L’Allemagne s’apprête à attribuer un contrat d’environ 1,2 milliard d’euros à Saab et Northrop Grumman pour moderniser sa flotte d’Eurofighter, selon des documents gouvernementaux consultés par Bloomberg. Ce contrat intègre notamment le système de guerre électronique Arexis de Saab ainsi que les missiles anti-radiation avancés (AARGM) AGM-88E de Northrop Grumman.
Ces deux technologies sont au cœur du développement de la variante allemande de l’Eurofighter Typhoon Elektronischer Kampf (EK, combat électronique), conçue spécifiquement pour renforcer les capacités de guerre électronique de l’appareil.
Le F-35 assure la mission d’attaque nucléaire
En mars 2022, le ministère allemand de la Défense avait annoncé au Parlement la sélection du F-35A Lightning II comme successeur du Tornado dans la mission d’attaque nucléaire, conformément à l’accord de partage nucléaire de l’OTAN. La première livraison de F-35 doit débuter en 2026. Cet appareil deviendra le vecteur désigné par la Luftwaffe pour transporter les bombes nucléaires B61 stockées sur le sol allemand.
Un rôle de dissuasion nucléaire requiert habituellement un appui important de capacités de guerre électronique pour contrer les systèmes anti-accès et de déni d’espace. En parallèle de ce choix, Berlin a annoncé l’acquisition de 15 Eurofighter Typhoon configurés pour la guerre électronique, afin d’assumer la mission de suppression des défenses aériennes ennemies (SEAD) précédemment assurée par le Tornado. Cette nouvelle version, appelée Eurofighter EK, est destinée à fournir des capacités d’interférence et de neutralisation des radars adverses, garantissant ainsi la pénétration des chasseurs dans des zones aériennes contestées.
Conception de l’Eurofighter EK
Les déclarations officielles des autorités allemandes en charge des acquisitions, d’Airbus et de Saab ont confirmé que les Eurofighter EK seront équipés du système de guerre électronique Arexis ainsi que des missiles anti-radiation AARGM. Cette configuration offrira à l’OTAN des capacités avancées de suppression des défenses aériennes ennemies à partir de la décennie 2030.
Par ailleurs, les documents mentionnent la participation de la société munichoise Helsing, qui avait déjà collaboré avec Saab sur l’intégration de l’intelligence artificielle dans les avions de combat. Helsing s’est distinguée début 2025 en intégrant avec succès son agent d’intelligence artificielle, Centaur, dans un Saab Gripen E lors d’essais en vol au-dessus de la mer Baltique, où Centaur a pris un contrôle partiel de l’appareil dans des scénarios simulés de combat aérien.
Approbation parlementaire en attente
Les documents relatifs à cet achat ne sont pas encore publics et le ministère allemand de la Défense n’a pas encore commenté officiellement l’attribution rapportée du contrat. Bloomberg indique que cet accord sur l’Eurofighter EK s’inscrit dans un ensemble plus large d’acquisitions de défense que le ministre Boris Pistorius prévoit de soumettre au Parlement cette année. La décision législative est attendue pour début octobre 2025.
Ce futur partenariat met en lumière le renforcement des liens de défense entre l’Allemagne et la Suède, alors que la collaboration de Berlin avec Paris sur le programme du Système de Combat Aérien du Futur (SCAF) rencontre des retards et des divergences autour du leadership industriel.