L’Argentine est au cœur d’une bataille industrielle et géopolitique majeure concernant le renouvellement de sa flotte sous-marine. La Marine argentine doit remplacer une capacité vieillissante et réduite à un seul submersible opérationnel après la perte tragique du sous-marin San Juan en 2017.
Trois acteurs principaux se disputent ce marché stratégique estimé à 2,2 milliards d’euros : le français Naval Group, le constructeur allemand TKMS et l’entreprise sud-coréenne Hyundai Heavy Industries.
Naval Group, favori initial, avait signé en octobre 2024 une lettre d’intention avec l’Argentine pour fournir trois sous-marins Scorpène Evolved. Malgré le soutien du président Javier Milei, le projet accuse aujourd’hui un retard important, notamment en raison de la saturation des chantiers navals de Cherbourg par des commandes nationales et export, ainsi que par des contraintes financières en Argentine.
Une solution envisagée serait la construction des sous-marins en sous-traitance au Brésil, chez Itaguaí Construções Navais, bénéficiant d’une collaboration technologique préalable avec la France. Cette option permettrait à Naval Group de rester maître d’œuvre tout en déchargeant ses infrastructures principales.
Le concurrent allemand TKMS, bien positionné, a intensifié sa campagne avec une offre couvrant jusqu’à 4,1 milliards d’euros grâce à une garantie d’exportation approuvée par le Bundestag. Le calendrier de livraison proposé s’étendrait jusqu’en 2034-2035, et la société a récemment envoyé son directeur général promouvoir cette offre à Buenos Aires. TKMS bénéficie d’une forte expérience d’exportation avec plus de cinquante sous-marins vendus depuis 2000, et s’est alliée à Navantia pour renforcer sa compétitivité.
Hyundai Heavy Industries propose une option intermédiaire avec le sous-marin HDS-1500, conçu en collaboration avec le chantier péruvien SIMA, capitalisant sur les relations navales entre l’Argentine et le Pérou. Cette offre promet un compromis entre coûts et performance.
Le choix argentin, attendu prochainement, dépasse en réalité la simple signature d’un contrat. Il conditionne la pérennité de compétences industrielles spécialisées en France et influence la dynamique concurrentielle sur un marché mondial des sous-marins conventionnels de plus en plus disputé, où Naval Group cherche à défendre son plan Scorpène face à l’expansion allemande et sud-coréenne.
La décision du 3 septembre, coïncidant avec la célébration du Jour du Sous-Marinier en Argentine, sera scrutée de près par toute l’industrie de défense navale française comme un indicateur clé de sa position à long terme sur le marché latino-américain et mondial.