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Le gouvernement fédéral allemand a engagé un projet de loi destiné à accompagner l’augmentation prévue des effectifs de la Bundeswehr, mettant fin à la quasi-volonté jusqu’ici applicable aux réservistes. Parallèlement, ce texte vise à faciliter et accélérer les constructions militaires en supprimant certaines contraintes administratives affectant les infrastructures. La réunion du cabinet, qui s’est tenue au ministère de la Défense à Berlin, marque la deuxième session de ce type pour la législature en cours.

Contrairement à la réunion de 2025, le porte-parole adjoint du gouvernement, Sebastian Hille, a assuré que cette fois-ci, le projet devrait recueillir un consensus de l’ensemble des parties prenantes. L’année dernière, un projet de loi sur le nouveau service militaire et une possible conscription avait aussi été adopté en conseil des ministres, avant de ne plus faire l’unanimité, poussant les partenaires de la coalition à renégocier en profondeur son contenu.

Réunion du cabinet au ministère de la Défense, juillet 2026

Un point clé de cette session a été l’adoption d’un projet de loi visant à renforcer la réserve. Ce texte s’inscrit dans la stratégie d’accroissement non seulement des forces actives, mais aussi de la réserve opérationnelle, dont l’objectif est de porter les effectifs à 200 000 personnes à terme.

Le nouveau cadre législatif prévoit que tous les anciens militaires, selon leur durée de service et jusqu’à une limite d’âge, puissent être appelés à effectuer des missions de réserve appelées réservistendienstleistungen, même sans leur consentement. Cela marque la fin du principe de la « double volontarité », qui exigeait jusqu’ici l’accord à la fois du réserviste et de son employeur.

Jusqu’à présent, les règles autorisaient dans certains cas la mobilisation de la réserve sans inscription volontaire, mais uniquement en situation de tension élevée ou de défense nationale. Dorénavant, les réservistes pourront être mobilisés même en l’absence d’un tel contexte de crise officiellement déclaré, notamment pour des périodes d’entraînement habituelles afin de maintenir et élargir leurs compétences militaires.

Cette suppression de la volontarité soulève plusieurs interrogations. D’une part, un militaire peut-il être contraint d’effectuer un service de réserve sur plusieurs années, même hors situation conflictuelle ? Cette question, juridique et non politique, a été analysée par l’avocat Patrick Heinemann dans une revue spécialisée. La décision pourrait éventuellement être tranchée par la justice. Le ministère de la Justice a toutefois validé la conformité légale de cette loi.

D’autre part, cette obligation impacte aussi les employeurs, qui devront plus souvent libérer leurs salariés réservistes, alors que jusqu’à présent ils pouvaient plus facilement refuser, notamment dans le secteur public. Bien que la loi comporte plusieurs mesures d’indemnisation et de compensation, la Chambre allemande de commerce (DIHK) a critiqué ce dispositif en estimant que la suppression de la double volontarité n’est pas la voie appropriée pour une collaboration constructive entre entreprises et réservistes.

Le ministère de la Défense défend une position contraire :
« De plus, les employeurs bénéficient d’avantages supplémentaires. Leurs réservistes se forment au sein des forces armées, entretiennent et développent leurs qualifications, s’exercent sur des équipements et systèmes informatiques de pointe et profitent d’échanges d’expérience avec les troupes et les militaires actifs. »

Le débat sur ces questions devrait se poursuivre lors des prochaines étapes parlementaires. Y figure notamment la problématique concernant les exigences administratives pesant sur les réservistes, notamment l’obligation de notification des changements d’adresse dans un délai de deux semaines auprès tant de la mairie que de la Bundeswehr, alors même que l’administration commence à exploiter de nouveaux systèmes de partage de données avec les services d’état civil.

Ce projet de loi pour la réserve est accompagné d’un autre texte, le Loi d’accélération des infrastructures militaires, visant à simplifier et accélérer les procédures de construction au sein de la Bundeswehr. Par ailleurs, le cabinet a également adopté des principes pour la révision des lois sur l’état d’urgence et les mesures de sauvegarde, sans que ces documents aient été publiés pour l’instant.

En marge de ce paquet législatif, un projet conséquent concerne la sécurisation du secteur de la santé en situation de crise. La Bundeswehr insiste depuis des années sur la nécessité de préparer la gestion sanitaire en cas de conflit armé, incluant notamment le traitement des blessés militaires. Selon Kerstin Schraff, porte-parole du ministère de la Santé, ce projet suit son cours mais n’a pas été abordé dans le cadre des décisions prises ce jour.

Par ailleurs, lors de la conférence de presse gouvernementale suivant la réunion, le ministre de la Défense Boris Pistorius a indiqué que les navires de la Marine allemande déployés pour un potentiel déminage dans le détroit d’Hormuz, le Fulda et le Mosel, devraient bientôt rentrer au pays. Le contexte actuel ne laissant pas envisager ce déploiement, les équipages bénéficieront ainsi de températures plus tempérées en Allemagne qu’en Djibouti.

(Photos : réunion du cabinet au ministère de la Défense avec les ministres Thorsten Frei, Friedrich Merz, Boris Pistorius, le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte, et autres participants.)