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Dan Jarvis a été nommé secrétaire d’État à la Défense à l’issue d’une journée marquée par des démissions en chaîne, dont celles de son prédécesseur, du ministre des Forces armées et d’un assistant parlementaire, qui ont protesté contre les plans de dépenses de défense du gouvernement.

Député de Barnsley North et ancien officier du Régiment des Paras ayant servi en Irlande du Nord, au Kosovo, en Irak et en Afghanistan, Dan Jarvis a été confirmé dans ses fonctions jeudi soir par Downing Street, moins d’une heure après la démission du ministre des Forces armées Al Carns, et quelques heures après celle spectaculaire de John Healey, secrétaire d’État à la Défense, en désaccord avec le 10 Downing Street et le Trésor sur le financement du très attendu Plan d’investissement de la défense.

Sa nomination fait de lui le premier secrétaire à la Défense depuis Ben Wallace à disposer d’une expérience militaire directe, et il possède sans doute l’un des parcours opérationnels les plus riches parmi tous les titulaires récents de ce poste.

Déroulement de la journée

John Healey a annoncé sa démission jeudi matin, invoquant un accord financier pour le Plan d’investissement de la Défense qu’il jugeait nettement insuffisant face aux besoins des forces armées, estimant que le Premier ministre n’avait pas su, et le Trésor ne voulait pas, améliorer ce financement.

Selon la proposition, les dépenses de défense passeraient de 2,6 % du PIB l’an prochain à seulement 2,68 % en 2030, soit une augmentation d’environ 13,5 milliards de livres, moins de la moitié des 28 milliards que les chefs militaires avaient évalué nécessaires pour financer la transformation prévue dans la Revue stratégique de défense.

Dans sa lettre de démission, John Healey a mis en garde contre les décisions qu’il serait contraint de prendre, réduisant la préparation opérationnelle des forces, augmentant les risques pour le personnel engagé sur le terrain et pouvant diminuer la sécurité nationale. Il a souligné que bien que le gouvernement se soit engagé à porter les dépenses à 3,5 % du PIB d’ici 2035, la trajectoire fixée par le plan est trop lente, la pression immédiate pour renforcer la capacité de combat devant se concentrer sur les deux prochaines années plutôt que la décennie à venir.

Le ministre des Forces armées Al Carns, ancien officier des Royal Marines, a suivi, démissionnant jeudi soir. Dans une lettre ferme adressée au Premier ministre, il expliquait avoir vu les évaluations, parlé aux commandants qui seraient amenés à faire plus avec moins, et qu’il ne pouvait pas justifier un niveau d’investissement qu’il jugeait inadéquat. Il a ajouté qu’un pays sérieux finance sa défense en fonction de la menace réelle et non de celle qu’il souhaiterait affronter. Pamela Nash, assistante parlementaire, a également démissionné, évoquant les retards et difficultés pour obtenir des fonds suffisants.

Sir Keir Starmer a rejeté ces critiques, affirmant que le Plan d’investissement offrira les ressources nécessaires aux forces armées pour protéger le pays, apporter la visibilité nécessaire à l’industrie britannique de défense et garantir l’attractivité auprès des investisseurs privés. En annonçant la nomination de Dan Jarvis, le Premier ministre a rappelé que sa première mission était d’assurer la sécurité des Britanniques, et a qualifié son gouvernement de force ayant mis en œuvre la plus importante hausse soutenue du budget de la défense depuis la Guerre froide.

Dans ce contexte politique tendu, le nouveau secrétaire à la Défense doit désormais assumer, finaliser et défendre devant le Parlement le compromis budgétaire qui a provoqué le départ de deux anciens militaires du ministère qu’il dirige désormais.

Qui est Dan Jarvis ?

Pour les habitués de la défense et de ce milieu, Dan Jarvis est bien connu, bien plus que la plupart des politiques qui accèdent à ce niveau de responsabilité.

Issu du Régiment des Paras, il a commandé une section au sein du 1er Bataillon parachutiste (1 PARA), a été aide de camp du général Sir Mike Jackson, puis adjudant au 3e Bataillon parachutiste (3 PARA) avant de devenir officier d’état-major au Quartier général permanent interarmées (Permanent Joint Headquarters) ainsi qu’à l’État-major de l’armée de terre après sa promotion au grade de major. Il a ensuite commandé une compagnie dans le Special Forces Support Group (groupe de soutien aux forces spéciales) et a été décoré de l’MBE pour ses services militaires.

En 2011, il est devenu le premier depuis la Seconde Guerre mondiale à démissionner de son grade militaire pour se présenter à une élection partielle au Parlement britannique, remportée pour devenir député travailliste de Barnsley Central. Il a occupé plusieurs postes d’ombre au sein du parti, siégé au Comité mixte sur la stratégie de sécurité nationale entre 2017 et 2019, et en 2018 a été élu premier maire de South Yorkshire, dirigeant la région pendant la pandémie et lors d’inondations majeures avant de revenir à la Chambre des communes à temps plein.

Il a été nommé ministre fantôme de la sécurité en septembre 2023 et, après la victoire du Labour aux élections générales de 2024, a exercé la fonction de ministre de la sécurité au sein du Home Office, où il a piloté la politique antiterroriste, notamment l’adoption de la loi Terrorism (Protection of Premises), connue sous le nom de “Martyn’s Law”. Les changements de circonscription lui ont permis de représenter Barnsley North depuis 2024.

Ses positions sur la défense

Son parcours politique montre un homme ancré dans la tradition pro-défense du parti travailliste, souvent en avance sur son camp sur ces questions.

Il a voté en faveur du renouvellement de la dissuasion nucléaire, soutenant le remplacement de Trident par un nouveau système entre 2015 et 2016, et pendant la période Corbyn, il avait même laissé entendre qu’il quitterait le parti si celui-ci abandonnait cet engagement. En décembre 2015, il a pris une position publique forte en faveur des frappes aériennes de la Royal Air Force contre le groupe État islamique en Syrie, estimant que les raisons d’agir étaient plus lourdes que celles de l’inaction, s’appuyant sur sa propre expérience commandant des troupes en Afghanistan.

Son historique de votes le présente comme un loyaliste, avec une concordance à 97 % avec ses collègues travaillistes au cours de la dernière année sur plus de 300 scrutins, bien qu’il ait parfois pris des positions dissidentes, notamment en s’opposant à un second référendum sur le Brexit quand la majorité de ses collègues y étaient favorables. Durant l’ère Corbyn, il fut souvent pressenti comme un potentiel challenger à la tête du parti au sein de l’aile modérée, mais il n’a jamais participé à ces élections internes.

Les défis à relever

Le nouveau secrétaire à la Défense hérite d’une charge importante, avec pour priorité immédiate le Plan d’investissement de la Défense, que le gouvernement espérait publier cette semaine avant les démissions.

Au-delà, il devra mener à bien la mise en œuvre de la Revue stratégique de défense de 2023, maintenir le soutien à l’Ukraine, rassurer les alliés industriels et militaires avant des rencontres cruciales de l’OTAN, ainsi que gérer les problèmes persistants liés au recrutement, à la disponibilité des équipements et à l’état de préparation, soulignés par son prédécesseur.

Il devra également remettre de l’ordre au sein d’un ministère où, selon les témoignages des récents démissionnaires, l’état-major militaire estime que les financements proposés sont loin d’être suffisants. Les associations de vétérans ont également prévenu que le personnel attendrait un leadership solide après le départ de John Healey.

Acceptant ce poste, Dan Jarvis prend un risque politique évident, sa crédibilité à Westminster et dans la communauté militaire reposant largement sur son parcours opérationnel et sa franchise au sujet de la défense. S’il conclut, comme John Healey et Al Carns, que le compromis financier est inadéquat, il devra faire face au même dilemme ; s’il le défend, il devra expliquer en quoi son opinion diffère de celle de deux anciens militaires de premier plan.

Ce qui est certain, c’est que le ministère de la Défense est désormais dirigé par un homme qui a porté le sac à dos, commandé des soldats en opérations et planifié des campagnes depuis le quartier général interarmées. Reste à voir si cette expertise conduira à un meilleur financement pour les forces armées, question clé de son mandat et, plus largement, de la crédibilité gouvernementale en matière de défense.