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Fin juin 2026, un reportage diffusé par le journal de l’Armée populaire de libération (APL) a offert un aperçu d’un détachement équipé de missiles antichars guidés (ATGM) appartenant à une brigade de l’Armée de terre chinoise, réalisant des exercices en conditions extrêmes dans le désert de Gobi, sous de fortes chaleurs et tempêtes de sable. Si ni le missile, ni l’unité n’ont été explicitement nommés, les descriptions et les images diffusées fournissent un éclairage précieux sur l’évolution de la doctrine chinoise en matière de lutte mobile anti-blindés.

Le rapport indique que le détachement s’est déployé en position de tir dans le désert, a engagé une colonne blindée simulée à longue distance, puis a réalisé une série de missions plus complexes : réassignation des cibles en plein engagement après la détection d’une cible plus importante par un drone de reconnaissance, réaction à des brouillages simulés et opérations de contre-reconnaissance, avant de basculer vers des tirs de nuit. L’objectif affiché était d’« explorer les limites opérationnelles » des systèmes d’armes employés.

Une capacité remarquable : le changement de cible après le tir

Ce qui ressort en particulier, c’est la possibilité de rediriger le missile en vol. Un drone repère une cible plus prioritaire alors que le missile est déjà lancé, et l’opérateur bascule sur celle-ci. Cette fonction « homme dans la boucle » nécessite un missile doté d’un lien de données bidirectionnel après lancement, contrairement aux armes classiques « tire et oublie » qui verrouillent la cible avant le tir et ne peuvent être réorientées. Cette capacité est caractéristique des missiles antichars lourdement guidés par fibre optique en service dans l’APL, car elle permet de tirer à couvert, de prioriser des véhicules de commandement et d’interrompre l’attaque en cas de leurre, même après le départ du missile.

Identification probable du système : le HJ-10

Les images permettent d’en savoir plus que le texte. On y voit un véhicule chenillé lançant un missile depuis un lanceur en boîte monté sur le toit, avec un mât électro-optique rétractable visible — une configuration qui correspond presque parfaitement à l’AFT-10, porteur du HJ-10 (Flèche Rouge-10), basé sur le châssis du véhicule blindé ZBD-04A. D’autres images montrent le chargement des conteneurs missiles sur le lanceur à l’aide d’une grue, toujours cohérent avec ce système. Le rapport officiel n’a pas nommé le missile, et l’identification à partir d’images reste une hypothèse appuyée, mais les spécialistes du matériel de l’APL reconnaissent sans ambigüité cette silhouette particulière.

Un précédent récent et identifié

Ce type d’exercice n’est pas une première. En mai 2025, le ministère chinois de la Défense avait déjà annoncé publiquement que la 74e armée de groupe testait le missile antichar HJ-10 dans le désert de Gobi, mettant en avant une capacité similaire de tir à longue portée et grande mobilité. Le HJ-10 est un système monté sur véhicule, guidé par fibre optique, avec une portée estimée à environ 10 km, doté d’une ogive tandem capable de percer les blindages réactifs, et muni de la capacité de redéfinir la cible après le tir, exactement comme démontré dans cet exercice de 2026. Ces images s’inscrivent donc dans une série d’entraînements que la Chine n’hésite pas à rendre publics.

Le HJ-10 : un missile incontournable dans la gamme anti-blindés chinoise

La lignée des missiles antichars chinois s’étend de l’ancien HJ-8 filoguidé, passant par le HJ-9 guidé au laser, jusqu’aux deux systèmes majeurs actuels : le HJ-12, portatif à l’épaule, et le plus lourd et monté sur véhicule, le HJ-10. Ces deux armes illustrent différentes philosophies, particulièrement éclairées lorsqu’on les compare à leurs équivalents occidentaux :

SystèmeHJ-10 (Chine)HJ-12 (Chine)FGM-148 Javelin (USA)Spike-ER (Israël)
CatégorieMonté sur véhicule, lourdPortatif à l’épaulePortatif à l’épauleVéhicule / portatif
Portée~10 km~2–4 km~2,5–4 km~8 km
GuidageFibre optique, lien bidirectionnelIIR « tire et oublie »IIR « tire et oublie »Electro-optique, lien fibre
Redirection post-lancementOuiNonNonOui
Rôle principalÉcran anti-blindés longue portéeAnti-char d’infanterieAnti-char d’infanterieFrappe de précision multi-rôle

Cette comparaison souligne un point clef concernant le HJ-10. Les missiles portatifs occidentaux largement déployés — notamment le Javelin américain — reposent sur une simplicité « tire et oublie » : verrouillage avant tir, puis mise à l’abri. Pratique pour une équipe d’infanterie légère, cette approche limite cependant la capacité d’adaptation en vol. Le HJ-10, à l’instar de la famille israélienne Spike, privilégie une portée accrue et un lien continu avec l’opérateur. Avec ses quelque 10 km, il s’apparente moins à un arme d’infanterie qu’à un point de frappe anti-blindés mobile, destiné à opérer en embuscade à distance et à neutraliser les blindés avant qu’ils ne se rapprochent. Le guidage au drone et la redirection en vol démontrés dans l’exercice illustrent précisément ce potentiel tactique.

Au-delà du missile : un système complet de combat en réseau

Les images du désert de Gobi illustrent en réalité moins les caractéristiques du missile lui-même que la manière de combattre qu’implique ce type d’armement. Le drone prend en charge la détection, un véhicule de commandement valide la cible, l’équipage tire à couvert, et la cible peut être changée en cours de vol selon l’évolution de la situation. Le missile est une composante d’une chaîne « capteur-tireur » dont la valeur opérationnelle dépend autant des drones, des liaisons données et des procédures de commandement que des performances techniques du missile. Ce type d’entraînement en terrain ouvert et austère, qui met simultanément à rude épreuve mobilité, communication et endurance du matériel, permet d’évaluer le système dans sa globalité plutôt que ses seuls éléments isolés.