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La Pologne a suspendu le transfert de ses avions de chasse MiG-29 restants à l’Ukraine, conditionnant leur livraison à la conclusion d’un accord de réciprocité portant sur le transfert de technologies de drones ukrainiens.

Cinq mois après avoir confirmé son intention de céder les 14 MiG-29 Fulcrum encore en service, Varsovie maintient le processus en suspens. Ce gel est justifié par l’attente d’un accord bilatéral de transfert de technologies liées aux drones – un volet crucial dans la coopération militaire entre les deux pays.

Cezary Tomczyk, vice-ministre polonais de la Défense, a déclaré à Radio Zet que ce transfert ne s’était pas encore concrétisé car l’accord n’est pas finalisé. Cet accord permettrait à la Pologne d’intégrer les avancées ukrainiennes en matière de drones, dont Kiev s’est largement servi avec succès dans le conflit contre la Russie.

« Nous n’avons pas encore transféré les MiG à l’Ukraine », a affirmé M. Tomczyk. « Un accord sur le transfert de technologie a été trouvé avec nos homologues ukrainiens. Une fois signé, la question des chasseurs sera réglée ».

Les experts en défense polonais soutiennent cette position, estimant que la coopération militaire doit être fondée sur une réciprocité effective. Ce principe de contrepartie technologique était en fait une condition posée dès l’origine pour la remise des MiG-29.

À noter que la Pologne a déjà transféré plusieurs MiG-29 dans le passé, comme l’a confirmé l’ancien ministre de la Défense nationale Mariusz Błaszczak. Jusqu’en mai 2023, Varsovie avait livré 10 MiG-29 à l’Ukraine, ce nombre ayant augmenté à 14 à la fin de l’année dernière.

Pas de MiG-29 sans transfert de technologies de drones

Tomczyk a également insisté sur l’importance d’une solidarité réciproque : « La solidarité doit être mutuelle. Les Ukrainiens sont les meilleurs experts en drones parmi nos partenaires », a-t-il expliqué à TVP World.

Dans une déclaration rapportée par Rzeczpospolita, il a ajouté : « Le dialogue avec l’Ukraine est en cours. La Pologne souhaite, alors que nous développons nos propres capacités en drones, pouvoir utiliser aussi celles des Ukrainiens. Bien sûr, nous transférerons les MiG dès qu’un accord sera trouvé. Rien n’a changé à ce sujet, la question reste ouverte ».

Le vice-ministre polonais n’a pas précisé les raisons qui pourraient retarder la finalisation de cet accord, mais des sources ukrainiennes datant de décembre 2025 indiquaient déjà que Tokyo et Varsovie travaillaient sur ce transfert de technologies de drones éprouvées en combat.

Par ailleurs, Tomczyk a indiqué que la Pologne envisageait de céder entre 6 et 8 MiG-29, issus de la flotte restante de 14 appareils. Cette décision s’inscrit dans une modernisation de la force aérienne polonaise, soutenue par l’arrivée imminente des F-35A – dont les trois premiers ont été livrés en mai 2025 – et des FA-50PL, destinés à compenser largement la perte des MiG.

Pour l’Ukraine, ces MiG-29 représentent un atout opérationnel immédiat, car ses pilotes et personnels au sol ont une solide expérience sur cet avion d’origine soviétique. Selon le rapport World Air Forces 2026, l’Ukraine exploite actuellement 45 MiG-29, incluant des appareils d’origine polonaise et slovaque.

Les 14 MiG-29 polonais restants se composent de 11 monoplaces et 3 biplaces. Avant l’invasion russe en février 2022, la Force aérienne polonaise (PolAF) exploitait 28 de ces avions.

Une fois intégrés, ces avions voleront aux côtés de la flotte ukrainienne composée de F-16AM, Mirage 2000-5F, Su-24 Fencer, Su-25 et Su-27. Par ailleurs, Kiev a signé une lettre d’intention avec la France pour l’acquisition potentielle de jusqu’à 100 appareils Dassault Rafale, et a conclu un accord avec la Suède pour l’achat de 36 Saab JAS39 Gripen.

Une expertise reconnue en technologies de drones

Face aux incursions régulières de drones russes sur son territoire, la Pologne a lancé l’Opération Sentinelle de l’Est en coopération avec l’OTAN. Cette mobilisation a conduit au déploiement récent de chasseurs britanniques Eurofighter Typhoon, roumains F-16 et français Rafale pour intercepter plusieurs drones hostiles, certains ayant même été engagés par tirs d’armes à feu.

La modernisation des forces polonaises accorde une importance particulière à la défense contre les systèmes aériens sans pilote (C-UAS). Dans ce domaine, l’Ukraine est aujourd’hui considérée comme l’un des principaux experts, forte de l’expérience qu’elle a accumulée depuis le début du conflit en 2022.

L’effort ukrainien a donné naissance à plusieurs types de drones économiques et adaptés aux besoins militaires variés : UAV intercepteurs anti-drones, petits drones d’attaque en immersion pour le combat rapproché, drones de surveillance tactique, drones bombardiers, ainsi que des drones d’attaque longue portée ciblant bases aériennes, stations radar et infrastructures énergétiques russes.

L’Ukraine dispose également de véhicules de surface sans pilote (USV) efficaces, capables d’attaquer des unités navales de la Flotte de la mer Noire russe et même de détruire des avions russes en vol grâce à des missiles air-air modifiés. Ces systèmes ont été développés sous la pression des attaques russes lointaines et par le biais de tactiques sophistiquées de guerre électronique.

Cette approche a permis à Kiev de développer une expertise pointue en ingénierie, guerre électronique et tactiques liées aux drones, suscitant l’intérêt d’autres pays qui cherchent à s’inspirer de cette expérience ou à s’équiper des technologies ukrainiennes.

Un exemple concret de cette reconnaissance internationale s’est manifesté lors des récents conflits au Moyen-Orient, où, après des frappes iraniennes en représailles contre des intérêts américains dans la région, des armées locales ont acquis des systèmes antidrones ukrainiens et fait appel à des conseillers ukrainiens pour améliorer leurs dispositifs de défense.