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La future arme française de frappe longue portée pourrait faire ses premiers pas en conditions réelles sur le front ukrainien, face aux forces russes. Selon une source anonyme citée par French Aid to Europe, les prototypes du système THUNDART, qui doit succéder au lance-roquettes unitaire (LRU) actuel, seraient envisagés pour des essais en situation de combat en Ukraine.

Ces tests viseraient à obtenir une certification « apte au combat » pour ce système d’attaque longue portée développé conjointement par MBDA et Safran Electronics & Defense, dans le cadre du programme national français Frappe Longue Portée Terrestre piloté par la Direction générale de l’armement (DGA). Cette information reste toutefois non confirmée par MBDA, Safran ou le ministère des Armées.

Actuellement, l’armée française utilise des versions modernisées du système américain M270, dont les roquettes guidées atteignent une portée d’environ 70 km. Ces munitions approchent la fin de leur durée d’usage, d’où le lancement de THUNDART, conçu pour doubler cette portée à près de 150 km. Ce saut capacitaire doit permettre des frappes de haute précision à longue distance, répondant ainsi aux besoins stratégiques de l’armée de Terre.

En juin 2026, la ministre des Armées Catherine Vautrin a annoncé que la France avait engagé des négociations exclusives avec le consortium Safran-MBDA, écartant les propositions d’ArianeGroup/Thales ainsi que l’offre américaine HIMARS de Lockheed Martin. Ce choix témoigne de la volonté française de disposer d’un système souverain, construit, exportable et modifiable sans contraintes liées aux licences d’exportation américaines (ITAR).

La technologie intégrée dans le missile THUNDART s’appuie sur un socle éprouvé en conditions opérationnelles. Le système de guidage dérive notamment de l’AASM Hammer de Safran, bombe de précision employée largement par la force aérienne ukrainienne dans son conflit actuel avec la Russie. Ainsi, la précision du missile dispose déjà d’un historique de combat, même si le missile lui-même n’a pas encore été validé en situation réelle.

MBDA a également indiqué que THUNDART est assemblé à partir de composants déjà testés sur le terrain par différentes forces armées européennes. Cette approche permet de limiter les risques liés à un développement complet depuis zéro, en privilégiant des modules éprouvés.

Le cas échéant, l’envoi d’un prototype de THUNDART en Ukraine s’inscrirait dans une démarche promue depuis l’été 2025 par la plateforme ukrainienne d’innovation en défense Brave1, via un programme baptisé « Test en Ukraine ». Ce dispositif invite les fabricants étrangers à déployer leurs prototypes au combat réel afin d’évaluer leur efficacité. Kiev fournit ensuite aux industriels un rapport détaillé sur les performances observées.

Mykhailo Fedorov, ancien ministre de la Transformation numérique et de la Défense ukrainien, soulignait au lancement de ce programme que cette méthode offre une expérience impossible à obtenir autrement en laboratoire. « Nous sommes prêts à accompagner les entreprises des pays partenaires pour développer, tester et perfectionner des technologies véritablement opérationnelles sur le champ de bataille », déclarait-il. « C’est une opportunité pour acquérir une expérience que rien d’autre ne peut simuler. »

Ce programme a suscité un intérêt marqué dans les secteurs des drones, véhicules terrestres robotiques, missiles et armes laser, domaines que la plateforme met en priorité. Si l’information sur le déploiement de THUNDART se confirme, il s’agirait alors d’une des armes européennes les plus emblématiques à chercher cette « validation en conditions réelles » sur le terrain ukrainien.

Un enjeu stratégique et commercial majeur

Conçu autour de l’exigence d’une capacité européenne souveraine de frappe profonde délivrée sans dépendre des règles ITAR américaines, THUNDART pourrait tirer un avantage stratégique d’un premier emploi opérationnel dans un conflit contemporain majeur, face à l’adversaire même qu’il vise à dissuader.

Ce recul sur le champ de bataille présenterait un sérieux argument de vente à l’export, notamment pour MBDA et Safran, en renforçant la crédibilité commerciale de leur missile face à de potentiels clients européens et internationaux.

La Belgique apparaît déjà comme un client potentiel. Selon des médias belges, le commandant des forces terrestres de Belgique a exprimé son intérêt pour l’acquisition de ce système, en cohérence avec le projet franco-belge de créer d’ici 2030 une brigade d’armes combinées dotée de moyens de frappe longue portée communs.

Une réputation construite en situation de combat, même par le biais de prototypes testés sur le terrain plutôt que de systèmes en production, représenterait un avantage non négligeable dans la compétition pour équiper d’autres armées européennes confrontées à la menace russe persistante.

Selon les annonces publiques, THUNDART devrait entrer en service opérationnel dès 2030. Quel que soit le rôle exact que jouera le théâtre ukrainien dans cette étape, la logique stratégique est claire : l’Europe construit, teste et commercialise sa nouvelle capacité de frappe profonde dans le cadre d’une guerre qui redéfinit la notion d’« arme éprouvée au combat ».