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Le choix du Danemark, exprimé lors du référendum du 1er juin 2022, d’abandonner son opt-out à la politique de défense de l’Union européenne marque un tournant majeur. Cette décision, prise dans le contexte de l’invasion russe en Ukraine, illustre la volonté de Copenhague de s’intégrer pleinement à l’architecture européenne de défense.

Quatre ans plus tard, ce revirement s’est concrétisé dans une alliance stratégique renforcée avec la France, symbole d’une coopération accrue au cœur des enjeux européens et arctiques.

Une alliance scellée au plus haut niveau

Le partenariat franco-danois ne date pas d’hier. Dès 2014, une lettre d’intention signée entre les ministres de la Défense des deux pays avait déjà tracé les grandes lignes de cette collaboration, bien avant que la guerre en Ukraine ne rende la coopération plus urgente.

En avril 2025, la visite d’État du roi Frederik X à Paris a permis de transformer cette coopération discrète en un partenariat stratégique officiel, englobant non seulement la défense, mais aussi la santé, la transition énergétique et la culture. La visite d’un monarque régnant attestant la gravité avec laquelle Copenhague considère désormais cet accord.

Dans le domaine des achats militaires, le Danemark a concrétisé ce partenariat en choisissant le système franco-italien de défense aérienne SAMP/T-NG, accompagné d’un accord pour l’acquisition des missiles sol-air Mistral fabriqués en France.

Une solidarité réciproque mise à l’épreuve au Groenland

Face aux pressions américaines sur le Groenland, le Danemark n’a pas attendu d’être rassuré, il a pris l’initiative. En janvier 2026, Copenhague a organisé l’exercice « Arctic Endurance », réunissant la France, l’Allemagne, la Norvège et la Suède pour un déploiement conjoint. Des troupes alpines françaises ont ainsi été envoyées à Nuuk aux côtés de leurs homologues européens.

Militairement modeste, ce déploiement a une forte portée symbolique : il montre que, lorsque Washington exerce une pression sur la souveraineté groenlandaise, le Danemark dispose d’alliés européens prêts à intervenir.

La participation française, parmi plusieurs autres nations, souligne que la relation franco-danoise ne se limite pas à Paris et Copenhague, mais s’étend jusqu’aux territoires stratégiques que le Danemark privilégie aujourd’hui.

La solidarité est d’ailleurs bilatérale. Le Danemark apporte également des atouts importants, notamment une industrie maritime et spatiale qui complète les capacités françaises, ainsi qu’une longue tradition de soutien aux forces françaises dans la région du Sahel.

Le contrat des frégates : un test décisif

Au-delà des déclarations et des exercices conjoints, le véritable enjeu se joue aujourd’hui dans les chantiers navals et les bureaux d’achats militaires danois.

Le constructeur français Naval Group concourt pour l’un des plus importants contrats de défense danois à ce jour : un programme de frégates d’une valeur d’environ un milliard d’euros. Son offre, basée sur la conception française des Frégates de Défense et d’Intervention (FDI), est confrontée à une forte concurrence sud-coréenne.

Ce choix ne sera pas simplement symbolique. Il déterminera qui construira une partie de la future capacité navale du Danemark, les modalités de coopération industrielle ou de transfert technologique pour les chantiers danois, et surtout si le partenariat issu de Paris en 2025 débouche sur une collaboration de longue durée ou reste une simple formalité diplomatique.

Une perspective stratégique plus large

Depuis 2022, le Danemark est passé de l’exception défensive européenne à un partenaire actif de la France, grâce à des achats communs, une solidarité accrue en Arctique et un enjeu industriel majeur qui mettra à l’épreuve la permanence de la coopération.

Ce partenariat s’appuie désormais sur des engagements tangibles plutôt que sur de simples intentions, jetant les bases d’une relation stratégique durable entre les deux pays.