Autrefois base majeure de la Marine américaine, l’île d’Adak en Alaska accueille désormais une communauté réduite, alors que la plupart des infrastructures sont abandonnées. Pourtant, le gouvernement continue de dépenser 340 000 dollars annuels pour un accès internet inutilisé sur un site militaire déserté depuis plus de vingt ans.
Située au cœur de l’archipel des Aléoutiennes, l’île d’Adak fut un centre logistique stratégique pour la Marine américaine qui y déployait près de 5 000 marins et leurs familles. Fermée en 1997 après plus de quarante ans d’activité, la Naval Air Facility laisse derrière elle plusieurs centaines de bâtiments vides, parfois en ruine. Aujourd’hui, seules quelques familles autochtones et des agents fédéraux peuplent ce lieu isolé, transformé en petite localité.
La situation géographique extrême d’Adak explique son caractère quasi désertique. L’accès à l’île se fait uniquement via quelques vols civils atterrissant sur l’ancienne piste militaire. L’environnement hostile, accentué par des vents violents, fait que de nombreux édifices se dégradent rapidement. Malgré cet abandon apparent, le gouvernement fédéral continue de financer un service internet dans plus de trois cents bâtiments qui, pour la plupart, sont délabrés et inhabités.
Un coût annuel élevé pour une connexion inutilisée
Depuis 2016, une entreprise basée à Anchorage reçoit 340 000 dollars par an pour maintenir un accès « haut débit » relativement lent dans la ville installée sur la base désaffectée, selon une enquête conjointe de l’Anchorage Daily News et de ProPublica. Or, la quasi-totalité des habitants s’appuie désormais sur le réseau satellitaire Starlink, desservant largement l’ensemble de la zone. Aucun client ne semble utiliser ce service subventionné par les fonds publics.
Cette subvention provient du Universal Service Fund, un mécanisme fédéral administré par la Federal Communications Commission (FCC) et alimenté par une taxe prélevée sur la plupart des factures téléphoniques américaines. Son objectif est d’assurer un accès internet dans les zones rurales ou difficiles d’accès. Pourtant, dans le cas d’Adak, la persistance de cette dépense soulève des questions, d’autant que la Marine n’a plus aucune présence ou lien opérationnel avec la localité.
Sur place, nombre de bâtiments militaires voient leurs murs et toitures s’effondrer, exposant miroirs, toilettes et mobilier aux intempéries. De nombreux logements sont divisés en deux, comme des maisons de poupée brisées par les vents aléoutiens. Malgré ces constats, les infrastructures sont toujours officiellement répertoriées comme desservies par le fournisseur internet subventionné.
Des bases fermées aux destins divers
Adak ne fait pas exception parmi les nombreuses installations militaires fermées aux États-Unis. Certaines ont été reconverties avec succès en quartiers résidentiels, zones commerciales ou musées. Par exemple, le Naval Training Center de Baldwin Park en Floride et la Lowry Air Force Base de Denver ont été transformés en zones urbaines mixtes. D’autres, comme certains silos à missiles abandonnés dans le Midwest, ont trouvé une nouvelle vie en musées ou résidences, même si certains restent en état de délabrement préoccupant.
La plupart des emplois locaux d’Adak reposent aujourd’hui sur des missions fédérales liées au nettoyage et à la gestion des terrains issus de l’ancienne base militaire.
Un potentiel redéploiement militaire
Malgré son isolement, Adak pourrait retrouver un rôle stratégique. Le sénateur de l’Alaska, Dan Sullivan, milite pour le transfert d’équipements navals vers cet État, envisageant une éventuelle réoccupation de la base. Plus récemment, l’amiral Samuel Paparo, commandant de la Marine américaine, a plaidé devant le Sénat pour rétablir une présence militaire sur l’île. Selon lui, cette position offrirait une première ligne de défense efficace contre d’éventuelles agressions russes dans la région arctique, en gagnant ainsi du temps et de la distance face à toute menace.
Si cette perspective se concrétise, les futurs militaires affectés à Adak bénéficieront au moins d’une connexion internet garantie, malgré les conditions rudes et l’isolement de cette base du Pacifique Nord.