Plus de 80 ans après avoir survolé la France occupée durant la Seconde Guerre mondiale, un vétéran américain centenaire a reçu la plus haute distinction militaire française.
Le sergent-chef retraité Phillip Bruce Cook s’est vu remettre la Légion d’honneur le 9 avril par Anne-Laure Desjonqueres, consul général de France. Cook, qui servait comme tireur dans la tourelle ventrale d’un B-17 Flying Fortress lors de certains des combats aériens les plus intenses en Europe, est désormais chevalier de l’Ordre national de la Légion d’honneur.
« Monsieur Cook, vous êtes un véritable héros – votre exemple nous inspire pour l’avenir et votre héritage offre une boussole morale pour les générations à venir », a déclaré Anne-Laure Desjonqueres lors de la cérémonie.
Le parcours de Cook fut long. Il s’engagea dans l’Army Air Forces – précurseur de l’US Air Force actuelle – en juin 1943. Initialement, il souhaitait devenir pilote de chasse, espérant piloter un P-38, mais il fut finalement formé comme artilleur aérien. Un an plus tard, il servait au sein du 524e Escadron de bombardement, 379e Groupe de bombardement, 8e Air Force, basé sur une base de la Royal Air Force en Angleterre. Les bombardiers de la 8e Air Force avaient pour mission la destruction d’installations stratégiques allemandes, allant des usines aux bases militaires.
Selon son témoignage au projet d’Histoire orale des vétérans de la Seconde Guerre mondiale, il était un soldat de petite taille, pesant 62 kilos, ce qui lui permettait de tenir dans la tourelle ventrale exiguë du B-17. Installé dans ce bombardier lourdement armé, il participa à des missions visant des positions ennemies en France, notamment les abris à sous-marins allemands à Calais. Il bombarda aussi certains sites de lancement utilisés par les nazis pour les missiles V-1. Ses missions s’étendirent ensuite à des raids sur l’Allemagne, les Pays-Bas occupés, ainsi qu’en Normandie lors du jour J. Le 379e Groupe de bombardement appuya également les forces terrestres durant la bataille des Ardennes.
« Nous bombardions à peu près tout ce qui pouvait perturber l’effort de guerre allemand », confia-t-il au projet d’histoire des vétérans.
La guerre aérienne fut particulièrement meurtrière, avec de lourdes pertes parmi les équipages de bombardiers. En 1943, l’Army Air Forces instaura une règle selon laquelle les équipages ayant accompli 25 missions pouvaient achever leur cycle et rentrer chez eux. À l’époque où volait Cook, ce nombre avait été porté à 35 missions. Il échappa aux blessures malgré les dangers, effectua sa dernière mission le 16 février 1945 et fut démobilisé en octobre de la même année.
Cette décoration lui a été accordée sur approbation du président français Emmanuel Macron. La Légion d’honneur, créée il y a 200 ans sous Napoléon, récompense les Français ainsi que des étrangers, dont des Britanniques et Américains, ayant combattu pour la libération de la France durant la Seconde Guerre mondiale. Cook fait partie des nombreux vétérans américains à avoir été élevés au rang de chevalier de la Légion d’honneur.
Selon la législature de Caroline du Sud, lors de l’annonce de son titre honorifique, Cook déclara : « Jamais je n’aurais pensé que ce que j’ai fait durant la Seconde Guerre mondiale aurait autant de signification, non seulement pour les États-Unis, mais aussi pour ceux qui ont dû endurer des années d’occupation ennemie. »
Après la guerre, Cook retourna à Lexington, où il travailla comme technicien en bijouterie jusqu’à sa retraite en 1983.
Outre cette nouvelle distinction, Phillip Bruce Cook avait déjà reçu la Médaille de l’air avec quatre agrafes en feuilles de chêne, la Médaille « Good conduct » de l’armée, la Médaille de campagne Europe-Afrique-Moyen-Orient, ainsi que la Médaille de la victoire de la Seconde Guerre mondiale.