Les Nations unies et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) lancent un appel pressant en faveur de l’adoption de règles internationales encadrant le déploiement des systèmes d’armes autonomes. Selon António Guterres, secrétaire général de l’ONU, et Mirjana Spoljaric, présidente du CICR, le développement rapide de ces technologies soulève des risques accrus pour les civils et les infrastructures civiles dans les conflits armés.
Ce nouvel appel, publié à Genève, vise à faire débuter des négociations formelles lors de la prochaine conférence de révision de la Convention sur certaines armes conventionnelles (CCAC) en novembre, après trois années de débats essentiellement techniques entre experts. Ces négociations devraient aboutir à un cadre contraignant limitant l’utilisation de telles armes.
Un point central déjà admis est la nécessité d’une contrôle humain significatif dans l’emploi des systèmes autonomes, notamment ceux fonctionnant par intelligence artificielle. Cette exigence a d’ores et déjà été intégrée dans la doctrine d’utilisation de l’armée allemande.
Les inquiétudes portent principalement sur le risque que ces systèmes prennent de manière indépendante des décisions létales contre des êtres humains. Laurent Gisel, du CICR, souligne qu’actuellement ces technologies sont déployées contre des cibles militaires, et non directement contre des personnes, mais que ce contrôle humain tend à s’effacer à mesure que l’autonomie croît.
À ce jour, aucun exemple confirmé d’arme entièrement autonome ayant tué sans intervention humaine n’a été recensé, bien qu’un récent rapport de la New York Times ait évoqué un incident possible, sans commentaire officiel des organisations concernées.
Dans leur communiqué, l’ONU et le CICR insistent : le rythme effréné du développement technologique met à mal les cadres juridiques existants, et on s’approche dangereusement d’une ligne morale rouge avec la possibilité de cibler des personnes de façon autonome. Les concepteurs mêmes de ces armes appellent à une régulation.
Les deux organisations appellent les États à agir politiquement et à initier immédiatement des négociations pour définir des interdictions claires et des restrictions légales. Le non-agissement mènerait à une escalade des violences, rendrait plus difficile la responsabilité en cas d’abus, et léguera aux générations futures un monde moins sûr.
La conférence de novembre représente une opportunité clé de donner un cadre juridique à ces questions, sur la base de trois ans de travaux préparatoires. L’objectif est clair : faire en sorte que l’innovation technologique soit au service de l’humanité et non une menace pour elle.
