L’été 2026 ravive le débat sur un éventuel redémarrage des relations germano-russes, entre pressions internationales et évolutions politiques internes en Allemagne. Malgré certains signaux, un véritable reset avec Moscou semble cependant peu probable.
En 2022, l’invasion russe de l’Ukraine a marqué la fin de l’ère Ostpolitik, la politique allemande de coopération pragmatique avec la Russie. Depuis, Berlin s’est aligné de manière claire sur la politique américaine, devenant un soutien militaire majeur de Kyiv et renforçant sa défense, notamment par le déploiement de missiles américains. L’Allemagne a aussi rompu ses liens énergétiques avec Moscou, notamment en abandonnant le projet du gazoduc Nord Stream 2.
En 2026, la donne internationale a changé : Olaf Scholz et Joe Biden ont quitté la scène politique, l’administration américaine a adopté une posture plus conflictuelle, et la Chine continue de soutenir Vladimir Poutine. Sous la direction du chancelier Friedrich Merz, l’Allemagne, prise entre États-Unis, Chine et Russie, subit une pression accrue sur sa fragile économie et sur ses relations internationales.
Pressions intérieures et électorales : la coalition au pouvoir est impopulaire, tandis que l’extrême droite, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), prône une politique plus amicale envers la Russie. Forte dans l’Est du pays, l’AfD pourrait accéder au pouvoir dans certains États lors des élections régionales imminentes. Le parti refuse de condamner l’invasion russe et s’oppose aux aides militaires et sanctions contre Moscou, défendant un rétablissement du commerce et du gazoduc Nord Stream.
Pour autant, plusieurs freins majeurs s’opposent à un revirement germanorusse :
- La disparition progressive des partisans historiques de l’Ostpolitik au sein des grands partis et du milieu économique.
- L’improbabilité pour l’AfD d’accéder au gouvernement fédéral, où son influence reste limitée par la position intransigeante des partis traditionnels pro-Atlantisme, notamment la CDU.
- La déliquescence des structures de coopération germano-russes, à l’image de l’abandon du Dialogue de Saint-Pétersbourg et le retrait des grandes entreprises allemandes du marché russe.
- L’hostilité et la défiance profonde de l’opinion publique allemande envers Moscou, avec moins de 12 % de personnes la jugeant fiable en 2026.
- Les récentes opérations de sabotage sur le sol allemand attribuées à la Russie, renforçant les mesures de sécurité et la détermination à soutenir l’Ukraine.
L’Ostpolitik est devenue un enjeu d’identité politique, revendiquée tant par l’extrême droite que par des courants à gauche opposés à la politique officielle. Cette posture sert avant tout de discours d’opposition au consensus libéral en faveur de l’Ukraine, mais ne se traduit pas en politique concrète.
Sur le plan stratégique, l’Allemagne fait face à un vide politique concernant sa place dans un monde multipolaire hostile, coincée entre la nostalgie d’un Atlantisme agonisant et la nécessité de développer une autonomie européenne en matière de défense et d’économie.
La priorité pour Berlin serait post-Atlantique : éviter qu’elle ne devienne un simple terrain d’affrontement entre grandes puissances, en renforçant son ancrage européen, en développant des alliances globales fondées sur le multilatéralisme, et en s’émancipant progressivement de la dépendance américaine dans la défense et la technologie.
En conclusion, même si certaines voix en Allemagne, notamment au sein de l’AfD, encouragent un rapprochement avec la Russie, la situation politique intérieure, les liens avec l’Ukraine, l’opinion publique et les réalités géopolitiques actuelles éloignent fortement l’idée d’un retour prochain à la politique d’Ostpolitik ou à un reset germano-russe.
