BAE Systems poursuivra la production des obusiers automoteurs M109A7 Paladin de calibre 155 mm ainsi que des véhicules de transport de munitions M992A3 destinés aux brigades de combat blindées de l’armée américaine, dans le cadre d’un contrat de 535 millions de dollars annoncé le 16 juin 2026. Cette commande permet de maintenir l’artillerie lourde sur chenilles au rythme et à la protection des unités blindées, renforçant ainsi la capacité des forces terrestres à fournir un appui feu mobile à partir de formations pouvant manœuvrer aux côtés des chars et véhicules de combat d’infanterie, plutôt que de dépendre de tirs fixes ou statiques.
Ce contrat prolonge la production des systèmes d’artillerie Paladin numérisés, après une commande précédente de 473 millions de dollars en janvier 2026. Il garantit ainsi la capacité de feu à court terme pendant que l’armée examine des obusiers automoteurs à plus longue portée. Cette démarche s’inscrit dans un effort plus large visant à préserver la survivabilité de l’artillerie canonique dans le cadre d’un conflit de haute intensité, tout en faisant évoluer les futurs programmes de capacité de tir.
Il convient de considérer ce dernier contrat moins comme une avancée majeure vers la modernisation de l’artillerie que comme une décision portant sur la production et la préparation opérationnelle. BAE Systems décrit cette commande comme une acquisition supplémentaire d’obusiers M109A7 et de véhicules M992A3, tandis que des rapports antérieurs indiquaient une ligne de production incluant véhicules, matériels de soutien et kits complets jusqu’au 31 décembre 2029. Cette distinction est essentielle dans l’analyse des acquisitions : un système Paladin n’est pas seulement un véhicule de tir, mais un ensemble déployable regroupant la gestion des munitions, la documentation technique, les pièces détachées, l’équipement de formation et le soutien au niveau unitaire nécessaires à la mise en œuvre effective de la capacité de feu sur le terrain.
Le M109A7 conserve le canon M284/M284A2 de 155 mm et le montage M182A1 hérités du M109A6 Paladin, plutôt que d’adopter une nouvelle arme à tube long. Cela offre à l’armée une configuration d’artillerie calibre 39 bien éprouvée, avec une compatibilité des munitions, des procédures de maintenance et une intégration du contrôle de tir déjà établies. En revanche, cela signifie que le véhicule demeure limité en portée comparé aux obusiers automoteurs européens et sud-coréens modernes de calibre 52. La valeur ajoutée de la version A7 réside donc principalement dans sa mobilité accrue, son système électrique, sa capacité de survie, son contrôle de tir numérique et sa facilité de maintenance, sans amélioration significative de la portée du canon.
En matière de tir, le M109A7 offre un appui feu conventionnel de 155 mm avec plusieurs types de projectiles : explosifs, fumigènes, éclairants et guidés de précision à l’échelon brigade. Une étude du Centre des leçons apprises de l’armée américaine précise que cet obusier automoteur dispose d’un canon M284 avec une portée maximale de 30 km en munition standard, une cadence de tir maximale de quatre coups par minute durant trois minutes, et une cadence soutenue d’un coup par minute. L’étude indique également une charge de combat standard de 42 projectiles et 31 charges propulsives, les bataillons étant organisés en général autour de 18 obusiers répartis en trois batteries.
Le système d’armement offre aux commandants plusieurs options tactiques aux implications opérationnelles diverses. La munition explosive standard de 155 mm demeure la meilleure option pour les tirs à volume élevé destinés à la suppression, la neutralisation et la destruction de cibles de zone telles que positions de mortier, concentrations d’infanterie, zones de rassemblement, nœuds logistiques exposés ou positions défensives peu préparées. Les munitions de précision modifient les modes d’emploi : la famille M982 Excalibur fournit un projectile unique explosif guidé par GPS, adapté aux objectifs ponctuels, tandis que le kit de guidage M1156 transforme certains obus conventionnels en munitions à guidage GPS quasi parfait, en remplaçant la fusée par une fusée corrigée.
Cette combinaison de munitions est essentielle pour l’efficacité opérationnelle du M109A7. Excalibur est privilégié lorsqu’une batterie doit frapper un poste de commandement, un radar, un pont, une position urbaine ou une cible proche de troupes alliées, en économisant les munitions et en réduisant les risques de dommages collatéraux. Le PGK (Precision Guidance Kit) est moins précis qu’Excalibur, mais il permet de diminuer la consommation en munitions et la charge logistique si la précision absolue n’est pas requise. Pour un commandant de brigade, cet ensemble constitue un outil d’appui feu capable d’alterner entre tirs massifs et frappes de précision, sans devoir recourir systématiquement aux roquettes, aéronefs ou autres moyens d’appui plus lourds.
Les caractéristiques techniques du véhicule expliquent pourquoi l’armée conserve l’achat du M109A7 malgré l’absence de nouvelle pièce d’artillerie. BAE Systems indique que l’obusier pèse 38 000 kg, dispose d’un équipage de quatre personnes, est motorisé par un moteur de 675 chevaux, possède une capacité carburant de 550 litres, atteint une vitesse maximale sur route de 61 km/h et une autonomie d’environ 300 km. Il est capable de franchir des pentes de 60 %, des pentes latérales de 40 %, des tranchées de 1,8 mètre et des gués de 1,06 mètre. Il est également équipé d’un générateur de 70 kW fournissant des tensions de 600 VDC/28 VDC. Le M109A7 et le M992A3 partagent une compatibilité accrue avec le véhicule de combat Bradley grâce à des composants communs au niveau du groupe motopropulseur, de la transmission, des chenilles et de la suspension, ce qui réduit le nombre de pièces uniques transportées par les unités de soutien dans une brigade blindée.
Le principal point faible demeure la portée. Un M109A7 calibre 39 ne peut rivaliser avec les portées proposées par les systèmes de calibre 52, actuellement favorisés pour les futurs canons tactiques mobiles de l’armée. La suspension du programme ERCA (Extended Range Cannon Artillery) a également privé le service d’une solution à canon chenillé capable d’atteindre 70 km à court terme. Ainsi, la commande du Paladin traduit une gestion prudente des risques : maintenir une capacité d’obusier automoteur chenillé de 155 mm fiable et éprouvée pour soutenir les brigades blindées, tandis que l’armée évalue les nouveaux concepts d’artillerie sur roues ou chenilles susceptibles d’offrir une plus grande portée, une automatisation accrue, des équipages réduits et une meilleure survivabilité face à la surveillance par drones. Pour le Congrès et les planificateurs militaires, la question n’est pas tant de savoir si le M109A7 est le système le plus moderne dans tous ses aspects, mais plutôt s’il est possible de déployer dès maintenant une artillerie blindée fiable en quantité suffisante pendant que le futur système d’appui feu est en phase d’évaluation.