Le Plan d’Investissement Défense publié mardi s’exprime selon deux registres : celui de l’ambition, des engagements, des milliards consacrés et des lignes de front contestées, et celui du report, de l’extension, de l’exploration et de la réflexion.
L’ambition domine largement, avec plus de 5 milliards de livres consacrés aux drones et aux systèmes autonomes. Le plan est plus transparent que jamais sur ce qui alimente ces capacités, affirmant que l’espace constitue le système nerveux central de la guerre de haute intensité. Pourtant, après avoir reconnu cette dépendance, il consacre massivement des ressources aux « membres » — c’est-à-dire aux capacités opérationnelles — tout en hésitant sur la colonne vertébrale, c’est-à-dire les capacités orbitales. Ainsi, il finance une force qui vit ou meurt en fonction de nos moyens dans l’espace, sans avoir pleinement décidé si cette maîtrise orbitale doit être assumée souverainement.
La référence précédente pour le spatial représentait environ 6,4 milliards de livres sur dix ans. Le nouveau plan engage 3,2 milliards sur quatre ans, soit un rythme annuel nettement supérieur et, selon notre analyse, la plus forte enveloppe jamais allouée par le Royaume-Uni à la défense en orbite. Ce que cet argent achète, et qui finira par en assurer le contrôle, reste en revanche indéterminé.
Le ministère de la Défense (MOD) ne poursuivra pas le système satellitaire à bande étroite Skynet 6 et prolongera l’utilisation de l’ancien Skynet 5 tout en évaluant les options alliées et commerciales. Skynet constitue notre colonne vertébrale souveraine satellitaire, ce qui pourrait sembler être un recul. Mais cette décision illustre plutôt un changement de stratégie, passant d’un programme unique et coûteux vers une approche de diversification, combinant des systèmes détenus directement, alliés ou commerciaux, selon qui est le plus rapide ou le moins cher.
Le choix de cette voie vers un contrôle souverain est un débat ouvert et légitime, mais la concurrence sur ces segments est saine et le MOD devrait encourager davantage cette dynamique, rompant avec les traditionnels grands donneurs d’ordre au profit d’entreprises innovantes et agiles.
Sur les 3,2 milliards alloués, 880 millions sont dédiés au contrôle de l’espace et au renseignement, surveillance et reconnaissance (ISR). Le contrôle spatial désigne la capacité à maintenir ses satellites opérationnels face à des tentatives d’interruption, ce qui commence par savoir ce qui se trouve au-dessus de nos têtes et détecter quand un satellite étranger modifie discrètement son orbite pour se rapprocher d’un des nôtres, observant depuis une position vulnérable.
Cette capacité se complète par la faculté d’agir, de se défendre contre les brouillages, les leurres et les lasers ciblant les capteurs, et surtout d’empêcher un adversaire de faire de même. C’est la véritable différence entre occuper une orbite et la contrôler.
Il ne s’agit pas d’un simple concept : le chef du Commandement spatial britannique a indiqué que les satellites britanniques sont régulièrement traqués et brouillés, parfois à une fréquence hebdomadaire. Un objet suivi par un de nos satellites a même été repéré en orbite parmi les nôtres. Jusqu’à récemment, la réponse honnête face à ces menaces était de regarder et d’espérer. Ce sont sur ces bases que reposent désormais drones et véhicules sans équipage, et il est notable qu’en pleine guerre, un opérateur satellitaire commercial ait dû décider de la part de son réseau qu’un belligérant pouvait utiliser.
Ce chemin a pris trop de temps, et cette incertitude a freiné entreprises, fournisseurs et investisseurs souhaitant s’implanter au Royaume-Uni. De nombreuses questions restent en suspens, notamment la manière dont le futur Premier ministre rendra le financement viable et la façon dont le Royaume-Uni atteindra l’objectif de consacrer 3 % de son PIB à la défense. Néanmoins, pour les acteurs économiques cherchant à investir, recruter et développer des compétences dans le pays, disposer d’un plan écrit représente une avancée significative.