Les États-Unis ont mené une frappe dans le sud de l’Iran jeudi, déclenchant une riposte de Téhéran contre une base militaire américaine. Ces affrontements représentent les plus violents depuis la trêve mise en place en avril.
Le conflit, qui a impliqué le Koweït, allié des États-Unis, compromet une fragile dynamique diplomatique visant à conclure un accord de paix et à rouvrir le détroit d’Hormuz, point stratégique devenu un enjeu majeur pour mettre fin formellement à la guerre.
Selon la chaîne publique iranienne IRIB, les hostilités ont débuté lorsque les forces iraniennes ont tiré sur quatre navires tentant de franchir le détroit.
Les forces américaines ont répliqué en frappant une station de contrôle terrestre dans la zone portuaire sud de Bandar Abbas, a indiqué un responsable américain sous couvert d’anonymat à l’AFP, ce qui a provoqué une réaction rapide de l’Iran.
“À la suite de l’agression ce matin par l’armée américaine contre une position aux abords de l’aéroport de Bandar Abbas, utilisant des projectiles aériens, la base aérienne américaine, source de l’attaque, a été prise pour cible à 4h50 (01h20 GMT),” ont déclaré les Gardiens de la Révolution selon IRIB.
Les Gardiens n’ont pas précisé l’emplacement exact de la base visée, tandis que l’armée koweïtienne a indiqué que ses défenses antiaériennes répondaient à une attaque “ennemie” jeudi.
Ces affrontements remettent en question les négociations visant à mettre fin officiellement à une guerre débutée le 28 février avec des frappes américano-israéliennes contre l’Iran.
L’un des points clés des négociations porte sur la réouverture complète du détroit d’Hormuz, que Téhéran contrôle de fait et a fermé, provoquant des perturbations majeures sur les marchés énergétiques mondiaux, en limitant le transit d’importantes quantités de pétrole et de gaz naturel.
Le prix du pétrole a augmenté jeudi, inversant une baisse enregistrée la veille, en raison des informations sur les frappes et des espoirs d’un accord imminent.
Dans le même temps, de nouvelles frappes ont également été signalées au Liban, un autre front du conflit.
Israël a annoncé avoir touché la ville de Tyr, dans le sud du pays, après avoir averti qu’il prendrait des mesures contre le Hezbollah soutenu par l’Iran, en déclarant comme “zone de combat” toute la région au sud de la rivière Zahrani, située à environ 40 kilomètres de la frontière israélo-libanaise.
Par ailleurs, le président américain Donald Trump a semblé adresser un avertissement à Oman, médiateur dans le conflit et allié des États-Unis, lorsqu’il a été interrogé sur une éventuelle entente temporaire permettant à l’Iran et à Oman de contrôler conjointement le détroit d’Hormuz.
“Non, le détroit est ouvert à tous,” a-t-il déclaré. “C’est des eaux internationales, Oman se comportera comme tout le monde, sinon nous devrons les neutraliser. Ils comprennent cela, ça ira.”
La Maison Blanche n’a pas clarifié immédiatement si Donald Trump s’était exprimé maladroitement. Oman joue un rôle de médiateur dans le conflit et a lui-même été la cible d’attaques imputées à Téhéran.
Mercredi, le département du Trésor américain a également annoncé des sanctions contre l’Autorité du détroit du Golfe Persique iranienne, une nouvelle agence chargée par Téhéran de percevoir des droits de passage dans le détroit d’Hormuz.
Intensification des opérations au Liban
Les États-Unis et l’Iran se sont échangés menaces et pressions depuis plusieurs semaines, en négociant sous médiation pakistanaise.
Les deux parties demeurent inflexibles sur les questions majeures, notamment le contrôle du détroit d’Hormuz et le programme nucléaire iranien.
Mercredi, la marine des Gardiens de la Révolution a déclaré que seuls les navires “acceptant l’ordre iranien” pourraient traverser le détroit.
Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a affirmé mardi qu’un accord restait possible mais que le détroit d’Hormuz serait rouvert “par un moyen ou par un autre”.
L’Iran insiste également pour que tout accord de paix s’applique au Liban, où la trêve du 17 avril n’a guère freiné les combats entre Israël et le Hezbollah, qui avait entraîné le pays dans la guerre en attaquant Israël début mars, en représailles à la mort du guide suprême iranien.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis lundi d’“écraser” le Hezbollah, tandis que le chef d’état-major, le lieutenant-colonel Eyal Zamir, a annoncé mercredi une “intensification des opérations” contre le mouvement chiite.
Après avoir ordonné l’évacuation de larges zones dans le sud du Liban, de nombreux civils ont fui vers Tyr, ville soumise à de nouvelles consignes d’évacuation et où l’armée israélienne a annoncé avoir entamé jeudi matin des frappes contre des infrastructures du Hezbollah.
“Rien n’est certain”
Dans un contexte d’instabilité persistante, les autorités iraniennes ont partiellement rétabli cette semaine l’accès à l’internet mondial après une coupure de trois mois.
“Je me sens mieux maintenant, car je peux enfin utiliser mes applications préférées,” confie Hana, une étudiante de 20 ans à Téhéran, qui a préféré ne donner que son prénom.
“Mais j’ai aussi cette inquiétude que la guerre puisse reprendre à tout moment et me couper à nouveau de mes amis.”
Amir, un développeur informatique de 27 ans à Téhéran, partage également cette appréhension malgré les discussions en cours.
“Pour l’instant, rien n’est sûr,” dit-il. “La question quotidienne est : y aura-t-il des frappes de missiles ce soir ?”