Les analystes occidentaux évaluent actuellement plusieurs scénarios d’escalade potentielle du conflit en Ukraine, dont une mise en cause plus ciblée des dirigeants politiques ukrainiens, qui pourrait être envisagée par Moscou. Cette perspective intervient alors que la question se pose de savoir si le président russe Vladimir Poutine choisira d’intensifier la guerre ou de privilégier la négociation.
Un responsable occidental a expliqué que de nombreuses analyses sont en cours pour définir les options d’escalade possibles et les déclencheurs associés. Il distingue notamment « l’escalade verticale, c’est-à-dire des options d’escalade au sein même du conflit », et « l’escalade horizontale, plus régionale ».
Parmi les options à l’intérieur du conflit, la mobilisation est évoquée en premier lieu, décrite comme « un sujet sur lequel nous travaillons beaucoup actuellement, pour envisager ce que cela pourrait représenter dans les mois à venir ». Vient ensuite « l’ouverture d’un nouvel axe offensif, envisageable uniquement si une mobilisation est lancée », suivie par « un recours accru à des troupes nord-coréennes ».
Enfin, la dernière option mentionnée concerne la cible plus systématique des dirigeants politiques ukrainiens. Selon ce responsable, « une attention plus concentrée sur les figures politiques ukrainiennes n’a pas encore été mise en œuvre à ce jour », ce qui constitue une réserve de la part de Moscou jusqu’à présent, contrairement aux autres options envisagées.
Cette liste repose sur une question centrale de temporalité. Les frappes profondes ukrainiennes gagnent en efficacité, en portée, en volume et en diversité des cibles visées, tandis que la Russie éprouve des difficultés à protéger l’ensemble des sites stratégiques qui se multiplient. Cela a pour effet « de faire désormais ressentir la guerre à l’ensemble de la population russe », ce qui amène à se demander « si le temps joue encore en faveur de Moscou, et donc si Poutine cherchera à escalader le conflit ou à négocier ».
Concernant la question nord-coréenne, le responsable souligne un approfondissement des liens, non seulement en matière d’équipements mais aussi de ressources humaines. Il cite la « fourniture accrue de missiles balistiques nord-coréens aux forces russes, notamment le missile balistique à courte portée KN-23 Hwasong ». Des troupes nord-coréennes ont été signalées pour la première fois aux côtés des forces russes dans la région de Koursk à la fin de l’année 2024, et Pyongyang aurait fourni à Moscou des munitions d’artillerie ainsi que des missiles balistiques dans le cadre d’un traité de défense mutuelle signé en juin 2024.
Interrogé sur l’éventualité d’une ouverture d’un nouveau front depuis le territoire bélarusse, ce même responsable a été catégorique : « À court et moyen terme, aucun nouvel axe depuis la Biélorussie vers le nord de l’Ukraine n’est envisagé ». Il précise que « les forces russes ne disposent pas des moyens nécessaires pour cela, et aucune préparation concrète n’a été observée côté bélarusse ».
La participation de la Biélorussie est jugée tout aussi improbable. Le président Alexandre Loukachenko « ne souhaite absolument pas s’engager dans cette voie », évoluant selon ce responsable dans « un équilibre très délicat entre son contrôle sur Poutine et son désir de ne pas s’impliquer directement dans le conflit ukrainien ». La conclusion est qu’à court ou moyen terme, il n’y aura pas d’ouverture d’un nouveau front bélarusse, avec toutefois une réserve : « à plus long terme, notamment dans un contexte de mobilisation, cela reste possible ».
Du côté ukrainien, Andriy Chernyak, un responsable du renseignement militaire, a déclaré ce mois-ci que Kyiv ne détecte pas actuellement de formation de groupes de frappe dans le sud de la Biélorussie. Il a précisé que, bien qu’environ 50 000 personnels bélarusses et unités de soutien russe y soient stationnés, un transfert rapide des forces pourrait être effectué en quelques semaines si la situation évoluait.
La Biélorussie a déjà servi de base arrière aux forces russes lors de la tentative d’offensive ratée sur Kyiv en février 2022. Depuis, la perspective d’un nouvel axe nord a contraint l’Ukraine à maintenir des forces importantes dans cette région tout au long du conflit.