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Pour la quatrième fois depuis la fin de la guerre du Vietnam, un porte-avions américain a fait escale dans un port vietnamien le 30 juillet, renforçant ainsi les liens de sécurité et d’amitié entre les deux pays. Cette visite intervient à un moment où les tensions commerciales et le conflit en Iran ont amoindri l’influence américaine en Asie.

Le USS George Washington s’est amarré dans les eaux calmes près de Da Nang, au 70e jour de son déploiement, non loin des plages où les marines américains débarquèrent pour la première fois en 1965, déclenchant une guerre qui fit environ 58 000 morts américains et deux millions de Vietnamiens.

Les autorités des deux nations ont célébré cette escale de sept jours, qui constitue la plus longue présence d’un navire de guerre américain au Vietnam depuis la reprise des relations diplomatiques en 1995, témoignant des avancées notables entre d’anciens ennemis.

« Nous considérons cette visite comme particulièrement importante pour diverses raisons », a déclaré le capitaine Nicholas DeLeo, commandant du navire. Le commandant a ajouté que les 5 000 marins à bord, dont certains d’origine vietnamienne américaine, étaient présents « pour renforcer cette excellente relation avec le peuple vietnamien ».

Une escale stratégique au contexte géopolitique actuel

Le Vietnam est devenu une escale navale prisée par de nombreux pays, dans un contexte où sa politique étrangère tend vers le multilatéralisme, cherchant à diversifier ses partenariats au-delà de la rivalité sino-américaine.

Depuis le début de l’année, le pays a également accueilli des navires de guerre russes, chinois, indiens, indonésiens, australiens et japonais.

Pour les États-Unis, le Vietnam revêt une importance stratégique, situé à proximité géographique de la Chine et représentant un enjeu clé dans les efforts visant à contenir l’expansion de Pékin sur les îles contestées d’Asie ainsi que sur les routes commerciales maritimes vitales.

Les responsables américains voient dans cette visite une manière d’adresser un message de sécurité à Hanoi et un signe de fermeté à l’attention de la Chine.

Des relations diplomatiques nuancées

Les États-Unis et le Vietnam ne sont pas formellement alliés et affichent des divergences quant à l’intensité à donner à leur coopération.

Les représentants américains se montrent souvent très positifs sur le potentiel de collaboration en matière de sécurité. En revanche, la commission de la propagande vietnamienne a récemment lancé des consignes aux médias locaux couvrant l’escale, les invitant à ne pas accorder une importance excessive à la présence du porte-avions.

« Il faut insister sur le fait qu’il s’agit d’une activité courante d’amitié et d’échange ; il ne faut pas glorifier la puissance des États-Unis », précisait le communiqué.

Nguyen Khac Giang, chercheur associé à l’Institut ISEAS-Yusof Ishak à Singapour, explique que le Vietnam cherche à maintenir un équilibre délicat.

Les dirigeants souhaitent montrer à la Chine qu’ils disposent d’alternatives en cas de besoin de partenaires plus solides dans les eaux contestées de la mer de Chine méridionale, revendiquée par les deux pays.

« Mais Hanoi ne veut pas non plus envoyer à Pékin le message erroné qu’il fait partie de la stratégie américaine de containment ou de pression contre la Chine », affirme Nguyen Khac Giang.

Les relations entre Hanoi et Washington ont également été affectées par des différends commerciaux.

Le Vietnam exporte beaucoup plus vers les États-Unis qu’il n’importe, et cet écart continue de se creuser. La dernière série de négociations sur les droits de douane est au point mort, faute d’accord, notamment sur le statut des produits chinois fabriqués au Vietnam ou transitant par ce pays.

« Les États-Unis peuvent considérer ces dossiers comme distincts, mais je doute que les Vietnamiens soient de cet avis », observe Giang. « Les différends commerciaux ne vont pas empêcher la coopération en matière de défense, mais limiteront certainement son étendue ».