La Hongrie met un terme au service de ses hélicoptères Mi-17 et Mi-24, marquant la fin de près de 50 ans d’utilisation de ces appareils soviétiques essentiels à la défense nationale depuis la fin de la Guerre froide. Les derniers vols d’adieu depuis la base aérienne de Szolnok symbolisent la conclusion d’une transformation profonde des Forces armées hongroises dans leur équipement et leur doctrine.
Le retrait des Mi-17 et Mi-24 dépasse la simple mise à jour matérielle : il clôt un cycle débuté à l’époque du Pacte de Varsovie, durant lequel la Hongrie utilisait exclusivement du matériel d’origine soviétique. Aujourd’hui intégrée à l’OTAN, la Hongrie vise une pleine interopérabilité avec ses alliés occidentaux en abandonnant progressivement ses plateformes héritées de l’ère soviétique.
Les hélicoptères d’attaque Mi-24, introduits en Hongrie en 1978, sont rapidement devenus un pilier du soutien aérien du pays. Connu sous le nom de code OTAN Hind, ce modèle est célèbre pour avoir combiné une puissance de feu importante et la capacité rare de transporter des troupes, une caractéristique distinctive parmi les hélicoptères de combat de sa génération.
Au sommet de la Guerre froide, la Hongrie exploitait des dizaines de Mi-24, formant l’une des flottes d’hélicoptères d’attaque majeures d’Europe centrale. Après l’effondrement de l’Union soviétique, ces appareils ont continué à jouer un rôle clé lors des exercices militaires, des missions de surveillance frontalière et d’opérations conjointes avec ses alliés de l’OTAN.
Quant aux Mi-17, ils ont constitué la colonne vertébrale des missions de transport aérien. Durant plusieurs décennies, ils ont été employés pour la mobilité tactique, l’évacuation sanitaire, le transport de troupes, l’aide humanitaire et le soutien lors de catastrophes naturelles. Leur robustesse et polyvalence en ont fait l’un des appareils les plus utilisés par l’armée hongroise.
Cependant, la maintenance de ces hélicoptères est devenue de plus en plus difficile ces dernières années. La disponibilité des pièces détachées a chuté, tandis que le coût de leur entretien a fortement augmenté. De plus, l’invasion russe en Ukraine a renforcé les défis logistiques liés au maintien en condition d’équipements d’origine russe au sein des pays membres de l’OTAN.
La Hongrie a tenté de prolonger la durée de vie de ses Mi-24 grâce à un programme de modernisation mené entre 2017 et 2019. Huit appareils ont bénéficié d’une révision complète et d’améliorations, notamment pour les opérations nocturnes et la modernisation des systèmes critiques. Toutefois, ce programme restait temporaire et visait principalement à couvrir la période de transition avant l’arrivée de nouveaux hélicoptères occidentaux.
Le retrait définitif des Mi-17 et Mi-24 s’inscrit dans le cadre du programme de modernisation militaire Zrínyi 2026, le plan de rééquipement le plus ambitieux des Forces armées hongroises depuis la fin de la Guerre froide. Ce programme prévoit l’acquisition de nouveaux véhicules blindés, de systèmes de défense antiaériens, d’armements modernes, ainsi qu’un renouvellement complet de la flotte aérienne militaire.
Dans le segment des hélicoptères, la substitution des modèles soviétiques se fait par l’arrivée des Airbus H145M et H225M. La Hongrie a commandé 20 H145M et 16 H225M, constituant ainsi l’une des flottes d’hélicoptères les plus modernes d’Europe centrale.
Le H145M intègre une avionique numérique de dernière génération, des capteurs avancés et le système d’armes modulaire HForce, développé par Airbus. Cette plateforme peut être armée de roquettes guidées, de missiles anti-char, de mitrailleuses et de systèmes de reconnaissance, assurant certaines des missions précédemment dévolues au Mi-24.
Le H225M offre des capacités accrues pour le transport de troupes, les opérations spéciales, les missions de recherche et sauvetage en milieu hostile ainsi que l’évacuation médicale. Certains appareils hongrois ont aussi été équipés de systèmes de ravitaillement en vol, étendant considérablement leur rayon d’action.
Néanmoins, la fin d’exploitation des Mi-24 crée un vide dans la capacité d’attaque lourde de la Hongrie. Si les H145M disposent d’armements modernes, ils ne bénéficient pas du même niveau de protection, de résistance ni de capacité de charge que les traditionnels hélicoptères Hind. Ces éléments alimentent les spéculations quant à un possible intérêt hongrois pour des hélicoptères d’attaque spécialisés afin de compléter la flotte actuelle.
Les derniers vols réalisés à Szolnok clôturent ainsi une page d’histoire débutée il y a près d’un demi-siècle. Durant cette période, les Mi-17 et Mi-24 ont été témoins de profondes évolutions géopolitiques, survécu à la fin de la Guerre froide, à la dissolution du Pacte de Varsovie et à l’intégration de la Hongrie dans l’OTAN. Ils restent désormais des symboles d’une époque révolue dans l’aviation militaire hongroise.