Malgré des augmentations record des budgets de défense en Europe, le Secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, met en garde : l’argent seul ne suffira pas à arrêter un missile ou un char russe. Il appelle à transformer rapidement ces ressources financières en capacités militaires opérationnelles.
À l’issue de la dernière réunion des ministres de la Défense de l’OTAN avant le sommet prévu à Ankara le mois prochain, Mark Rutte a souligné que les alliés avaient fait de nets progrès en « dépensant plus, et mieux, pour les forces et les capacités nécessaires à la défense de chaque centimètre du territoire allié ». Il a salué l’engagement fort d’atteindre 5 % du PIB consacré à la défense d’ici 2035, avec certains membres déjà sur la bonne voie, « bien avant le calendrier prévu ».
Selon lui, les membres européens et le Canada ont « vraiment intensifié leurs efforts, avec des augmentations record l’année dernière, à hauteur de plus de 90 milliards de dollars en termes réels », une somme qu’il a aussi exprimée en valeur nominale, « 139 milliards de dollars supplémentaires », insistant sur l’importance de ce chiffre. Interrogé sur l’ampleur de cette hausse, il a qualifié cette augmentation d’« historique », tout en soulignant que l’OTAN arrivait désormais à un point où « il faut se demander s’il est possible d’absorber une somme encore plus importante en une seule année ».
Cependant, cet effort financier ne suffit pas à lui seul. Mark Rutte a averti que, si le financement est crucial, « on ne peut pas arrêter un missile ou un char avec un dollar ou un euro ». La priorité commune pour Ankara, ainsi que pour les années à venir, est « de transformer cet argent en capacités opérationnelles rapidement », ce qui implique « davantage de forces, plus de ressources, et une industrie de défense robuste ».
Dans ce but, les ministres de la Défense ont convenu d’une « nouvelle dynamique pour intensifier la coopération transatlantique en matière de défense » et de renforcer les industries militaires des deux côtés de l’Atlantique. Ils souhaitent encourager « une coopération favorisant à la fois une meilleure innovation et une production accrue ». Rutte a insisté : « l’OTAN restera toujours une alliance transatlantique », mais il faut « une Europe plus forte au sein d’une OTAN renforcée ».
Il a présenté cet effort comme partie intégrante de ce que lui et les États-Unis appellent désormais « OTAN 3.0 », qualifiant l’alliance de « probablement la plus grande transformation de son histoire ». Ce processus implique, a-t-il reconnu, « des périodes difficiles et des débats ardus », mais il estime cela sain car « il faut se dire la vérité les uns aux autres ».
Mark Rutte a toutefois reconnu que la situation restait inégale parmi les alliés. S’il a souligné que, collectivement, les objectifs de La Haye étaient atteints, il a aussi rappelé que « certains doivent encore faire davantage, tandis que d’autres dépassent largement les attentes ». Il a cité l’Allemagne, qui « a déjà atteint 3,5 % du PIB » et est en bonne voie pour atteindre les 5 % d’ici 2029, tout comme la Pologne et les États baltes, même si « certains pays accusent un léger retard ».