Secteur des missiles stratégiques – À l’approche du 60e anniversaire des Forces des fusées de l’Armée populaire de libération (APL) le 1er juillet, le diffuseur d’État chinois CCTV a révélé des images de plusieurs de ses missiles principaux, dont un aperçu rare d’un missile balistique à portée intermédiaire DF-26 dans sa forme « nue », c’est-à-dire le corps du missile lui-même, sans le traditionnel conteneur scellé sur son lanceur-transporteur (TEL). Les images montraient un corps cylindrique à trois étages avec une coque lisse et des joints visibles. La séquence complète a été présentée : ouverture du capot du TEL, mise en position verticale du missile, allumage, lancement, puis déplacement du lanceur – apparemment en quelques minutes seulement. Le détail qui a suscité le plus d’attention est l’apparition de petites ailettes de contrôle sur la section de la ogive. Un commentateur chinois a qualifié ce modèle de dernière variante améliorée du DF-26, bien que la désignation spécifique reste non confirmée.
La signification des ailettes — et les limites qu’elles n’effacent pas
Les surfaces de contrôle sur l’ogive ne sont pas une nouveauté pour les analystes occidentaux. Selon le Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), l’ogive du DF-26 est un véhicule de rentrée maniable à biconique muni d’ailettes (MaRV) — ces surfaces terminales permettent à l’ogive d’effectuer des manœuvres après sa rentrée dans l’atmosphère, plutôt que de suivre une trajectoire balistique prévisible. Face aux systèmes de défense antimissile conçus pour intercepter des trajectoires prévisibles, comme le SM-3 américain, une ogive capable de manœuvres à forts facteurs de charge dans sa phase finale est nettement plus difficile à intercepter. Du Wenlong, commentateur officiel sur CCTV, a aussi souligné cette capacité de pénétration, affirmant que cette ogive maniable possède une forte aptitude à déjouer les défenses aériennes et antimissiles – une lecture cohérente avec l’analyse occidentale, même si le discours officiel privilégie naturellement l’aspect le plus menaçant de l’arme.
Figure : Missile balistique DF-26 de portée intermédiaire des Forces des fusées de l’APL en configuration de lancement « nue » lors d’un exercice de tir en conditions réelles, diffusé publiquement par CCTV pour la première fois.
Cependant, ce que le commentateur omet de mentionner est crucial. Les ailettes améliorent la phase finale de la chaîne de destruction : la capacité de l’ogive à esquiver l’interception dans ses derniers instants et à toucher sa cible. Cette « pointe de lance » qui transperce le « bouclier » devient indéniablement plus efficace. Mais ces ailettes ne résolvent pas un problème plus ardu : détecter et suivre en continu un porte-avions manœuvrant en pleine mer avant même le lancement du missile. C’est cette étape qui constitue la principale incertitude dans l’ensemble du concept des missiles balistiques antinavires.
Le DF-26 dans le dispositif chinois d’interdiction d’accès
Pour comprendre l’importance de ce missile, il faut le situer dans le système chinois d’interdiction d’accès et de refus de zone (A2/AD), qui déploie une série d’armes antinavires à portée étagée. Le DF-21D, avec une portée d’environ 1 500 à 2 000 km, couvre la Première chaîne d’îles ; le DF-26, avec une portée estimée entre 4 000 et 5 000 km, atteint la Deuxième chaîne d’îles ainsi que Guam — d’où son surnom de « Guam Express ».
Ce qui distingue le DF-26 est sa polyvalence : il peut emporter une ogive nucléaire pour une contre-attaque nucléaire rapide ou une ogive conventionnelle pour des frappes de précision ; il peut frapper des cibles fixes telles que les bases aériennes et navales américaines de Guam, et sa variante antinavire (désignée DF-26B à l’Ouest) serait équipée d’un chercheur terminal destiné à engager des cibles mobiles. Dans la doctrine chinoise visant à repousser les forces américaines au-delà des chaînes d’îles grâce à des missiles, le DF-26 représente le maillon le plus étendu de cette chaîne. Lors du défilé de septembre 2025, la Chine avait déjà dévoilé une version améliorée appelée DF-26D, et la séquence du « missile nu avec ailettes » correspond probablement à cette série de perfectionnements.
Un maillon faible commun à toute la chaîne
Voici le point central que même la plus grande sophistication du missile ne peut résoudre. Peu importe l’efficacité accrue des ailettes pour la pénétration terminale, l’emploi du DF-26 comme arme antinavire repose sur une étape non encore validée : avant de pouvoir viser un porte-avions en mouvement, il faut d’abord détecter ce dernier, localiser précisément sa position et assurer un suivi continu, actualisant ses coordonnées durant les dix à vingt minutes de vol du missile.
Ce n’est pas une critique émanant des sceptiques chinois, mais bien une difficulté régulièrement soulignée par les évaluations occidentales. Pour le DF-21D étroitement lié au DF-26, des analyses en sources ouvertes identifient deux problèmes non résolus : premièrement, la puissance de l’ogive ne serait suffisante que pour infliger un « kill mission », c’est-à-dire rendre le porte-avions incapable d’opérations aériennes, sans le couler ; deuxièmement, et plus crucial, la problématique du ciblage : les radars à l’horizon ne peuvent pas localiser précisément un porte-avions et doivent être associés à des satellites de reconnaissance, alors que cette chaîne de détection, localisation et frappe n’a jamais été testée en mer contre un navire réel se déplaçant à environ 55 km/h et utilisant brouillage et contre-mesures.
Figure : Missile balistique hypersonique DF-26 équipé de petites ailettes de contrôle, analysé par le commentateur militaire Du Wenlong, illustrant ses capacités accrues de pénétration face aux systèmes de défense aérienne et antimissile.
C’est précisément pourquoi les ailettes du DF-26 et la récente réplique d’un destroyer Arleigh Burke construite dans le désert chinois confirment uniquement la même phase – la reconnaissance terminale et la pénétration – plutôt que la plus délicate : la détection et le suivi continu d’une cible réelle, activement maniable et brouillant le signal, en pleine mer. Le passage chinois d’un concept de « chaîne de destruction » à celui de « toile de destruction » (avec des chemins redondants capteur-tireur pour éviter la défaillance d’un seul nœud) reconnaît lui-même la fragilité de ce maillon.
En résumé
Les images du missile « nu » et les ailettes constituent un signal tangible de capacités : la Chine affine constamment la pénétration de son « Guam Express », rendant sa phase finale plus difficile à intercepter. La sous-estimer serait imprudent : la portée, la polyvalence et les améliorations constantes de la pénétration sont bien réelles.
Mais cela confirme une division constante à laquelle tous les missiles balistiques antinavires font face. Les ailettes affûtent et rendent plus difficile à stopper la pointe de lance — c’est un fait. Mais pour qu’une lance touche sa cible, il faut d’abord qu’elle voie et verrouille un objectif manœuvrant intensément en pleine mer — et cette étape, du DF-21D au DF-26, la Chine ne l’a pas démontrée publiquement. La lecture la plus éclairée n’est donc ni que « le Guam Express ne laisse aucun refuge aux porte-avions américains », ni que « le missile est incapable de toucher une cible mobile », mais bien qu’elle combine une capacité d’interception terminale de plus en plus affinée et une problématique de détection toujours non résolue.