeur pour l’argent, prenant en compte l’ensemble des coûts sur la durée de vie du véhicule et des services associés. La valeur sociale et la stratégie industrielle nationale représenteront entre 10 % et 20 % de l’évaluation globale.
Au-delà des véhicules, le contrat englobera une solution de soutien comprenant la maintenance, les réparations, la logistique pour garantir la disponibilité de la flotte sur toute sa durée de vie, ainsi qu’un volet formation. Le lieu principal de livraison sera le Royaume-Uni, mais le dispositif de soutien devra pouvoir opérer à l’échelle mondiale. Des services post-conception sont également prévus pour permettre l’évolution technologique des variantes durant la période contractuelle.
L’avis signale plusieurs risques connus pouvant entraîner une modification ultérieure du contrat, notamment :
- l’intégration de technologies émergentes encore non définies à la signature,
- l’obsolescence ou les restrictions à l’export de certains composants,
- et « l’évolution des conditions géopolitiques, des priorités de défense ou du type de conflit » susceptibles d’accroître la demande au-delà des quantités prévues.
Ce lancement marque le début formel d’un processus en préparation depuis plusieurs années. Le programme Light Mobility Vehicle (LMV) est le premier parmi trois sous-programmes de catégorie A dans le cadre du plus vaste Land Mobility Programme, aux côtés des segments Light Protected Mobility et Medium Protected Mobility. Anciennement appelé General Support Utility Platform, il a été présenté à l’industrie lors de l’événement Defence Vehicle Dynamics en septembre 2024, suivi d’une demande d’information en janvier 2025.
Plusieurs candidats ont déjà exposé des véhicules publiquement. Babcock a développé son General Logistics Vehicle basé sur un châssis Toyota, disponible en variantes longues et moyennes. Supacat a présenté un Light Mobility Vehicle construit sur un châssis HiLoad. L’équipe LionStrike, une collaboration entre GM Defence, BAE Systems et NP Aerospace, a proposé notamment le véhicule General Motors Infantry Squad Vehicle. Cette année, Luke Pollard, ministre britannique de la Préparation à la défense et de l’industrie, a déclaré : « Je souhaite que cet achat soit, autant que possible, une acquisition disponible sur étagère ».
Les flottes Land Rover Wolf et Pinzgauer assurent la mobilité légère utilitaire pour les trois armées britanniques depuis plusieurs décennies. Initialement conçues pour une durée de service de 15 ans, leur emploi a été prolongé jusqu’en 2030. L’armée britannique a débuté la mise hors service progressive du Land Rover lors d’une cérémonie au camp de Bovington en mars 2026, après plus de 70 ans d’utilisation. Avec un contrat prévu à partir de fin mai 2027, le calendrier laisse peu de marge avant la mise hors service finale prévue en 2030 pour ces flottes remplacées.