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Durant la Guerre froide, l’Europe se demandait sans cesse si Washington serait prêt à risquer une ville américaine pour en sauver une européenne. Une question impolie, certes, mais utile, qui n’a jamais complètement disparu. Aujourd’hui, elle s’est déportée à l’est. Plus tôt cette année, le président français Emmanuel Macron a provoqué une vive réaction avec un discours important sur la politique nucléaire française. Dans ce qu’il a qualifié de nouvelle voie de dissuasion avancée, il a déclaré qu’à l’instar des sous-marins stratégiques français qui « se diluent naturellement dans les océans, garantissant une capacité de frappe permanente », les « forces aériennes stratégiques pourront désormais être déployées profondément au sein du continent européen ». Cela offrirait « une nouvelle profondeur stratégique, en phase avec les enjeux de sécurité européenne ». Cette nouvelle politique est parfois comparée à la « dissuasion nucléaire étendue » que les États-Unis assurent au sein de l’alliance NATO — ou du moins considérée comme une étape vers une « européanisation » de la dissuasion nucléaire.

Cependant, comme l’a déjà souligné Frank Kuhn, la ressemblance superficielle entre cette nouvelle politique et le déploiement forward américain d’armes nucléaires en Europe est trompeuse. En réalité, « la nouvelle doctrine française de la “dissuasion avancée” semble répondre à un objectif différent », à savoir celui « d’améliorer la survivabilité des forces nucléaires aériennes françaises en période de crise, lorsque les bases françaises pourraient être vulnérables à des attaques de missiles ».

Ce n’est pas seulement une question d’intentions. En réalité, pour des raisons de théorie des jeux nucléaires et en raison des contraintes physiques de la posture nucléaire française, cette dissuasion avancée est incapable d’assurer une dissuasion étendue crédible pour l’alliance NATO.

Pour autant, l’Europe n’est pas nécessairement démunie en matière de capacité de dissuasion étendue européenne. Développer une telle capacité — que ce soit pour que l’OTAN réponde plus efficacement aux menaces actuelles, ou, de manière plus ambitieuse, pour faire face à des besoins de dissuasion dans un contexte « post-américain » — ne serait ni simple ni économique. Néanmoins, cela n’est pas impossible, et pourrait même être nettement plus rapide, plus simple et moins coûteux qu’on ne l’imagine. Cet article expose pourquoi l’approche française actuelle est insuffisante pour la sécurité de l’alliance, tout en proposant une idée audacieuse permettant de rendre une dissuasion « européanisée » réellement opérationnelle.

La psychologie nucléaire

Le premier problème tient au fait que la doctrine nucléaire française actuelle est intrinsèquement mal adaptée à la mission de dissuasion étendue. Comme le savent la plupart des lecteurs spécialisés, la dissuasion étendue implique qu’un pays, pour protéger ses alliés, doit être disposé à répondre par des menaces nucléaires, voire par des armes nucléaires en cas extrême. Cela suppose au moins deux conditions que la France n’a pas démontrées : premièrement, un engagement véritable à défendre la survie et l’autonomie d’autres pays, au-delà de ses propres intérêts, et deuxièmement, la flexibilité doctrinale et l’agilité d’improvisation nécessaires à la gestion de l’escalade nucléaire.

Sur le premier point, il existe un problème de crédibilité que la France devrait bien connaître, car elle l’a elle-même affronté vis-à-vis de la dissuasion nucléaire étendue américaine dans les années 1950. L’idée, connue sous le nom de « scénario du Hamburg Grab », illustre ce problème : les États-Unis risqueraient-ils vraiment une frappe nucléaire soviétique sur Chicago pour sauver Hambourg d’une invasion soviétique ? Malgré les assurances américaines, le président français Charles de Gaulle ne croyait pas que les États-Unis utiliseraient l’arme nucléaire en cas d’agression limitée au théâtre européen. Une menace non crue est une menace sans effet dissuasif. Ce doute a motivé Paris à développer sa propre force nucléaire indépendante.

Comme l’a observé Austin Long, l’obsession française pour « l’autonomie et l’indépendance » est structurelle et peu susceptible d’évoluer. Certes, Emmanuel Macron a rappelé que les intérêts vitaux français « ne devraient pas être circonscrits aux seules frontières nationales ». Pourtant, il n’a jamais indiqué un engagement clair envers la défense nucléaire des autres, engagement nécessaire pour une véritable dissuasion étendue. Pourquoi, alors, la France risquerait-elle Paris en détruisant St. Pétersbourg pour protéger Tallinn ou Varsovie en 2030 ?

Sur le plan de la flexibilité doctrinale, Macron a insisté sur la « séparation complète et délibérée entre forces conventionnelles et nucléaires ». Il demeure convaincu que la distinction entre guerre nucléaire et guerre conventionnelle est binaire, et qu’« une attaque nucléaire est une décision tout ou rien ». Par conséquent, la doctrine française rejette l’idée d’une réponse nucléaire flexible. Les capacités nucléaires françaises sont exclusivement stratégiques car « ce sont des armes d’un tout autre type que celles utilisables sur un champ de bataille ». Cette rigidité pourrait même complexifier la planification nucléaire de l’OTAN, d’autant que la France refuse toujours obstinément de participer au Groupe de planification nucléaire de l’OTAN alors que ses avions de frappe nucléaire se disperseraient sur les bases de l’alliance.

Le défi de la flexibilité

Grâce à ses systèmes aériens, la France dispose de plus d’options nucléaires que le Royaume-Uni, mais elle ne bénéficie toujours pas de la gamme nécessaire pour répondre de manière crédible à des crises nucléaires au niveau régional lorsqu’il s’agit d’étendre la dissuasion à ses alliés. La doctrine française semble avoir été à l’origine calquée sur la logique de la riposte massive et fondée en opposition à la dissuasion étendue américaine, s’opposant initialement dans les années 1960 à la doctrine de « réponse flexible » américaine.

Bien que la France ait possédé pendant un temps quelques armes nucléaires tactiques, offrant théoriquement une stratégie plus « flexible », sa doctrine reste ancrée dans une vision punitive visant à assurer que toute agression soit rencontrée par une réponse dévastatrice, dissuadant par la peur. Ce cadre laisse peu de place à des ripostes adaptées aux contingences régionales ou à la gestion des coercitions adverses, surtout éloignées des frontières françaises.

Aujourd’hui, l’essentiel de l’arsenal nucléaire français repose sur les quatre sous-marins Le Triomphant armés de missiles balistiques M51. Même si ces systèmes ne sont pas explicitement exclus d’usage flexible, ils seraient peu adaptés à répondre à un usage limité de l’arme nucléaire russe ni à des revers conventionnels dans des zones à 1 300 km de la France. En effet, leur lancement pourrait être perçu comme une attaque stratégique massive, risquant d’aggraver considérablement une crise déjà grave, tout en fragilisant la force de dissuasion secondaire.

Ainsi, la charge principale d’une éventuelle dissuasion étendue reposerait sur les missiles de croisière nucléaires aéroportés, récemment modernisés. Or, ces missiles transporteraient des ogives thermonucléaires d’une puissance comprise entre 150 et 300 kilotonnes, soit 10 à 20 fois la puissance de la bombe d’Hiroshima, loin des ogives américaines à faible rendement (environ 5 kilotonnes) déployées pour offrir une riposte flexible face à la coercition nucléaire par la Russie ou la Chine.

De plus, le nombre de ces missiles serait très limité — environ 50 ogives pour la France — partagés entre aéronefs terrestres et embarqués. Cette faible quantité conjuguée à leur puissance élevée rend le système peu adapté pour gérer des scénarios impliquant une escalade graduelle ou des usages limités de l’arme nucléaire dans des crises régionales, domaines clés de la dissuasion étendue.

Une proposition modeste ?

Pour « européaniser » la dissuasion nucléaire étendue, il faudra clairement aller au-delà. Pourtant, augmenter les forces et le nombre de systèmes flexibles français ou européeens se heurtera à plusieurs contraintes.

Il faudrait notamment accroître la production de plutonium pits (cœurs d’ogives), ce qui n’est pas aisé. Même si la France possède plus de 100 tonnes de plutonium, la production industrielle de ces pièces spéciales reste complexe, comme le confirment les difficultés américaines actuelles. Par ailleurs, la dépendance à un système dédié tel que le missile de croisière air-sol nucléaire français complique toute montée en puissance, alors même que l’Europe peine à développer et déployer un large éventail de munitions conventionnelles face aux nouvelles menaces.

Existe-t-il alors une voie viable pour doter l’Europe de systèmes nucléaires plus flexibles et en plus grand nombre capables de relever les défis de la dissuasion étendue ? Peut-être.

La capacité aérienne modulaire potentiellement ubiquitaire

Je propose de nommer cette idée la capacité aérienne modulaire potentiellement ubiquitaire (PUMA-C). Elle pourrait être développée soit par la France seule, mais mieux encore dans le cadre d’une coopération franco-britannique, s’inscrivant dans le prolongement de l’accord de coopération nucléaire des Traités de Lancaster (2010), de la Déclaration de Northwood (juillet 2025) sur la coordination des politiques de dissuasion, ainsi que de la plateforme commune de recherche sur les armes nucléaires EPURE à Valduc, complétée par les initiatives européennes conventionnelles comme le programme European Long-Range Strike Approach.

L’idée est que l’Europe n’a pas nécessairement besoin de développer un système exclusivement nucléaire, puisqu’elle dispose déjà ou projette de s’équiper d’un large éventail de systèmes de missile de haute précision, à longue portée, initialement conçus pour des charges conventionnelles.

Europe connaît actuellement une « renaissance des missiles », avec le programme European Long-Range Strike Approach qui vise à développer des missiles de croisière terrestres à longue portée, entre 1 000 et 2 000 kilomètres. Même sans création de nouveaux systèmes, l’Europe possède déjà une panoplie de missiles performants : du Joint Air-to-Surface Standoff Missile (JASSM) américain au missile européen Storm Shadow, en passant par les missiles américains Tomahawk et turcs Bora.

Que se passerait-il si un petit missile nucléaire pouvait être adapté à ces vecteurs conventionnels ? Il n’est pas rare que le coût du vecteur dépasse celui de la nucléarisation. Par exemple, le développement du bombardier B-29 coûta plus cher que le projet Manhattan. Tirer parti des missiles européens pour y intégrer une charge nucléaire modulaire pourrait faire économiser des milliards d’euros par rapport à la conception de nouvelles armes spécifiques et accélérer le déploiement.

Par ailleurs, il ne serait probablement pas très difficile de créer une ogive nucléaire compacte adaptée aux compartiments de charge de ces missiles, car historiquement, certains dispositifs nucléaires américains ou français étaient plus petits et légers que les ogives conventionnelles actuelles. Une ogive plus légère pourrait même augmenter la portée des missiles, renforçant ainsi la portée stratégique de la dissuasion dans le cadre des géographies européennes.

Cela nécessiterait que des scientifiques nucléaires français ou britanniques valident une conception d’ogive sans tests nucléaires traditionnels, en s’appuyant sur la modélisation et la simulation avancée. Des concepts ayant subi des tests, tels que les ogives américaines W79 ou W82, pourraient servir de base crédible, ce qui accélérerait le processus.

Il ne s’agit pas d’imposer un modèle unique — d’autres solutions comme une version modernisée de la bombe britannique WE-177 ou la française AN-51 du missile tactique Pluton pourraient également convenir.

Le vrai défi technique réside davantage dans le développement d’un système d’armement, de mise à feu et de conditionnement suffisamment sophistiqué pour dialoguer électriquement avec les divers systèmes de guidage des missiles. Assurer un système modulaire « plug-and-play », accompagné de protocoles de transport, de sécurité et de commandement adaptés à une capacité nucléaire massivement répartie, serait complexe, mais moins onéreux que de créer et produire un système de livraison nucléaire entièrement neuf.

Quel que soit le choix de conception, la PUMA-C offrirait à la France et potentiellement au Royaume-Uni la possibilité de transformer leurs missiles longue portée en vecteurs nucléaires au gré des besoins, maximisant ainsi la capacité dissuasive et la flexibilité face aux scénarios russes auxquels l’OTAN pourrait être confrontée. Ce système pourrait aussi être étendu à d’autres partenaires de l’alliance selon le modèle du « partage nucléaire » actuellement en vigueur.

Cela rendrait plus complexe la tâche de ciblage russe en cas de conflit et offrirait à l’Europe un éventail d’options en situation de crise bien plus large, incluant la flexibilité d’usage, la capacité de signaler ouvertement ou furtivement la « nucléarisation » de certains missiles, ainsi que la possibilité de déplacements dispersés et intermittents qui désorienteraient l’adversaire.

Répondre à la menace

Que gagnerait réellement l’OTAN avec cette capacité ? Beaucoup, sans doute.

Son adversaire russe a adopté une stratégie expansionniste, ponctuée par des menaces directes et des provocations contre l’Europe entière, Vladimir Poutine se déclarant « prêt maintenant » à la guerre. Cette stratégie repose sur le parapluie nucléaire stratégique avec les États-Unis pour dissuader toute intervention armée de l’OTAN.

La doctrine russe utilise une panoplie d’outils variés pour imposer des coûts, déstabiliser et manipuler les escalades, combinant attaques sur infrastructures critiques et une large gamme d’armes de précision conventionnelles et nucléaires tactiques adaptées à toutes les occasions, grandes ou petites.

En cas de crise ou de conflit, l’OTAN doit s’attendre à une stratégie russe de manipulation des risques impliquant menaces et usage de la force à plusieurs niveaux, y compris au nucléaire limité. Pour y faire face, l’Europe doit améliorer ses armements conventionnels. Néanmoins, dans le domaine nucléaire, notamment pour les systèmes de théâtre d’opération, l’alliance est largement désavantagée, ce qui est néfaste tant pour la dissuasion que pour gérer une escalade éventuelle en cas d’échec de celle-ci.

L’OTAN ne dispose guère que des quelques bombes américaines déployées en Europe dans le cadre du « partage nucléaire », utilisables uniquement par des avions exposés, et de quelques ogives américaines à faible rendement transportées par missiles balistiques stratégiques. Ses options face à la coercition nucléaire russe sont donc binaires : céder, ou escalader immédiatement vers une riposte nucléaire stratégique massive, ce que Macron a réaffirmé.

Cette seconde option pourrait transformer une guerre régionale, par exemple en Estonie, en un conflit existentiel pour tous les membres de l’OTAN, recréant le problème de crédibilité du « Hamburg Grab ». Le déficit de capacités nucléaires régionales européennes complique donc à la fois la dissuasion et la riposte.

La PUMA-C pourrait corriger cela en offrant une large gamme de réponses nuancées aux provocations russes et à un usage limité d’armes nucléaires. La flexibilité est essentielle à la gestion de l’escalade selon la métaphore de l’escalier d’escalade nucléaire, à plusieurs « barreaux », correspondant à différents niveaux de risque et de gravité. La Russie dispose d’une « échelle » riche en paliers, tandis que l’OTAN en a très peu, permettant à Moscou de menacer par paliers intermédiaires auxquels l’alliance ne pourrait répondre que par la reddition ou la destruction.

Cette asymétrie invite à la coercition et à la guerre. La capacité modulaire universelle pourrait considérablement corriger ce déséquilibre, permettant à l’OTAN de nuancer ses postures et ses signaux, en s’adaptant aux menaces nucléaires russes quel qu’en soit le niveau. Idéalement, l’existence même d’une telle flexibilité pourrait déjà réduire la probabilité de menaces russes nucléaires.

Si toutefois la dissuasion échouait, cette capacité permettrait à l’OTAN de multiplier ses options de riposte progressive sans escalade immédiate vers une réponse stratégique totale, renforçant ainsi la dissuasion et rendant la coercition russe moins attrayante et moins efficace durant le conflit.

Les inquiétudes liées à l’« imbrication »

Certains objecteront que mêler capacités nucléaires et conventionnelles via des missiles dual-capables est déstabilisant, accroissant le risque d’escalade nucléaire accidentelle, comme le formulent des analyses instructives, par exemple de James Acton.

Ce risque résiderait notamment dans le malentendu sur la nature de la charge d’un missile ou sur la cible visée, ainsi que dans la pression accrue pour des frappes préemptives russes contre les missiles européens susceptibles d’être nucléarisés à l’avenir.

Mais l’expérience récente du conflit en Ukraine relativise ces craintes. La Russie a employé un large panel de missiles dual-capables sans que cela ne débouche sur une crise nucléaire majeure ou une réaction incontrôlée. Les attaques ukrainiennes sur des systèmes russes à double capacité n’ont pas non plus provoqué d’escalade nucléaire.

Cela soulève la question de savoir pourquoi cette instabilité hypothétique ne se produit pas, et pourquoi les missiles dual-capables seraient déstabilisants uniquement lorsqu’ils appartiennent à l’Occident. En outre, les avions à double capacité ont été exploités depuis longtemps sans générer une instabilité notable.

Par ailleurs, Russie et Chine ont massivement développé leurs propres systèmes dual-capables pour dissuader des frappes contre leurs chaînes d’élimination conventionnelles. Cette asymétrie pourrait être plus dangereuse que la réciprocité. La proposition vise donc à corriger cet déséquilibre.

Par ailleurs, les progrès des armes de précision conventionnelles créent déjà une forme d’« imbrication » entre systèmes conventionnels et nucléaires. Il n’est pas évident que la présence d’ogives nucléaires à bord aggrave substantiellement cette dynamique tout en augmentant significativement les réponses possibles aux provocations russes.

Sur la crainte de frappes préemptives russes contre les arsenaux européens, la densité des vecteurs proposés serait un atout : disséminés sur une très large échelle, les missiles seraient bien plus difficiles à neutraliser qu’une poignée de bases concentrées, comme pour les armes américaines B61 déployées aujourd’hui.

Cette ubiquité des vecteurs nucléaires améliorerait leur survie et pourrait induire une forme de dissuasion par déni — si la préemption est impossible, elle devient également improbable.

Le problème politique

Rien de tout cela ne serait simple à mettre en œuvre. En réalité, le plus ardu pourrait bien être le volet politique.

De nombreux acteurs du désarmement et du contrôle des armements s’opposeraient probablement à une augmentation aussi importante des arsenaux nucléaires en Europe, en particulier à l’introduction d’armes de théâtre et la perspective d’un usage nucléaire limité — approche nécessaire pour la gestion des escalades.

Cette proposition saurait néanmoins se défendre contre une opposition réflexe. La problématique de l’« imbrication » serait moins grave qu’on ne le craint, probablement même moins que dans le contexte actuel d’asymétrie. Ce ne serait pas non plus une question de prolifération, puisque ces armes appartiendraient aux États nucléaires reconnus, France et Royaume-Uni, et tout usage par d’autres membres de l’OTAN resterait conforme au cadre juridique actuel du « partage nucléaire » et au Traité de non-prolifération nucléaire.

Sur le plan du non-prolifération, cette démarche pourrait même freiner les velléités de détention d’armes nucléaires par d’autres alliés, en renforçant la crédibilité et la couverture de la dissuasion collective. L’architecture de partage nucléaire OTAN est, depuis les années 1960, un des outils les plus efficaces en ce sens.

Surtout, il est difficile d’imaginer une alternative autre que l’inaction confrontée aux menaces actuelles. La politique anti-nucléaire ou anti-dissuasion ne serait pas moins risquée que la guerre provoquée par la faiblesse. La priorité est plus que jamais d’augmenter la capacité de dissuasion européenne face à la menace russe.

Conclusion

On souhaiterait ne pas avoir à envisager une « européanisation » de la dissuasion nucléaire de cette nature. Pourtant, il faut faire face au monde réel, et non à celui de nos vœux. Face à la menace russe et à l’ambivalence croissante des États-Unis, un approfondissement de l’appropriation européenne s’impose.

La capacité aérienne modulaire potentiellement ubiquitaire, en dotant les systèmes de frappe longue portée existants de charges nucléaires compactes, renforcerait considérablement la flexibilité de ciblage de l’OTAN. Elle drainerait des bénéfices majeurs pour la gestion des escalades et la dissuasion étendue, tout en complexifiant les opportunités russes de frappes préemptives. Elle éviterait les coûts et délais liés au développement de vecteurs spécifiques et constituerait une évolution majeure, mais peut-être nécessaire, pour répondre aux menaces émergentes.