L’Ukraine a officialisé la commande de 16 avions de combat Gripen E neufs auprès de la Suède, marquant un tournant pour sa future force aérienne. Cet accord va au-delà des simples donations militaires en temps de conflit et illustre une coopération stratégique à long terme.
Dans le cadre d’un contrat de 24,6 milliards de couronnes suédoises (environ 2,5 milliards de dollars), signé lors d’une rencontre entre le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy et le ministre suédois de la Défense Pål Jonson, l’Ukraine bénéficiera de 16 chasseurs Gripen E de dernière génération.
Le constructeur Saab a confirmé le 30 juin la signature de ce contrat avec l’Administration suédoise du matériel de défense (FMV) pour la fourniture des 16 avions multirôles Gripen E. La commande sera officiellement enregistrée au troisième trimestre 2026, avec des livraisons planifiées pour 2029 et 2030.
« Aujourd’hui, nos pays ont signé un accord pour l’acquisition de 16 chasseurs Gripen E », a déclaré Volodymyr Zelenskyy. « Il est important de souligner que ces avions seront accompagnés d’un ensemble d’équipements, d’assistance technique et de soutien ».
En complément, Zelenskyy a rappelé que la livraison anticipée de 16 Gripen C/D, issus de modèles plus anciens, aura lieu début 2027, confirmant ainsi la montée en puissance progressive de l’aviation ukrainienne.
De l’intention à la concrétisation : l’Ukraine passe commande des Gripen E
Après plusieurs mois de discussions, le projet d’acquisition des Gripen E par l’Ukraine devient un contrat industriel ferme pour Saab. En mai 2026, la Suède avait déjà annoncé l’intention de Kiev d’acquérir jusqu’à 20 chasseurs Gripen E/F dans le cadre d’un partenariat étendu en matière de défense aérienne. L’accord final signé confirme une première tranche contractuelle de 16 appareils Gripen E.
« Je suis particulièrement fier que la Suède et Saab puissent désormais fournir le Gripen E à l’Ukraine, offrant un avion de combat de premier ordre qui transformera la capacité de la force aérienne ukrainienne », a déclaré Micael Johansson, président et directeur général de Saab. « Cela renforcera considérablement la défense aérienne ukrainienne et contribuera à assurer la protection de sa population et son avenir ».
Description du Gripen E
Le Gripen E représente la dernière version en production du chasseur monoplace conçu par Saab. Cet appareil polyvalent est destiné à des missions de défense aérienne, d’attaque au sol et de reconnaissance. Il embarque des capteurs modernes, des systèmes de guerre électronique avancés et une architecture logicielle évolutive favorisant les mises à jour tout au long de sa durée de vie.
Les livraisons programmées indiquent que le Gripen E n’apportera pas une solution immédiate aux besoins urgents de défense ukrainienne, mais s’insèrera dans la phase finale du plan de modernisation des forces aériennes de Kiev, après que l’intégration progressive des Gripen C/D aura permis une transition maîtrisée.
Une montée en puissance progressive avec les Gripen C/D donnés par la Suède
Parallèlement à la commande des Gripen E, la Suède prévoit de faire don de 16 chasseurs Gripen C/D issus de sa flotte actuelle. Ces appareils, qui arriveront dès début 2027, fourniront à l’Ukraine une plateforme opérationnelle immédiate pour familiariser ses pilotes et ses équipes techniques avec le système Gripen.
Cette nouvelle étape vise à faciliter la montée en compétences et à adapter le modèle d’entraînement, les infrastructures, la logistique et la maintenance ukrainiennes avant l’arrivée des Gripen E, prévus pour la fin de la décennie.
La Suède a également évoqué une éventuelle fourniture de munitions avancées associées aux Gripen C/D, comprenant notamment les missiles air-air IRIS-T, AMRAAM et Meteor. Cette configuration offrirait à l’Ukraine un chasseur occidental compatible avec les standards et tactiques de la OTAN.
À ce jour, l’Ukraine forme déjà ses pilotes et son personnel technique en Suède pour préparer cette transition.
Une force aérienne ukrainienne tournée vers l’après-guerre
La signature de ce contrat marque une volonté ukrainienne de dépasser l’approche d’urgence qui a prévalu jusqu’à présent dans le cadre des aides aériennes durant le conflit. Depuis l’invasion russe à grande échelle, Kiev a exploité une flotte mixte composée d’appareils soviétiques – MiG-29, Su-27, Su-24, Su-25 – et de modèles occidentaux offerts par ses alliés. Ce patchwork reste fonctionnel mais devient progressivement difficile à maintenir et à moderniser au regard des normes de l’OTAN.
L’arrivée de chasseurs occidentaux gagne en importance : l’Ukraine a déjà reçu des F-16 fournis par des partenaires européens, consolidant son potentiel aérien avec une plateforme plus performante et étroitement supportée. La France est également engagée, ayant livré des Mirage 2000-5, diversifiant ainsi davantage l’arsenal aérien ukrainien.
Cependant, cette mosaïque d’appareils multiplie les exigences logistiques, les programmes d’entraînement et d’entretien, ainsi que les systèmes d’armement et procédures opérationnelles.
Au début des années 2030, la flotte de combat ukrainienne pourrait reposer sur plusieurs piliers occidentaux majeurs : des F-16 issus des dons de l’OTAN, des Mirage 2000-5 français déjà en service, les Gripen suédois d’abord par les C/D donnés, puis les Gripen E neufs, ainsi que potentiellement des Rafale si les projets d’achat français de Kiev se matérialisent.
La coopération entre l’Ukraine et la Suède ne s’arrête pas là : en octobre 2025, une lettre d’intention a été signée, envisageant une future collaboration pour une flotte totale pouvant atteindre entre 100 et 150 Gripen E. Ce chiffre reste une ambition loin d’être concrétisée à ce jour, mais le contrat des 16 avions neufs constitue un premier jalon décisif dans cette perspective.