Un prototype de plateforme missile sans équipage ainsi que des engins sous-marins autonomes de très grande taille devraient être en service dans la Royal Navy d’ici 2030. Le ministère britannique de la Défense s’engage à investir au moins 1,5 milliard de livres sterling au cours des quatre prochaines années pour lancer le programme « Hybrid Navy ».
Cette annonce a été faite dans des réponses écrites au Parlement par Luke Pollard, ministre chargé de la préparation à la Défense et de l’industrie, le 10 juillet. Il répondait au secrétaire fantôme à la Défense James Cartlidge, qui s’interrogeait sur les calendriers de construction, les besoins en main-d’œuvre et la répartition du financement des navires des types 91 à 94 ainsi que du Common Combat Vessel.
« La Défense investira au moins 1,5 milliard de livres sterling sur les quatre prochaines années pour lancer la Hybrid Navy, incluant l’intégration de systèmes autonomes sous-marins, de surface et aéroportés visant à offrir force et persistance », a déclaré Luke Pollard. « D’ici 2030, nous visons la mise en service des premiers grands navires autonomes, comprenant notamment un prototype de plateforme missile sans équipage ainsi que des engins sous-marins autonomes de très grande taille (XLUUV), avec des charges utiles développées dans le cadre du partenariat AUKUS. La répartition optimale de cet investissement de 1,5 milliard de livres entre les différents types de navires sera désormais définie en concertation avec l’industrie. »
Ce financement de 1,5 milliard dépasse le milliard évoqué dans la question de James Cartlidge. La répartition exacte des fonds entre les différentes plateformes reste à définir, tout comme les programmes associés, le ministre précisant que les calendriers de construction et les besoins en personnel « seront déterminés au fur et à mesure de l’avancée des programmes dans leurs phases de conception et d’évaluation ».
Sa réponse confirme que le Plan d’Investissement de la Défense « détaille l’approche future de la Royal Navy pour une famille de capacités navales autonomes et hybrides, comprenant les systèmes Type 91, Type 92, Type 93 et Type 94, ainsi que le Common Combat Vessel ». Cette famille regroupe les plateformes missiles sans équipage Type 91, les plateformes de détection sous-marine Type 92, les véhicules sous-marins autonomes très grands Type 93, et les plateformes capteurs sans équipage Type 94. Ces systèmes travailleront en synergie avec les Common Combat Vessels, ainsi que les huit frégates Type 26 et cinq frégates Type 31 à équipage, dans ce que ce plan qualifie d’investissement inédit depuis une génération dans les capacités maritimes.
L’objectif 2030 est d’autant plus notable que le ministère a parallèlement indiqué qu’aucune date d’entrée en service pour la classe Type 91 n’a encore été fixée, un prototype devant être testé avant toute décision formelle d’intégration en flotte. Pour l’élément sous-marin, correspondant au Type 93, la Royal Navy capitalise sur les essais déjà menés, notamment avec l’engin autonome sous-marin extra-large XV Excalibur basé à Plymouth. La mention des charges utiles développées via AUKUS s’aligne avec la stratégie du Plan d’Investissement de la Défense, qui identifie les armements et capteurs pour drones sous-marins comme projet phare du second pilier de ce partenariat incluant États-Unis et Australie.
Ce jalon fixé à 2030 donne à la flotte hybride un premier repère concret à court terme, avant l’arrivée prévue des six Common Combat Vessels destinés à remplacer les destroyers Type 45 à partir du milieu des années 2030. De son côté, l’industrie progresse déjà tant sur les plateformes que sur leurs armements : le ministère a demandé des silo-missiles capables de rester prêts à tirer pendant 30 jours sans surveillance à bord des navires sans équipage. Par ailleurs, Navantia UK a présenté cette semaine son chantier d’Appledore capable de construire simultanément deux grands navires autonomes et d’en livrer deux par an.
Quant au lieu de construction des gammes Type 91 à 94, il reste à définir. Le député écossais travailliste Paul Sweeney a justement exhorté le gouvernement cette semaine à clarifier cette question en désignant ses principaux chantiers navals et en attribuant directement les commandes afin d’équilibrer la charge de travail.
Les différents types de navires
Type 91 — plateforme missile sans équipage. Concept de « barge missile » : un navire de surface autonome équipé de silos à missiles pour renforcer la capacité de munitions de la flotte, destiné à participer au futur dispositif de défense aérienne et d’attaque maritime aux côtés des Common Combat Vessels. Un prototype est prévu pour 2030, mais aucune date d’entrée en service n’est encore fixée pour la classe. L’appel d’offres de mai concernant des silos capables de rester armés et prêts à tirer 30 jours sans intervention humaine sur ces navires sans équipage correspond vraisemblablement à sa technologie clé.
Type 92 — plateforme de détection sous-marine sans équipage. Drone de lutte anti-sous-marine et de surveillance des fonds marins, ce système constituera l’élément de la famille dédié à la surveillance ASW (Anti-Submarine Warfare) et à la protection des infrastructures sous-marines. Sans détails précis encore communiqués par le ministère, il s’agit probablement d’un navire de surface équipé d’un sonar remorqué.
Type 93 — véhicule sous-marin autonome extra-large (XLUUV). Grand sous-marin autonome, issu des essais du XV Excalibur à Plymouth, utilisant des charges utiles développées dans le cadre du second pilier d’AUKUS, projet majeur du Plan d’Investissement de la Défense. Ce type fait partie des premières plateformes visées pour une entrée en service d’ici 2030.
Type 94 — plateforme capteur sans équipage. Homologue de surface du Type 92, ce navire autonome servira de vigie étendant la couverture radar et sensorielle de la flotte. Il est présenté comme un élément clé du dispositif futur de défense aérienne maritime aux côtés du Type 91, remplaçant le rôle actuellement assuré par les destroyers Type 45.